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Emmanuelle Just Jaeckin / 1974

Emmanuelle s’envole de Paris pour Bangkok afin d’y rejoindre Jean, son mari qui occupe un poste de diplomate ; lorsqu’il lui demande si elle a eu des amants pendant qu’elle était seule à Paris, elle lui affirme que non…

Légers spoilers.
 

Il faut se faire violence pour regarder Emmanuelle, concentré de tout ce qu’un film peut avoir de daté, de perméabilité aux modes et aux réflexes rances de son temps, et dont absolument rien ici ne l’arrache : le modèle érotique masculin ne peut y prendre la forme que du vieux beau friqué, les jeunes filles sont à prendre en charge comme des enfants, l’exotisme colonial s’étale en toute inconscience (là où les James Bond, par exemple, y apposaient un cynisme et une ironie qui faisaient au moins un peu distance)…

Le film est plus globalement très plat, très téléfilmesque, même si la “tenue” (le calme, la sobriété, la pudeur relative) d’un film érotique de cette période étonne toujours un peu le spectateur aujourd’hui. On se prend surtout à comparer tout cela aux autres productions érotiques d’alors – la libido généreuse et joyeuse d’un Russ Meyer, les pulsions à ciel ouvert du roman porno japonais… Emmanuelle, cinématographiquement, peine à soutenir la comparaison, mais définit bien les contours et caractéristiques de ce que serait un cinéma érotique français : un cinéma verbeux (tout le final consiste à regarder Alain Cuny s’écouter parler), et un cinéma bourgeois. Les femmes en effet s’emmerdent et ne font rien dans Emmanuelle, le sexe est d’abord là pour tromper l’ennui, et le seul cri d’effroi que poussera l’héroïne au cours de son initiation sera en comprenant, horreur, qu’on va la donner à un homme asiatique ET prolétaire (l’ironie, qui en dit long sur le film et ses aveuglements, étant qu’il est aussi sans doute le seul corps et visage masculin du film qui seraient capables de donner le change à ceux de l’actrice sur le plan du désir).

Bref, de ce fatras très platounet (on est un peu embarrassés, pour tout dire, que le pays du libertinage ait donné des habits de film culte et générationnel a un produit aussi mou), on ne retiendra pas grand-chose – la chanson pas trop moche de Pierre Bachelet à la limite, cette petit pique envers le mari tolérant mis devant ses réflexes jaloux d’époux propriétaire, ou encore l’éclair de lucidité de l’héroïne qui, au milieu de son océan d’ennui, ressent soudain une attirance pour une femme en particulier, si différente des autres : c’est la seule qui travaille.

 

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