Mémoires d’un escargot Adam Elliot / 2024

À la mort de son père, la vie heureuse et marginale de Grace Pudel, collectionneuse d’escargots et passionnée de lecture, vole en éclats…

Quelques spoilers.
 

À première vue, Mémoires d’un escargot se loge dans l’un des académismes les plus rebattus du cinéma d’animation : celui du geste antiquaire, et d’un certain fétichisme du flétri – la lignée des Triplettes de Belleville, grosso-modo. Une passion du moche et de la brocante, du bizarre érigé en identité fière, même Paris et ses accordéons répondent ici présents : tout y est, comme autant de cases pénibles que le film coche consciencieusement.

Pourtant, dès le début, ce programme est comme dérangé. Le premier réflexe salvateur du film, c’est la façon dont il met en scène (et donc s’inquiète de) son propre geste artistique, interrogeant son syndrome de Diogène formel, qui est aussi le réflexe de repli de son personnage. Ce n’est certes pas une solution magique aux écueils (Amélie Poulain interrogeait bien, lui aussi, à travers son héroïne, la maniaquerie autiste de Jeunet, et l’esquive qu’elle pouvait constituer face à la vie). Mais Adam Elliot fait ici de ce goût de la bricole et du surplus un vrai petit film d’horreur psychologique, et du nettoyage par le vide son salut : l’utopie du film n’est pas de se blottir dans un terrier de figurines, mais d’être avec la bonne personne.

Deuxième désamorçage : cette fantaisie n’est pas tant l’évitement du monde que sa traduction phobique. Mort, décomposition, fétichisme sexuel, dépression, tout est là.

Enfin, dernier geste précieux, le film ne va pas se cacher dans le confort distant d’un ton “cocasse” (le doux-amer, cette posture éternelle des films de brocante), mais fait le choix du pur mélodrame, ligne noire de désespoir total, quoique non complaisant (personne n’en ressort sali, les liens et bons moments sont valorisés). Mélodrame aussi en ce que l’horizon du récit est tout entier focalisé sur l’amour, ici fraternel (jusqu’à cette image trouble de jumeaux se passant la bague au doigt), sorte d’absolu effaçant le reste du monde ou toute autre priorité, y compris le vraisemblable (dans une série de rebondissements outrés propres au genre). Le cœur battant de l’affection que se portent ces quelques rares personnages au milieu d’un monde terrifiant, cette façon d’allumer un feu dans les ténèbres comme chez Dickens, tient le film entier debout, façon équilibriste, au-dessus du marais de sa manière convenue et dangereuse, qui menace constamment de faire sombrer le geste dans quelque chose de déplaisant.

 

Memoir of a Snail en VO.

Soldat Collins Jordon Prince-Wright / 2024

L’histoire de Jim Collins, jeune homme du bush australien, se retrouve plongé en 1916 dans l’horreur des tranchées durant la bataille de la Somme…

 

Comme pas mal de DTV, Soldat Collins, sur l’engagement militaire d’un jeune Australien au début du siècle, est un film qui n’a pas grand-chose à montrer, ni à raconter, au-delà du cadre éculé qui lui sert de sujet (ici celui de la première guerre mondiale et de ses tranchées). La plupart des scènes se construisent sur du vide narratif, au milieu des mêmes sempiternelles boyaux de boue. Bâtir ce projet autour d’un jeune top model (Levi Miller) n’aide pas non plus des masses à l’ancrer dans une réalité concrète… Quelques idées survolent çà et là (l’attaque longuement vue de haut, le son des tirs qui s’arrête à l’armistice) et l’ensemble n’est pas méchant.

 

Before Dawn en VO.

Ballerine Joanne Samuel & Jesse Ahern / 2023

Traumatisée par un drame personnel, une jeune danseuse classique met un terme à sa carrière, jusqu’à ce que la vie la ramène par hasard dans son ancienne école de danse…

 

Ballerine est un direct-to-video des plus standards sur la vie d’une danseuse, entre chorégraphe sévère-mais-juste, amourettes conclues par une danse à deux, et vie entre copines en dehors des cours. C’est lisse et anodin, malgré quelques séances de danse (bien que pas très bien mises en scène) pour donner le change.

 

The Red Shoes : Next Step en VO.

Trois mille ans à t’attendre George Miller / 2022

Alithea Binnie, une narratologue britannique venue donner une conférence en Turquie, rencontre un génie qui lui propose d’exaucer trois vœux en échange de sa liberté. Mais Alithea est bien trop érudite pour ignorer que, dans les contes, les histoires de vœux se terminent mal…

Légers spoilers.
 

Trois mille ans à t’attendre est un divertissement plaisant, d’autant plus sympathique que le projet témoigne d’une visible ambition. Le résultat glisse cependant quelque peu sur l’œil du spectateur, échouant dans ses deux grandes aspirations… La première, manifeste, est d’être un mille-feuilles d’histoires et de récits façon Mille et une nuits (contes emboîtés, personnages eux-mêmes narrateurs, structure qui se re-déplie sans cesse sans laisser deviner quand viendra sa fin) : si l’écriture ne manque pas d’idées, les contes relatés sont trop rapides pour qu’on ait le temps de les investir (et travaillent trop discrètement leurs liens au passé de l’héroïne pour correctement résonner avec). L’échange dans la chambre d’hôtel moderne, satisfaisant et savamment dialogué (le film n’a aucun mal à tenir avec deux acteurs en peignoir dans un décor vide), se ratatine dès lors qu’advient le nœud central du récit, à savoir le premier vœu de Swinton. Un vœu qu’on peine à rattacher à la logique et aux enjeux du récit, qui semble impropre à en résoudre quoique ce soit – sinon en trahissant à rebours son héroïne, dont le célibat assumé et supposément heureux n’aurait en fait été que souffrance (même si l’on pourrait objecter que la romance qui en résulte, délire solitaire se repliant sans cesse sur le foyer, témoigne d’une fantaisie qui n’existe nulle part ailleurs dans la tête de son personnage). L’autre grande aspiration du film, tout aussi visible, est celle d’être un grand imagier. Sur ce point, le résultat laisse dubitatif : si l’on peut partager le goût des transitions et transformations sans fin, ou encore accepter le jeu de cette esthétique baroque loukoum (quand bien même un ensemble plus suggestif, dégueulant moins directement son faste et ses couleurs, aurait plus aisément touché le merveilleux du doigt), il est difficile de suivre plus loin le film dans son orgie de CGI souvent hideux, ou dans l’académisme de son exotisme oriental.

 

Three Thousand Years of Longing en VO.

Notules # 25

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Les Chiens Alain Jessua France 1979
La Vache et le prisonnier Henri Verneuil France 1959
Diaboliquement vôtre Julien Duvivier France 1967
Le Marginal Jacques Deray France 1983
Le Solitaire Jacques Deray France 1987
Le Professionnel Georges Lautner France 1981
L’Alpagueur Philippe Labro France 1976
Monsieur Klein Joseph Losey France 1976
Vacances portugaises Pierre Kast France 1963
Une femme qui s’affiche George Cukor USA 1954
Incident de frontière Anthony Mann USA 1949
Assunta Spina Gustavo Serena Italie 1915
Fièvre Louis Delluc France 1921
Mandibules Quentin Dupieux France 2021
Cinquième Set Quentin Reynaud France 2021
Chacun chez soi Michèle Laroque France 2021
The War Below J.P. Watts Royaume-Uni 2021
Redemption Day Hicham Hajji USA 2021
The Mortuary Collection Ryan Spindell USA 2019
Monsters of Man Neal McDonough Australie 2020

Vigil Vincent Ward / 1984

Aux confins de la Nouvelle-Zélande, la jeune Toss voit son quotidien bouleversé lorsque son père meurt subitement en gardant ses moutons…

 

Vigil est un film extrêmement imagier, ce qui n’est pas très étonnant de la part d’un jeune cinéaste des années 80. Surinvesti, visuellement gavé (pas un plan qui ne semble être gorgé de travail), le film de Vincent Ward réussit sans mal à créer d’étranges visions, à façonner de fortes ambiances (la ferme semble perdue tout au bout du monde). De cette aura mythique découle un film où chaque péripétie semble se gonfler de petits airs allégoriques.

L’ensemble cependant se condamne un peu à rester en surface. Les thématiques lourdingues qui animent le récit forment un blougi-boulga thématique (perte d’enfance, éclosion de la sensualité, deuil…) que le montage assez dispersé laisse à l’état de matériau informe, dans une espèce d’évocation constante qui se voudrait onirique, mais qui permet surtout au film de ne jamais dire grande chose de très clair. Les moments voulus fatidiques, ou à fort potentiel émotionnel (la mort du père, le rejet de Dieu, l’envol de l’arbre) sonnent ainsi un peu creux : n’ayant rien d’autre qu’un magma thématique vague auquel faire écho, ils n’apparaissent au spectateur que comme des manières, des éléments d’imagerie détachés de tout enjeu plus profond.

Ce qu’on retient alors surtout de ce film, et ce dès le dialogue d’introduction placé sous le signe du climat, c’est encore une fois cette manière étrange dont les cinéastes néozélandais filment leur propre pays : comme une terre étrangère, déraisonnable (humidité anormale, explosion de couleurs froides et saturées, vallées encaissées au relief improbable, fosses embrumées, montagnes à la topographie illisible, atemporalité qui croise et brouille les siècles à l’image). Campion avec La Leçon de Piano, Jackson avec Le Seigneur des anneaux, et maintenant Ward : tous filment ces paysages en les hallucinant, comme s’ils débarquaient d’un autre pays, et découvraient une autre planète. Comme s’ils n’avaient jamais réussi à s’y habituer eux-mêmes.

 

Notes sur les films vus # 15

Maurice • James Ivory (1987)
Mektoub, my love : canto uno • Abdellatif Kechiche (2018)
L’Île aux chiens • Wes Anderson (2018)
Docteur Jerry et Mister Love • Jerry Lewis (1963)
Les Garçons sauvages • Bertrand Mandico (2018)
Ready Player One • Steven Spielberg (2018)

The Greatest Showman • Michael Gracey (2018)

Notules # 15

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Lettre William Wyler USA 1940
L’Obsédé William Wyler USA 1965
Palombella rossa Nanni Moretti Italie 1989
Au feu les pompiers ! Miloš Forman Tchécoslovaquie 1968
Les Trois Âges Buster Keaton USA 1923
Le Spécialiste Sergio Corbucci Italie 1969
D’où viens-tu Johnny Noël Howard France 1963
Brèves amours Camillo Mastrocinque, Giuliano Carnimeo Italie / France 1959
L’Apparition Xavier Giannoli France 2018
Nul homme n’est une île Dominique Marchais France 2018
Le Collier rouge Jean Becker France 2018
Lady Bird Greta Gerwig USA 2018
Les Heures sombres Joe Wright Royaume-Uni 2018
La Malédiction des Winchester Michael et Peter Spierig USA / Australie 2018
Le Labyrinthe – Le remède mortel Wes Ball USA 2018
Le Jour de mon retour (The Mercy) James Marsh Royaume-Uni 2018