Notules # 34

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Misanthrope Damián Szifrón USA 2023
Past Lives Celine Song USA 2023
Love Lies Bleeding Rose Glass USA 2024
Showing up Kelly Reichardt USA 2022
Retribution Nimród Antal USA 2023
Indiana Jones et le Cadran de la destinée James Mangold USA 2023
Quand une femme monte l’escalier Mikio Naruse Japon 1960
Chambre avec vue James Ivory Royaume-Uni 1985
Spoorloos (L’Homme qui voulait savoir) George Sluizer Pays-Bas 1988
Nomad Patrick Tam Hong Kong 1982
Pirosmani Gueorgui Chenguelaia Géorgie (URSS) 1969
La Fille aux Jacinthes Hasse Ekman Suède 1950
Le Squelette de Mme. Morales Rogelio A. González Mexique 1960
Haunted School (Gakkō no kaidan) Hideyuki Hirayama Japon 1995
Human Being Ibrahim Shaddad Soudan 1994
Saute ma ville Chantal Akerman Belgique 1968
Soldat Collins (Before Dawn) Jordon Prince-Wright Australie 2024
Forever my love (Stars Fell Again) V.W. Scheich USA 2023
Baghead Alberto Corredor Allemagne / Royaume-Uni 2023
New Life John Rosman USA 2024
Something in the water Hayley Easton Street Royaume-Uni 2024
Role play Thomas Vincent France / USA / Allemagne 2023

Notes sur les films vus #33 # 33

Le Samouraï • Jean-Pierre Melville (1967)
Jibaro • Alberto Mielgo (2022)
Silent Voice • Reka Valerik (2020)
Linda veut du poulet • Chiara Malta & Sébastien Laudenbach (2023)
Fleur pâle • Masahiro Shinoda (1964)
Le Procès Goldman • Cédric Kahn (2023)
Dancing Pina • Florian Heinzen-Ziob (2021)
La Tresse • Lætitia Colombani (2023)

Notes sur les films vus #32 # 32

La Petite Lise • Jean Grémillon (1930)
Charulata • Satyajit Ray (1964)
L’Éden • Andrés Ramírez Pulido (2022)
Asteroid City • Wes Anderson (2023)
Goutte d’or • Clément Cogitore (2022)
Les Amoureux • Mai Zetterling (1964)
Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan • Martin Bourboulon (2023)
Toute la beauté et le sang versé • Laura Poitras (2022)

Welfare Frederick Wiseman / 1973

1973. Dans un bureau d’aide sociale new-yorkais échouent les Américains les plus pauvres, aux prises avec des problèmes de logement, de santé, de chômage, ou de maltraitance…

 

Si l’on excepte Titicut Follies (son tout premier film en hôpital psychiatrique), Welfare est le premier “gros morceau” que je vois de la filmographie de Wiseman – le hasard fait en effet que je ne connaissais jusqu’ici de sa filmo que les films mineurs ou secondaires. Sans conteste, Welfare a quelque chose de grand : aucune des scènes, aucune des situations n’est faible ou dispensable, la structure d’ensemble a quelque chose d’à la fois implacable et majestueux. Wiseman parvient, par-delà la fascination du cinéma direct et de ses morceaux de vie bruts arrachés au réel, à dessiner un enfer cacophonique, croulant sous une tornade kafkaïenne de papiers en tous genres (on a ici une capsule historique saisissante de ce qu’était le monde administratif pré-informatique). Les visiteurs – dont on reconnaît régulièrement certains au détour d’un plan – semblent enfermés dans ce labyrinthe de salles d’attente peuplées à ras bord, comme coincés là jusqu’à la fin des temps.

Mais malgré ces qualités, je reste dubitatif devant la durée du film – que ce soit celle des scènes seules, étirées jusqu’à leur dernière goutte, ou celle du film entier. Il se lit peut-être là, dès ce film relativement jeune dans la carrière de Wiseman, l’ambition de créer le documentaire-monument de référence sur le sujet ; mais il en résulte surtout l’impression d’un film qui s’endure et se subit, ne laissant aucune seconde de répit au spectateur, le noyant sous un flot de paroles tendues (en se montrant par ailleurs assez complaisant avec n’importe quel orateur décidant de débiter des conneries pour épater la caméra), jusqu’à nous mener à un point épidermique où l’on a envie de baffer tout le monde, demandeurs comme employés – et c’est sans doute le but (nous faire prendre la mesure de la cocotte-minute), mais l’ensemble fonctionne alors davantage comme une simulation (“vis l’enfer d’un demandeur d’aide sociale”), que comme un film qui aurait fait des choix, qui aurait élu des moments, qui se ménagerait des hors-champ.

En cela oui, c’est du pur cinéma direct, en ce qu’il n’épargne rien de situations vécues, subies en entier, endurées dans toute l’expérience du présent. Mais c’est aussi ce qui rendra pour moi, il me semble, les films de Wiseman toujours potentiellement pénibles, y pénétrant comme on se préparerait à un marathon.

 

Une sale histoire Jean Eustache / 1977

Un homme raconte, devant une assemblée essentiellement composée de femmes, comment il a découvert, dans le sous-sol d’un café parisien, un trou dans la porte des toilettes pour dames…

Légers spoilers.
 

D’Une sale histoire de Jean Eustache, je ne savais que deux choses : que le film était en deux parties, rejouant deux fois le même récit ; et qu’il était aujourd’hui jugé violemment misogyne, ce qui n’est pas sans intriguer. Mais je l’ai peut-être un peu trop approché selon ces termes, car à la vision le résultat me laisse circonspect.

La répétition du récit (sa version fictionnelle d’abord, puis documentaire ensuite) ne me semble pas présenter un vif intérêt : il y a trop peu de différences entre l’original et sa version rejouée. Il y a certes un vrai plaisir à contempler l’interprétation de l’excellent Michael Lonsdale, qui amène un côté dandy décadent à ce récit (par l’écart entre la grossièreté des mots et sa diction veloutée, face à ces bourgeoises souriantes évoquant quelque soirée “privée”), non sans parer son segment d’une certaine tristesse. Le calme de cette première partie confère aussi à l’histoire racontée une certaine abstraction, qui permet de la recevoir différemment… Mais c’est peu pour justifier ce double-visionnage – pas assez, en tout cas, pour gorger le dispositif d’enjeux.

La misogynie quant elle, ne réside pas tant dans le récit en soi (qui confesse une perversion d’emblée présentée comme telle), que dans le débat qui s’en suit, où Lonsdale, satisfait, semble faire la leçon aux femmes présentes, du haut de sa masculinité. C’est sur ce point, et sur lui seul, que la répétition a un intérêt : dans l’original documentaire, bien plus foisonnant en réactions, bien plus rapide et chaotique aussi, les remarques de l’orateur (Jean-Noël Picq) paraissent moins condescendantes, en ce qu’elles sont prises dans une dispute où chacun veut gagner du territoire, où les répliques sont embrouillées et improvisées, non sans rires au passage. Les attaques ne semblent pas pesées et réfléchies une à une.

On pourrait alors dire que ce double-programme permet de mesurer l’impact du ton dans un échange, d’apprécier d’un dialogue sa dimension d’expérience sensible, et en quoi elle peut en modifier le sens. Ou encore que ce dytique permet, par sa première partie pesant chaque mot, de révéler à rebours la violence sourde des propos prononcés. Mais je doute fort que l’un comme l’autre aient été un but d’Eustache, qui n’aurait alors créé là un dispositif que très partiellement apte à explorer ces différences.

Dubitatif sur le projet (j’en garde le sentiment que la première partie aurait suffi, pour son épure et le simple plaisir d’observer le jeu de Lonsdale), j’y vois cela dit une dernière possible qualité : en sondant les réactions sur le net, je me rends compte que chacun préfère une version ou l’autre, que chacun est mal à l’aise tour à tour devant l’une ou l’autre partie, chaque fois pour des raisons différentes. En cela, le film reste un témoin de la singularité du cinéma moderne où chaque spectateur, ramené à l’état de sujet et sommé d’avoir un rôle actif, ne peut penser et ressentir la même chose que son voisin de salle.
 

Notes sur les films vus #30 # 30

L’Âme-sœur • Fredi M. Murer (1985)
Pacifiction • Albert Serra (2022)
Erotikon • Gustav Machatý (1929)
Les Huit montagnes • Charlotte Vandermeersch & Felix Van Groeningen (2022)
Saint-Omer • Alice Diop (2022)

L’Échiquier du vent • Mohammad Reza Aslani (1976)
À propos de Joan • Laurent Larivière (2022)
Le Bal • Ettore Scola (1983)