Notes sur les films vus #28 # 28

Il Buco • Michelangelo Frammartino (2022)
Coupez ! • Michel Hazanavicius (2022)
Police Python 357 • Alain Corneau (1976)
Contes du hasard et autres fantaisies • Ryūsuke Hamaguchi (2021)

Soleil rouge • Terence Young (1971)
Barbaque • Fabrice Éboué (2021)
Objectif 500 millions • Pierre Schoendoerffer (1966)
Encanto • B. Howard, J. Bush, C. Castro Smith (Studios Disney) (2021)

Notes sur les films vus #27 # 27

Le Grand Silence • Sergio Corbucci (1968)
Himala • Ishmael Bernal (1982)
Compartiment n°6 • Juho Kuosmanen (2021)
Tampopo • Jūzō Itami (1985)
The Docks of New York • Josef von Sternberg (1928)
La Chute d’un corps • Michel Polac (1973)
Kandisha • Julien Maury et Alexandre Bustillo (2020)
Gentlemen cambrioleurs • James Marsh (2018)

Notules # 24

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
En attendant les hirondelles Karim Moussaoui Algérie 2017
Harmonium Kōji Fukada Japon 2016
L’Accordeur de tremblement de terre Frères Quay USA 2005
Un homme qui crie Mahamat-Saleh Haroun Tchad 2010
Le Paysan éloquent Shadi Abdel Salam Égypte 1970
La Découverte d’un secret (Schloss Vogelöd) F.W. Murnau Allemagne 1921
Le Vent Marcell Ivanyi Hongrie 1996
Le Conseiller Alberto De Martino Italie 1973
Napoli Spara (Assaut sur la ville) Mario Caiano Italie 1977
Mayerling Terence Young Royame-Uni / France 1968
Moonrise (Le Fils de pendu) Frank Borzage USA 1948
Charade Stanley Donen USA 1963
L’Homme invisible James Whale USA 1933
Le Poids de l’eau Kathryn Bigelow USA 2000
L’Anglais Steven Soderbergh USA 1999
Deux moi Cédric Klapisch France 2018
Calamity Rémi Chayé France / Danemark 2020
Une chance sur deux Patrice Leconte France 1998
L’Assassin habite au 21 Henri-Georges Clouzot France 1942

Tire encore si tu peux Giulio Questi / 1967

Un cow-boy métis est fusillé par ses complices, qui ont refusé de partager avec lui l’or qu’ils avaient volé. Soigné par deux indiens, il court après sa vengeance…

Quelques spoilers.
 

Ce western italien, qui malgré son titre anglais n’a rien à voir avec la série Django, doit beaucoup aux perspectives tracées par son ouverture. En débutant son film sur un héros sortant littéralement de terre, là où on l’avait un peu trop vite laissé pour mort et inhumé, Giulio Questi permet une relecture entière du genre et de ses codes habituels : la figure du cow-boy solitaire et mutique, cette icône qui traverse tant de westerns, apparaît soudain comme le résultat silencieux d’un homme revenu d’entre les morts. Son invincibilité tranquille, dans les fusillades, devient celle d’un spectre. Son choix de rester dans la ville mortifère se lit comme une sorte de damnation de l’au-delà qu’il doit expier jusqu’au bout…

L’autre idée phare du film est de pousser à bout l’un des traits du western italien : celui d’une conquête de l’ouest où rien ni personne n’est à sauver. Une idée ici formulée sous les traits d’un village reculé, qu’on pourrait associer aux bourgades isolées des films d’horreur de la même époque, dans lesquels des héros égarés rencontrent une communauté de cannibales ou de dégénérés. Ici c’est toute une ville qui, sous le patronage d’un homme d’église pervers, a soif de lynchage et qui court après l’or, telle une armée de zombies. Sur ce plan, le film, qui a choqué le monde à sa sortie par sa violence, fait aujourd’hui un peu petits bras : le tableau d’horreur des lieux se résume pour l’essentiel à une population cynique et grimaçante, et il faut vraiment quelques images fortes et traumatiques (le blessé tué parce qu’on y met les doigts pour récupérer l’or, le scalp, la profanation du cimetière, le métal fondu…) pour rappeler le projet profond que le film s’était initialement donné (à savoir celui de peindre un monde condamné, par l’accouplement du western et du film d’horreur).

Au-delà de ces quelques petits passages inspirés, Tire encore si tu peux bénéficie surtout de ses nombreuses étrangetés, qui le colorent de tonalité nouvelles. L’homosexualité ambiante, par exemple : beaucoup de critiques, à ce sujet, se focalisent sur la congrégation d’hommes en noirs suivant le méchant du film, et sur le jeune adolescent qu’ils vont violer (c’est plus que suggéré) lors d’une scène orgiaque. Mais l’homo-érotisme du film va bien au-delà de cela : il existe aussi dans la manière de présenter cet adolescent justement, que le cinéaste filme comme il filmerait une fille, visage éthéré et cils délicats, rêvant de partir avec le beau cow-boy ; ou par ces nombreux torses nus masculins qui parcourent le film, jusqu’à cette scène de torture en culotte qu’on pourrait croire sortie d’un pinky violence japonais, si le genre s’était d’aventure intéressé aux garçons. Cela se sent encore plus simplement par le désintérêt flagrant du film pour les deux femmes qu’il compte, autour d’un héros d’abord choisi pour sa belle gueule…

On pourrait encore parler, au rayon des bizarreries, de cette femme enfermée, qui du haut de sa tour cloîtrée semble tout droit sortir d’un conte ou d’un film fantastique. Ou encore, autre touche étrange, celle de ces deux indiens, figures bizarres posées au beau milieu des décors du drame, et qui sembleront pourtant longtemps totalement extérieurs aux évènements et aux risques, n’intervenant que comme un chœur narratif qui interroge çà et là le héros sur ses motivations morales. Ils forment une sorte de duo à la douceur fatiguée, qui perdurera jusque dans la mise à mort de l’un d’eux, qui résiste à peine.

Ces multiples manières qu’a le film de faire résonner autrement les sempiternels duels et tueries du genre, font que malgré ses manques flagrants (un scénario à trous régulièrement invraisemblable, des effets de montage poussifs, des personnages peu attachants…), Tire encore si tu peux apparaît bien moins sec que le western spaghetti lambda – ou du moins que l’image que j’en ai, car je dois avouer que c’est un genre que je connais bien mal.

Se sei vivo, spara en VO.
Django Kill… If You Live, Shoot ! en anglais.

Notules # 15

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Lettre William Wyler USA 1940
L’Obsédé William Wyler USA 1965
Palombella rossa Nanni Moretti Italie 1989
Au feu les pompiers ! Miloš Forman Tchécoslovaquie 1968
Les Trois Âges Buster Keaton USA 1923
Le Spécialiste Sergio Corbucci Italie 1969
D’où viens-tu Johnny Noël Howard France 1963
Brèves amours Camillo Mastrocinque, Giuliano Carnimeo Italie / France 1959
L’Apparition Xavier Giannoli France 2018
Nul homme n’est une île Dominique Marchais France 2018
Le Collier rouge Jean Becker France 2018
Lady Bird Greta Gerwig USA 2018
Les Heures sombres Joe Wright Royaume-Uni 2018
La Malédiction des Winchester Michael et Peter Spierig USA / Australie 2018
Le Labyrinthe – Le remède mortel Wes Ball USA 2018
Le Jour de mon retour (The Mercy) James Marsh Royaume-Uni 2018

Notules # 13

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Herbes flottantes Yasujirō Ozu Japon 1959
Les Cents Cavaliers Vittorio Cottafavi Italie 1964
Le Jour où la terre s’arrêta Robert Wise USA 1951
L.A. Confidential Curtis Hanson USA 1997
Equus Sidney Lumet Royaume-Uni 1977
Vanity Fair (TV) Andrew Davies & Marc Munden Royaume-Uni 1998
Gouttes d’eau sur pierre brûlantes François Ozon France 2000
Bleeder Nicolas Winding Refn Danemark 1999
Le Grand méchant renard Benjamin Renner & Patrick Imbert France / Belgique 2017
Une vie violente Thierry de Peretti France 2017
Nothingwood Sonia Kronlund France 2017
À voix haute Stéphane De Freitas & Ladj Ly France 2017
Ce qui noue lie Cédric Klapisch France 2017
La Colle Alexandre Castagnetti France 2017
Nos patriotes Gabriel Le Bomin France 2017
Comment j’ai rencontré mon père Maxime Motte France 2017
Message from the King Fabrice Du Welz France / USA 2017
Overdrive Antonio Negret France / USA 2017
Baby Driver Edgar Wright Royaume-Uni / USA 2017
Captain Underpants David Soren (Dreamworks) USA 2017
Departure Andrew Steggall Royaume-Uni 2017
Rara Pepa San Martín Chili 2017
Berlin Syndrome Cate Shortland Australie 2017
The Hero Brett Haley USA 2017

Le Chevalier blanc Giacomo Gentilomo / 1957

Le jeune Siegfrid est confié à un ermite à la mort de sa mère. Devenu adulte, il forge lui-même son épée, et part combattre le dragon qui lui permettra d’acquérir l’invulnérabilité…

 

Le Chevalier blanc, pour le cinéphile, ne manque pas d’accroches : on y adapte moins la légende de Siegfried que le film de Fritz Lang (sa première partie, tout du moins), dont on devine l’héritage par de nombreux traits. Que ce soit l’importance de la forêt qu’on croirait sortie d’un studio, la poésie artisanale des effets (transparences du héros invisible, mollesse absurde du dragon carton-pâte), ou même par la figure de l’aryen – Siegfried, en bon nazi, méprise ainsi le vieillard qui l’a sauvé et élevé : « Toi, tu serais mon père ? As-tu déjà regardé ton reflet dans un torrent ! Est-ce qu’une brebis pourrait engendrer un ours ? ».

Et pourtant, malgré cet évident modèle, il n’est pas si simple d’appréhender la narration de ce petit film de rien, de comprendre la parfaite béatitude dans laquelle il plonge. La délicieuse expérience de sa vision interroge sur ce qu’il fut pour le public, à sa sortie. Comment fut réellement vécue, à l’époque, cette période molle et transitoire du cinéma de genre ? Ces années au croisement d’un cinéma classique mourant (montage et rythme pâteux, imagerie propre et fignolée, foi naïve dans les archétypes), et d’une production bis qui n’avait pas encore déchaîné ses pulsions, quand bien même on en devine çà et là l’avènement (lumière parfois digne d’un Bava, flots de sang du dragon…)

Avait-on conscience alors de la charge kitsch de ces films (Siegfried en tunique et brushing, sifflant bonjour à l’oiseau sur la branche) ? Les voyait-on comme un déclin, comme l’aplatissement du cinéma Hollywoodien ? Car c’est ici le modèle, épuisé certes, mais indéniablement prégnant (c’est d’ailleurs à cette époque qu’Hollywood envahit Cinecittà) : rien que le choix d’un Bas Moyen-Âge, clair, propre et raffiné (au contraire du monde archaïque Langien), témoigne à l’image de cette filiation. Mais pensait-on alors continuer, épuiser, ou dépasser ce cinéma ?

Dans ce flottement réside peut-être la force du film : une étrange osmose entre ce qu’il est, et ce qu’il montre. Lui aussi, comme le Moyen-Âge, est pour le regard futur une sorte d’entre-deux, une suspension entre deux moments forts du monde, comme inconscient de sa propre singularité. Un cinéma un peu absent, tout entier comme le village de Brigadoon, sagement bloqué dans l’éternité de ses traditions, glacé dans sa stabilité formelle. Cette narration neutralisée (plans calmes et statiques, souvent larges, facticité rassurante de la direction artistique) évoque même le Moyen-âge dans son art, et sa manière de raconter les histoires : cette façon de tout mettre à plat, de “résumer” (d’aligner les moments nécessaires au récit, comme sur une fresque) plutôt que de chercher la figuration réaliste, vraisemblable ou saisissante des événements.

Il n’est pas seulement question ici d’un nanar réjouissant, qu’on regarderait avec distance et tendresse. Sous le kitsch indéniable du Chevalier blanc, sous son académisme latent et sa totale absence d’ambition (qui font que j’ose à peine en conseiller la vision), il fleurit pour le spectateur patient, pour qui sait du film saisir la pensée, le rythme et le phrasé, un authentique plaisir de cinéma.

Sigfrido en VO.

 

• Soyez prévenus, le DVD français (pourtant édité par Artus Film, éditeur prommeteur) propose une copie immonde : recadrée, et extrêmement pixelisée (il faut en passer par un traitement vidéo des trames pour atténuer la chose)…