Running Man Paul Michael Glaser / 1987

Los Angeles, 2019. Des candidats, sélectionnés parmi la population carcérale, s’affrontent à mort dans le cadre d’une émission de télévision à succès…

Légers spoilers.
 

Running Man se présente comme la version la plus standard et la plus fainéante du film de SF techno-fasciste des années 80 (dont Verhoeven serait le parangon). La critique sociale et médiatique est évidemment bien présente, à travers ces pains et jeux qui ressemblent à la matrice de tant d’autres dystopies à venir (de Battle Royale à Hunger Games), mais sans la moindre finesse ou distance critique. Le public des plateaux TV notamment, qui redouble celui du film en venant voir du catch pimpé de couleurs SF, est si gentiment épargné, changeant de poulain (du bourreau aux rebelles) sans qu’il ne lui en coûte rien… Se décomposant en sketchs de combat paresseux et en scènes de castagne pour darons, le film n’a pas grand-chose à défendre au-delà de son concept.
 

Weapons Zach Cregger / 2025

Lorsque tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un, disparaissent mystérieusement la même nuit, à la même heure, la ville entière cherche à découvrir qui – ou quoi – est à l’origine de ce phénomène inexpliqué…

Spoilers.
 

Weapons est un film qui tient surtout à son pitch et à sa résolution maligne, mais qui doit, en termes d’horreur, se contenter d’académismes (attentes, jump scares, enfants inquiétants et voix-off de gamine) ou encore de conventions douteuses (la femme-sorcière qui ramène de l’archaïque au sein de la banlieue américaine, une lapalissade de l’horreur moderne), le tout en s’accrochant à des personnages pas vraiment passionnants. Pendant longtemps, seule la singulière musique viendra donner un peu d’originalité à tout cela… La dernière partie, en ce qu’elle épouse le point de vue d’une figure à la fois fragile et évocatrice (l’enfant qui ne peut parler des sévices à la maison, trimballant avec lui tout un imaginaire des violences intrafamiliales et du poids du silence) et en ce qu’elle referme astucieusement les lignes de son scénario (y compris ses vibrations de conte, avec enfants qui mettent la sorcière au four), permet de terminer sur une meilleure impression. Reste qu’au-delà du film malin et correctement troussé (que son humour latent aide à ne pas trop se prendre au sérieux), j’ai un peu de mal à comprendre l’enthousiasme et le succès que le film a suscités l’été dernier. Sa structure épisodique évoquant la série est peut-être, au fond, ce qui fait qu’il parle particulièrement au grand public, dont c’est devenu l’un des mètres étalons narratifs.

Évanouis en VF.

School on Fire Ringo Lam / 1984

Des élèves d’une école sont harcelés par les chefs de triades…

Quelques spoilers.
 

School on fire fait une transposition brutale des rapports mafieux au sein du milieu scolaire – et en observe, par ricochet, l’impact sur les familles de tous ces élèves. Les sempiternelles violences, chantages et intimidations propres au genre, devenues des lapalissades quand elles sont montrées dans le milieu des gangsters, retrouvent toute leur violence viscérale une fois insérées dans ces discussions et décors du quotidien : sans échappatoire (sans vie normale sur laquelle se replier, ou à laquelle aspirer), le film oblige chacun à prendre position au sein des jeux de domination. La solidité de la mise en scène finit néanmoins par quelque peu se brouiller, justement quand le film quitte l’école (qu’on y revienne symboliquement et rapidement pour le final, en invoquant le lycée comme un “territoire”, n’y change rien) : le dernier tiers du film consiste globalement à voir des gens hurler, se frapper, et se retenir les uns les autres, pour entretenir un chaos général qui dit certes un état d’implosion sociale, mais qui ne raconte plus grand-chose de précis. Dans ces moments, les clichés et la grossièreté d’un certain cinéma de genre (effets de brutalité appuyés, personnages brossés à gros traits) semblent reprendre le pas, le film paraissant désœuvré dès qu’il n’a plus de quotidien tranquille à contaminer. Il y a également un mystère : l’origine de cette romance entre la bonne élève timide et ce truand qui ne fait même pas partie de l’école – un hors-champ inexpliqué, et bien pratique, qui relève d’une certaine facilité scénaristique. Ces réserves mises à part, School on fire reste dans le haut du panier du cinéma HK d’alors, d’autant plus à considérer qu’on n’a là que la version censurée, et donc affadie (un coup d’œil aux coupes effectuées révèle en effet un film encore plus saillant).

Xue xiao feng yun en VO.

Elyas Florent-Emilio Siri / 2024

Elyas, ancien soldat des Forces Spéciales, solitaire et paranoïaque, devient garde du corps pour la famille de Nour, 13 ans, venue du Moyen-Orient…

Quelques spoilers.
 

On a des sentiments contradictoires devant ce film du lointain Florian Emilio Siri (Nid de guêpes), cinéaste qu’on avait laissé, avec d’autres premières lignes, au cimetière des tentatives prometteuses visant à relancer le cinéma de genre en France

Loin de la majesté intermittente de son premier essai, ce film-ci sent fort le produit télévisé ou de plateforme, dont il reprend la patte visuelle lisse et le côté cheap (dans les décors, dans le jeu d’acteurs – même Rochdy Zem, comédien pourtant capable de tenir un film entier sur ses épaules, laisse ici dubitatif dès sa première moue). Les clichés éculés qui font office de ressort émotionnel (brute taiseuse protégeant une gamine, traumas de guerre interchangeables), ou les invraisemblances en cascade, sans parler de ce montage impatient, donnent à l’ensemble l’apparence d’un produit standardisé et bas de gamme cherchant l’efficacité immédiate, condamnant le film à rester coincé sous un certain plafond de verre.

Pourtant, Elyas a encore çà et là quelques idées de cinéma. Certaines configurations se révèlent stimulantes, que ce soit sur le plan structurel (ce petit huis clos résidentiel qui s’offre soudain des fusillades en immeuble), scénaristique (ne pas céder à la facilité d’un héros refusant de prendre ses médocs, mais utiliser sa paranoïa pour interroger chaque événement), ou encore thématique (ces gens riches contraints de suivre le parcours des migrants clandestins).

Tout cela est un peu laissé en friche, jamais véritablement exploité : les tensions concernant le devenir prolétaire d’une petite princesse, comme la moralité discutable d’un homme qui tue quiconque suscite le moindre doute (et qui cherche, tel un complotiste, les signes menus validant sa folie)… Tout ce barnum est effleuré plus que réellement interrogé, menant à un résultat frustrant, quoique raisonnablement ludique derrière sa carapace cheap.

 

New Life John Rosman / 2024

Jessica Murdock tente désespérément d’échapper aux autorités en traversant la frontière canadienne. Alors que la poursuite se resserre, des corps sont retrouvés sur son chemin…

Quelques spoilers.
 

Manifestement coincé par son budget de série B, ce petit film paranoïaque de contamination aurait gagné à se concentrer sur le cœur doublement poétique de son pitch : l’histoire d’une femme qui tue sans s’en rendre compte tous ceux qui se montrent bons avec elle ; et celle d’une inspectrice malade qui poursuit le miroir de sa décomposition prochaine. Si le film reste de facture raisonnable pour une production B, il n’arrive pas à investir ces enjeux cinématographiquement, souffrant par ailleurs de maladresses nombreuses (scènes d’horreur expédiées à coup d’accélérés, images burlesques de poursuite avec canne ou habits stériles bibendum…).

 

Misanthrope Damián Szifrón / 2023

Eleanor, une jeune enquêtrice au lourd passé, est appelée sur les lieux d’un crime de masse terrible…

 

Le thriller policier est décidément un genre idéal pour introduire les talents étrangers à Hollywood : l’enquête et ses nécessités, comme sa tension inhérente, canalisent l’inventivité des jeunes réalisateurs ambitieux, assurent l’accessibilité du film à un public mainstream, et obligent la patte marquée de ces cinéastes à s’exprimer de manière plus humble et périphérique. N’ayant pas vu les précédents films de Damián Szifrón, j’ai du mal à juger ici de son talent, hormis lors de quelques acmées formelles (lumières policières dans la nuit) qui semblent directement inspirés de Prisoners ; quand la course du film s’arrête (l’héroïne déprimée à son appartement, sur un piano mélancolique aux sonorités midi), la touche laisse en tout cas apparaître un geste plus grossier. Ce qui sort Misanthrope du tout-venant (la voix profonde du tueur, par exemple) ne semble en fait pas dessiner un regard tout à fait cohérent, mais plutôt chercher ci et là des manières de se singulariser… Reste que le film est un travail efficace et honnête, assez inédit dans son humilité, construit autour des personnages et non d’un rythme tournant à vide : le film dessine une atmosphère mélancolique réussie, qui bénéficie de la pesanteur du jeu de Shailene Woodley (confirmant, par-delà les blockbusters laissant peu de place à son interprétation, qu’elle méritait de porter un tel projet).

 

To Catch a Killer en VO.

Retribution Nimród Antal / 2023

Un homme d’affaires découvre qu’une bombe a été placée dans la voiture qu’il conduit par un assaillant inconnu. Ce dernier lui ordonne d’exécuter une série d’actions tout au long de la journée ou la bombe explosera, le tuant lui et sa famille…

Quelques spoilers.
 

Retribution est le premier film que je vois issu de ce genre à part entière qu’est le Liam-Neeson-tabasse-tout-le-monde-movie. L’âge obligeant sans doute, l’action est ici réduite au minimum, Neeson se retrouvant bloqué au volant la majeure partie du film. Si le scénario et le projet sont des plus génériques (milieu riche, ombre du divorce, père délaissant sa famille pour le boulot, en rupture avec ses enfants…), j’ai été relativement surpris par la mise en scène honnête, élégante et économe (notamment avant que les impératifs du thriller en voiture ne rendent tout cela plus standard). Le film cependant ne sera jamais plus que ça : s’il frôle sa thématique capitaliste (fonds spéculatifs, manifestation altermondialiste, rapports entre Europol et les grands financiers carnassiers…), c’est pour finalement n’en rien faire. « On est pareil » lui ânonne le méchant, mais jamais le film ne semble en rendre compte. La manière abrupte dont l’ensemble se termine (trois pauvres flash familiaux), et l’épilogue radio expédié sur le générique, entérinent cette impression d’un film B d’usine qui n’a rien à dire.

 

Nomad Patrick Tam / 1982

Rejetons de la classe aisée hongkongaise, Louis et son amie Kathy vont se lier à Tomato et Pong, de condition plus modeste…

Quelques spoilers.
 

Difficile de vraiment résumer l’histoire de Nomad, que j’ai d’ailleurs déjà un peu oubliée : deux jeunes couples hong-kongais, l’un pauvre et l’autre aisé, se rencontrent sur fond de lutte armée japonaise. C’est un film agréablement improbable, qui semble changer d’avis, de genre et de synopsis d’une scène à l’autre… Je ne suis même pas sûr qu’il y ait là une volonté maniériste de jouer avec les codes, tant le lyrisme du film semble se projeter au premier degré : le résultat ressemble surtout à un bouillon de tout ce qui agitait le cinéma du coin à ce moment précis – comédie loufoque, kitsch émotionnel, violence du cinéma B, influence latente du cinéma érotique, réalisme “nouvelle vague” dans son portrait de la jeunesse contemporaine… Le résultat est bien trop inconstant pour qu’on s’y investisse en profondeur, et se révèle parfois plus simplement incompréhensible, mais c’est indéniablement rafraichissant.

 

Lièhuǒ qīngchūn en VO.