Haunted School Hideyuki Hirayama / 1995

Une jeune fille se promène dans une aile de son école primaire qui abandonnée depuis des années, et que la rumeur dit hantée. Lorsqu’elle ne revient pas, un groupe de camarades de classe part à sa recherche…

 

Haunted School, film japonais de maison hantée dans une école primaire, est tout entier comme une madeleine de Proust : le look visuel en dur, la mise en scène classique, les musiques synthétiques, la candeur du produit familial des années 90, la rondeur du film d’épouvante pour enfants… Le film a cependant bien du mal à dépasser les atouts de ce charme nostalgique que lui a conféré le temps, mettant un point d’honneur à être générique sur tous les tableaux. Son épouvante est foutraque et dilettante, que ce soit en termes de textures (SFX naissants mêlés à du stop-motion, à des effets en dur), ou de bestiaire et de configurations : ici des monstres, là des jeux d’espaces, ici une apparition, sans aucun fil conducteur thématique ou esthétique pour les relier – aléatoire comme un train fantôme de fête foraine, en somme. Au point que parfois semblent percer des visions pseudo-gores assez déplacées dans le cadre d’un film pour enfants… Tout le final, à force de jolis tableaux lumineux et d’un peu d’émotion, permet d’emporter le morceau au forceps, mais passée la générosité sympathique du projet, pas sûr qu’il y ait grand-chose à revenir y prendre. J’aurais évidemment adoré le voir gamin.

 

Gakkō no kaidan en VO.

Baghead Alberto Corredor / 2023

Une mystérieuse figure est capable d’invoquer les morts pendant un court laps de temps. Cependant, toute personne qui fait appel à son service doit payer le prix fort…

 

Baghead, histoire d’une créature de l’ombre enfermée à la cave, est un petit film d’épouvante moins intéressé par l’horreur (utilisant dans ce domaine tous les académismes et écueils imaginables), que par la dimension fantastique de son pitch (quels pièges au pacte faustien, quelles règles du jeu). On a cependant du mal à y adhérer, que ce soit sur le plan de l’identification (personnages bêtes prenant toutes les mauvaises décisions) ou sur le plan mythologique (aucune profondeur ou émotion dans cette figure de femme utilisée, que ce soit dans le passé puritain qui lui sert d’écrin, ou dans la relation qui se noue avec sa gardienne). Le tout sans compter les incohérences multiples, et un final en “révélation” qui ne dit rien qu’on ne sache déjà…

 

Something in the water Hayley Easton Street / 2024

Cinq amies se réunissent pour enterrer la vie de jeune fille de l’une d’entre elles. Mais une excursion en bateau vire au cauchemar…

Spoilers.
 

Production Studio Canal médiocre et relativement fauchée, ce shark movie reprenant la configuration de The Shallows et les principes du slasher (une fille en moins toutes les 15 minutes) fait le choix un peu bizarre d’isoler ses victimes au beau milieu de l’eau (d’ailleurs contre toute logique, vu qu’elle pourraient rejoindre le corail sur lequel le bateau s’est abîmé). Cette configuration permet certes quelques jolies images (les deux femmes, l’une contre l’autre en embrassade, au milieu du néant, comme deux enfants effrayées), mais cela les coince aussi dans une situation réduisant drastiquement les options du scénario. Réduites à ce statisme, chacune est condamnée à ressasser sa culpabilité ou ses reproches au milieu d’une guirlande de micro-suspenses finissant aussi vite qu’ils ont commencé. Les quelques potentielles bonnes idées (celle d’un groupe d’amies qui doit se sacrifier pour qu’un couple en leur sein se reforme, ou encore l’idée d’un requin rejouant la scène d’agression du prologue sur un mode cauchemardesque et monstrueux, pour permettre à une jeune fille répudiée de corriger son erreur), ne peuvent pas correctement fleurir sur tant de fragilités.

 

Menace en eaux profondes en VF.

Role play Thomas Vincent / 2023

Dave et Emma forment le couple parfait : deux enfants, une belle maison, des boulots épanouissants. À l’occasion de leur septième anniversaire de mariage et pour pimenter le quotidien, ils ont l’idée de jouer à un petit jeu de rôle..

Quelques spoilers.
 

Petit vertige de retrouver Thomas Vincent, réalisateur de l’acclamé Karnaval, aux commandes de cette semi-comédie qui suit les mésaventures d’une tueuse à gages essayant de concilier son métier secret et sa vie de famille. En se focalisant sur le moment où la couverture de son héroïne tombe, le film s’offre quelques moments ludiques, notamment dans tout ce qui frictionne entre la vie de famille et le crime organisé. Ça reste cela dit très petit et peu ambitieux (le projet lui-même ne semble pas si financé que ça, sous ses atours lisses et professionnels), comme en témoigne cette série de rebondissements improbables servant à amener artificiellement tous les personnages ailleurs pour le final, tant la situation devenait scénaristiquement difficile à tenir en ville (la police qui laisse partir le mari, la tueuse qui laisse son conjoint venir). L’anonymat de la mise en scène, et le casting à peine rehaussé de second rôles de luxe (Bill Nighy, Connie Nielsen), rangent ce petit film dans le tiroir décidément bien gris des productions Studio Canal International dispensables.

 

Robocop Paul Verhoeven / 1987

A Détroit, gangrené par le crime organisé, l’officier de police James Murphy est laissé pour mort après une fusillade. Il devient alors le parfait cobaye pour la création d’une nouvelle arme, un policier hybride mi-homme, mi-robot…

Quelques spoilers.
 

Des films de Verhoeven explorant le fascisme latent de l’Amérique reaganienne (Total Recall, Starship Troopers : SF glorieuse, passion des muscles et des machines, capitalisme ébloui…), Robocop est sans doute le plus abouti. Peut-être parce que le fascisme ne s’est jamais aussi bien incarné que dans cette institution policière, avec son bon droit et son goût de l’ordre, ou sa mise à mort de bandits sur des accents triomphants qui font chanter le lyrisme du blockbuster en toute ambiguïté. Le programme ironique de Verhoeven n’est certes pas exactement subtil, mais il donne le change en exprimant viscéralement la phobie que le cinéaste a de son époque, par des images fortes et presque conceptuelles : le policier tirant sur l’un des siens en temps de grève, l’employé littéralement objectifié par sa boîte qui parle de lui comme s’il n’était pas là, le rêve familial banlieusard qui semble être un mirage n’ayant jamais existé, le patron littéralement intouchable tant qu’il fait partie de sa multinationale… Les trouvailles brillantes sont foison.

 

Dernière nuit à Milan Andrea Di Stefano / 2023

Franco Amore est un policier qui, en 35 ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Mais sa dernière nuit de service sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine…

Légers spoilers.
 

Comme pas mal des films populaires italiens récents, Dernière nuit à Milan a du mal à se départir d’une surcouche de vulgarité et de clichés (l’univers mafieux et son lot de magouilleurs, son flic taiseux et sa femme vénale, ses appartements riches et criards, ses plans clinquants au drone…). Le film a cependant plus dans le ventre que ces archétypes, et révèle tout son potentiel lors d’une remarquable séquence centrale, celle de la longue virée en voiture : tendue et économe, rigoureuse, elle commence comme une sorte de jeu d’échecs pour finir en chaos nocturne halluciné. La suite, sans démériter, doit se dépatouiller avec un personnage féminin déplaisant, une résolution peu crédible, et les banalités du lyrisme policier (on peine à partager l’élégie du flic honnête quand celui-ci, à la base, a accepté un poste au sein de la mafia). Bref, il y a du talent là-dedans, mais il est encore trop écrasé par les normes du polar mafieux, auxquelles le ton et la personnalité du film semblent tout inféodés.

 

L’Ultima Notte Di Amore en VO.

Le Règne animal Thomas Cailley / 2023

Le monde est en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux. François, seul en charge de son fils, fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce mal mystérieux…

Quelques spoilers.
 

Nous voilà donc devant la 157è tentative de cinéma de genre à la française, comme dans un labo cherchant une énième fois la formule chimique qui ne soit pas instable, qui puisse convaincre le temps d’un film, qui ne s’écroule pas sous le regard charitable du “c’était bien essayé”.

Cailley a peut-être, cette fois, enfin trouvé quelque chose. La science et le doigté du cinéma d’auteur français (fantastique économe et implicite, absence de puritanisme), la grande qualité d’acteurs venus pour beaucoup du cinéma indé, les moyens techniques et financiers mobilisés, tout concourt à faire de cette tentative d’hybridation du cinéma national avec le genre un produit convaincant. La belle note du film se perçoit certes çà et là à travers de mauvais parasites radio (ici des CGI un peu foireux, là une musique trop affectée, un Romain Duris parfois mal dirigé), mais parvient malgré tout à tenir une émotion.

L’exceptionnel Paul Kircher y est pour beaucoup, inventant un étonnant trait d’union gestuel entre l’hébétude molle de l’adolescence et l’instinctivité animale, avec ses grands yeux humides et étonnés comme fil rouge, même si le mélange qu’il opère entre ces deux pôles reste toujours un peu sur le seuil, et sa transformation jamais définitivement actée. Il en va de même pour le film, bloqué comme l’était Les combattants dans un dernier acte d’errance du récit en forêt, comme incapable de percer sa propre carapace.

Cette carapace, c’est celle d’un carcan d’intentions : le surmoi cinéphile du cinéma de genre frappe encore, tant tout ici doit parler, métaphoriser, “servir”, jusqu’à la légère absurdité de ce champ de maïs tout droit sorti d’un film américain, posé là comme un décor de cinéma abstrait. Le film peine, en somme, à se surprendre lui-même par un instinct ou des réflexes un peu plus personnels que ceux de l’impeccable “film de genre d’auteur”, ripoliné et raisonné par on ne sait combien de passages en commissions (c’est particulièrement visible dans la relation père-fils, dont rien de secret n’existe plus au-delà de ce que le propos nécessite). Pour un film sur l’animalité, il en manque ici pas mal, justement : un peu de folie et d’inexplicable, quelque chose qui nous ferait, enfin, basculer dans des sensations plus organiques et instinctives (et dans un monde forestier où le merveilleux n’oublierait pas sa part d’horreur – par exemple celui d’espèces qui, par nature, se mangent).

On peut malgré tout retenir du film, au-delà de ses déflagrations d’émotion brute qui en font tout le prix (la recherche nocturne en voiture, le coming out paniqué, l’échappée finale…), un trait de personnalité réel : celui de partir d’un ensemble horrifique et anxiogène (mutation, contamination façon zombie, paranoïa sociale, mutilations), pour peu à peu transformer ce postulat en énergie positive et solaire, dans un lent basculement du regard du spectateur, qui peu à peu reconsidère le monde et sa façon de le voir. Une métamorphose animale d’abord phobique, puis désirée ; une situation sociale catastrophique, puis salvatrice ; une adolescence anxiogène, puis gonflée de l’immensité des possibles. Cette transformation, elle, a un goût tout à fait singulier, déroge brillamment aux règles attendues, et distingue réellement le film de toutes les tentatives de “genre français” ratées qui lui ont précédé.

 

L’Œil du mal Isaac Ezban / 2022

Nala, une jeune citadine de 13 ans, se rend en famille à la campagne voir sa grand-mère, pour tenter de trouver un remède à la mystérieuse maladie de sa petite sœur…

Légers spoilers.
 

L’Œil du mal, film de sorcières réactualisé, vient grossir les rangs du cinéma d’horreur hispanophone, qui a acquis ces dernières années (du moins en Espagne) une petite réputation. Ce film-ci, mexicain, ne laisse en tout cas pas poindre autre chose qu’une science sommaire du genre, certes rehaussée d’un minimum d’inventivité scénaristique (l’origin-story et sa révélation). Le résultat ne semble que touiller les normes et écueils du cinéma d’horreur jusqu’à plus soif, que ce soit dans son fonctionnement narratif (personnages bizarrement aveugles à la situation, inaptes ou trop tardifs à se révolter), ou dans les thèmes toujours aussi passablement clichés que le film explore (cauchemar d’une ruralité phobique et arriérée pour les personnages urbains, vision puritaine de femmes à la fois sexuées et sanglantes, et ainsi de suite).
 

Mal de ojo en VO.