Wire Room Matt Eskandari / 2022

Eddie Flynn est un trafiquant d’armes irlandais qui a passé en contrebande des armes de fabrication russe pour les rebelles sud-américains. Maintenant aux États-Unis, il est un intermédiaire pour le cartel de Baja…

 

Après Hot Seat, Kevin Dillon (le frère de Matt) semble décidément se spécialiser dans les rôles le maintenant assis tout le film sur un siège, coincé au téléphone avec un maniaque face à des écrans… Avec toujours, bien sûr, une bimbo blonde à côté. Le film, totalement improbable (il l’est plus que le DTV moyen : chacune des réactions ou rebondissements n’a aucun sens), est l’un des exemples les plus flagrants de la manière dont les cinéastes des derniers films de Bruce Willis ont essayé de recréer un jeu d’acteur chez le comédien malade, le montage ne composant qu’avec des poses égarées, et de vagues regards essayant de tenir un rictus sévère.

 

Nope Jordan Peele / 2022

En Californie, un frère et une sœur enquêtent sur les causes étranges du décès de leur père dans son écurie, tué par un objet tombé du ciel…

Spoilers.
 

Eternel flippé devant les films d’horreur, j’avais lâchement laissé passer les deux premiers films de Jordan Peele, cinéaste réputé que je ne découvre donc qu’avec Nope. Le talent, la grande maîtrise, l’ambition thématique – tout ce qu’on m’avait promis est là. Mais ce cinéma s’avère tout de même un peu décharné sur le plan émotionnel, comme occupé à un jeu théorique, et donc surtout brillant pour ce qui concerne la théorie : pour la manière de recoudre, via Muybridge ou l’imagerie du western, les héros noirs à une histoire du cinéma dont on remontrait le fil (jusqu’à ce monstre final en forme de machine photographique primitive) ; ou encore pour ce langage visuel hérité du meilleur Hollywood classique, inventant des astuces pour montrer l’évolution d’un ennemi invisible (sky dancers en plastique qui se gonflent, pluie de cinéma à bordure nette…).

Mais de la part viscérale, horrifique, de l’animalité dont entend nous faire part le film, il ne reste pas grand-chose, cet ensemble impeccable manquant singulièrement de sauvagerie (seul le flashback, bien qu’altéré par le choix d’un singe numérique, y parvient quelque peu). Idem pour le lyrisme et l’épique que le film entend réveiller sur le tard pour anoblir ses personnages, alors que son récit n’a jusqu’ici été qu’un jeu de pistes intellectuel un brin pompeux (chapitrage, noirs soudains) : le script, qui sert avant tout à imbriquer les éléments nécessaires à sa métaphore, n’est qu’une série de pistes isolées et mal raccordées. Le fait de suivre des héros obsédés par la célébrité, quand bien même cela raccorde aux questions d’invisibilisation raciste, les rend difficilement attachants ; les moyens utiles à la métaphore (lyrisme guerrier à mettre une bête à mort, recréation ébahie d’un cowboy de pacotille…) ont également du mal à créer l’adhésion.

Et on se dit, devant Nope, que la conscience et le surmoi intellectuel qui marque à présent le cinéma d’horreur, ce savoir partagé par tous que le cinéma B le plus divertissant véhicule aussi une réflexion et un propos, a totalement bouffé le genre1. Quand bien même ses énormes défauts, un Shyamalan savait au moins rester à la lisière symbolique : malgré tous ses entrechats intellectuels, ce qui l’intéressait restait la foi, l’épiphanie émotionnelle des personnages, et non la portée d’un discours. Ici, toute la réflexion sur le spectacle et le besoin de s’y réintégrer, plutôt belle sur le papier, paraît difficilement raccordable à l’expérience sensible du spectateur.

In extremis, alors que la mise en scène échoue à exploiter via nos nerfs le principe pourtant génial d’un ennemi qu’il ne faut pas regarder, Jordan Peele a l’intelligence de comprendre que la meilleure façon d’exploiter cet antagoniste purement cinématographique sera, à défaut, de jouer le pur ravissement d’un spectacle graphique (celui de l’animal se décomposant en volutes), vision superbe que les persos n’ont justement pas le droit de voir – seulement nous. Répondant à ce qui faisait déjà le meilleur des débuts de son film (ces nuits clairs et lisibles sur la vaste plaine ouverte, où l’on va observer les détails qui clochent), cet étrange déploiement final en plein jour, sur fond de ciel pacifié, aboutit à un constat surprenant : le film parvient enfin à être un peu magique, un peu étrange, dans un déploiement visuel tenant davantage du merveilleux – c’est-à-dire sur le seul versant où il n’affichait pas d’ambition théorique trop contrôlée.

 
 

Notes

1 • Sur ce point je ne peux m’empêcher de partager la brillante remarque de Müller, discutant du film sur le forum FDC, qui évoque la scène montrant des humains digérés à l’intérieur du monstre : « On sent l’intentionnalité limite bis, avec l’éclairage rosâtre, le boyau bricolé, les effets “en dur”, et en même temps celle de ne pas montrer la digestion gore en mode blob pour préférer les cris nocturnes dans le ciel. (…) On sent tellement tout ça, toutes ces circonvolutions minutieuses que Peele n’a pas mis à distance dans son travail fini, que finalement ça désamorce l’ensemble, l’effet horrifique tombe à plat. C’est bien sûr typique de la sur-écriture postmoderne dans ce qu’elle a de plus épuisante (…), un défaut dans lequel Peele semble durablement conforté par son succès critique ». Le topic plus généralement, qui regroupe arguments de défenseurs comme de détracteurs du film, est une lecture très intéressante proposant de multiples angles de compréhension.
 

Rubikon Magdalena Lauritsch / 2022

Suite à une catastrophe sur Terre, la planète est recouverte d’un brouillard toxique. L’équipage de la station spatiale doit choisir entre revenir rechercher des survivants, ou rester en orbite en sécurité…

 

Premier long autrichien sur fond de fin du monde, Rubikon est un petit film SF en chambre (trois acteurs dans une station spatiale en orbite) qu’on fait respirer de façon à peu près crédible (images recrées de la Terre vue du ciel), tout en se reposant sur des ressorts de scénario (lutte des classes) pas inintéressants. Les acteurs ne sont pas mauvais (ce ne sont d’ailleurs pas des inconnus), et le style est sobre (découpage et montage calmes, direction artistique simple, pas d’effets). Un goût de direct-to-video persiste néanmoins, par l’absence d’une mise en scène, au sens d’un regard qu’on poserait sur ce récit : la nature du huis-clos, par exemple (enfermés à trois face au monde) n’a pas l’air de traverser l’œil de la cinéaste, qui filme cela comme n’importe quoi d’autre. Mais on a en tout cas là quelque chose qui commence à ressembler à une vraie série B (des idées, des propositions, quand bien même le regard ici n’y est pas).

 

Sacrifice Nico van den Brink / 2022

Betriek, 38 ans, vit avec ses parents et sa fille au bord d’une tourbière dans le nord des Pays-Bas. Lorsqu’une nuit, la famille est attaquée par un inconnu, beaucoup de souvenirs enfouis remontent à la surface…

Quelques spoilers.
 

Sacrifice est une autre tentative de genre européenne (le fantastique, ici), venue du cinéma néerlandais, qui essaie de tirer son terreau des légendes ou folklores supposés du vieux continent. Rien de honteux ni de remarquable à signaler, sinon une actrice principale correcte.

 

Moloch en VO.

The Lair Neil Marshall / 2022

L’avion du lieutenant Kate Sinclair est abattu en plein territoire ennemi. Sa seule chance de repli est un bunker soviétique infesté de créatures indicibles…

 

Ayant raté les films pour lesquels Neil Marshall est célébré (The Descent, Centurion…), je ne le découvre aujourd’hui que via cet aperçu ultérieur d’une carrière en déroute : un DTV militaro-horrifique reprenant toutes les normes et modes en cours dans le genre version DTV (soldats US bravaches en terre ennemie, base secrète sordide, expériences sur humains les transformant en monstres, etc). Dur de juger des qualités du réalisateur : si ce film est plutôt tenu pour son format (tentative de micro-background historique, montage pas trop épileptique, quelques idées scénaristiques éparses – la montre, le manteau…), l’ensemble est avant tout marqué par l’anonymat total de ce genre de productions (péripéties sans surprises, personnages plus qu’archétypaux, dialogues normés qu’on peut deviner une minute à l’avance).

 

Out of Death Mike Burns / 2021

Au cours d’une randonnée, une femme assiste à un meurtre commis par quatre individus. Alors qu’elle court à travers les bois pour leur échapper, elle rencontre un garde forestier à la retraite. Elle demande à ce dernier de lui venir en aide…

 

Out of Death est l’un des films pourris que Bruce Willis avait fait pour payer sa retraite (cachetonnant alors à un rythme infernal : il allait en faire encore seize autres par la suite avant de raccrocher). On y voit l’acteur un poil plus actif qu’à son habitude alors – il marche, se déplace, a deux dialogues de suite au sein du même plan… Il paraît néanmoins passablement égaré, et se résume pour beaucoup à des plans de réactions. Le film pour le reste est un direct-to-vidéo US des plus typiques (avec actrice botoxée et tout le toutim), qui a pour seul intérêt de documenter la fin de carrière de l’acteur.

 

Hors de la mort en VF.

Notes sur les films vus #29 # 29

Nous nous sommes tant aimés • Ettore Scola (1974)
Plein soleil • René Clément (1960)
Le Roman de Mildred Pierce • Michael Curtiz (1945)
Panic sur Florida Beach • Joe Dante (1993)
Trois mille ans à t’attendre • George Miller (2022)
Feu Follet • João Pedro Rodrigues (2022)

One way • Andrew Baird (2022)
Kompromat • Jérôme Salle (2022)

Notes sur les films vus #27 # 27

Le Grand Silence • Sergio Corbucci (1968)
Himala • Ishmael Bernal (1982)
Compartiment n°6 • Juho Kuosmanen (2021)
Tampopo • Jūzō Itami (1985)
The Docks of New York • Josef von Sternberg (1928)
La Chute d’un corps • Michel Polac (1973)

Kandisha • Julien Maury et Alexandre Bustillo (2020)
Gentlemen cambrioleurs • James Marsh (2018)