Légers spoilers.
Trois mille ans à t’attendre est un divertissement plaisant, d’autant plus sympathique que le projet témoigne d’une visible ambition. Le résultat glisse cependant quelque peu sur l’œil du spectateur, échouant dans ses deux grandes aspirations… La première, manifeste, est d’être un mille-feuilles d’histoires et de récits façon Mille et une nuits (contes emboîtés, personnages eux-mêmes narrateurs, structure qui se re-déplie sans cesse sans laisser deviner quand viendra sa fin) : si l’écriture ne manque pas d’idées, les contes relatés sont trop rapides pour qu’on ait le temps de les investir (et travaillent trop discrètement leurs liens au passé de l’héroïne pour correctement résonner avec). L’échange dans la chambre d’hôtel moderne, satisfaisant et savamment dialogué (le film n’a aucun mal à tenir avec deux acteurs en peignoir dans un décor vide), se ratatine dès lors qu’advient le nœud central du récit, à savoir le premier vœu de Swinton. Un vœu qu’on peine à rattacher à la logique et aux enjeux du récit, qui semble impropre à en résoudre quoique ce soit – sinon en trahissant à rebours son héroïne, dont le célibat assumé et supposément heureux n’aurait en fait été que souffrance (même si l’on pourrait objecter que la romance qui en résulte, délire solitaire se repliant sans cesse sur le foyer, témoigne d’une fantaisie qui n’existe nulle part ailleurs dans la tête de son personnage). L’autre grande aspiration du film, tout aussi visible, est celle d’être un grand imagier. Sur ce point, le résultat laisse dubitatif : si l’on peut partager le goût des transitions et transformations sans fin, ou encore accepter le jeu de cette esthétique baroque loukoum (quand bien même un ensemble plus suggestif, dégueulant moins directement son faste et ses couleurs, aurait plus aisément touché le merveilleux du doigt), il est difficile de suivre plus loin le film dans son orgie de CGI souvent hideux, ou dans l’académisme de son exotisme oriental.
Three Thousand Years of Longing en VO.
