Quelques spoilers.
Romanze in Moll (littéralement « romance en mineur »), lointaine adaptation de Maupassant, est une confirmation du grand talent d’Helmut Käutner. On sent ici, peut-être aussi du fait d’une Allemagne qui en a alors encore les moyens techniques (le film est de 1943), une volonté de virtuosité, à la manière d’un jeune cinéaste voulant faire ses preuves. Dès les premières images, Käutner embrasse d’un geste unique des jeux d’espaces compliqués, laissant à la musique toute la place pour dramatiser des scènes disponibles, où tout parle par l’image.
Mais jamais ces prouesses ne se font au détriment de l’engagement du spectateur. Pas avare en bons dialogues, le film frappe surtout par son refus total de juger l’héroïne adultère (un personnage intelligent, campé par une prodigieuse actrice), pas plus que l’amant, ou même le mari – le seul personnage ouvertement négatif sera en fait celui qui brise ce simili-ménage à trois, qui fonctionnait au fond parfaitement bien.
Au-delà de certains motifs qui se font jour chez le cinéaste (le triangle amoureux donc, mais aussi le forceur qui parvient à ses fins, la tempête de décisions intimes courant sous le visage d’une femme, ou encore le désintérêt total de Käutner pour l’actualité guerrière ou politique de son pays…), Romanze in Moll n’est pas, comme le sera Sous les ponts, replié sur lui-même ou marqué par l’isolement : il a les deux pieds dans la société bourgeoise allemande. Il en décortique les normes, les codes et les diverses cages, en déplie discrètement les rapports de classe (cette scène finale où les trois hommes du drame sont dans la même pièce, et où les deux riches se reconnaissent d’un coup, comprenant muettement ce dont il retourne et se débarrassant vite du petit bourgeois aveugle), le tout seulement protégé de la censure par la distance d’un récit conjugué au passé.
Bref, pas étonnant que Goebbels ait trouvé le film « moralement choquant et défaitiste » ; avec ou sans ça, et à quelques maladresses près (ces surimpressions un peu lourdes), c’est une complète réussite.
Lumière dans la nuit pour l’ancien titre VF.
