wanda1

Wanda Barbara Loden / 1970

Wanda se laisse partir à la dérive. Après avoir quitté son mari et ses enfants, elle rencontre M. Dennis, voleur de piètre ampleur, et le suit sur les routes américaines.

Quelques spoilers.
 

On a du mal à le réaliser, du fait de la parure très réaliste du film, mais Wanda démarre dans un décor complètement absurde : une petite maisonnette blanche de banlieue américaine typique, posée au milieu d’une sorte de no man’s land besogneux, carrière noire où s’agitent quelques tractopelles.

Ce prologue annonce le fonctionnement profond de Wanda, qui se présente certes comme une peinture réaliste et désillusionnée de l’Amérique pauvre des années 70, mais qui consiste surtout à poser son héroïne un peu ahurie face à un monde d’une laideur bizarre, d’une incongruité fondamentale. Le personnage de Wanda, qui dans un autre cadre pourrait n’être qu’un fait sociologique (une jeune femme à l’éducation limitée, en difficulté financière, en dépression), fonctionne ici comme une sorte de figure burlesque, acceptant un peu tout et son contraire comme une incongruité de plus – y compris cet homme, dont l’arrivée semble annoncer le récit programmatique d’une relation perverse ou manipulatrice, et qui n’apparaît au final à la jeune femme que comme une énième bizarrerie à observer (la scène de leur rencontre, pour le coup, est une pure scène comique).

Cela empêche de faire du personnage de Wanda une bête bizarre, un cas à étudier : c’est lui qu’on examine à son insu, psychopathe complètement raté, matérialisation des névroses de l’américain moyen (dont il conserve la parure). Le film consiste alors à voir à l’œuvre un sadique gauche et médiocre, devant le regard hébété d’une Wanda qui s’échine à questionner littéralement les baffes soudaines, les remarques blessantes – tout ce qui devrait théoriquement fonctionner comme les jalons d’une savante manipulation affective.

Par lucidité (et peut-être aussi un peu par convention), le film finira par céder au désespoir et au sordide de la société alentours, auxquels le comportement ahuri de Wanda faisait comme résistance. Le final (le viol, l’épilogue sans perspective aucune) consiste en un sens à montrer cette résistance casser : l’errance hébétée du personnage ne devient plus que chaos subi, l’héroïne se laissant trimballer par la confusion du pays (final en forme de joyeux chaos country), n’ayant plus pour priorité que de trouver de quoi manger, et fermant les yeux très fort pour ne pas sombrer.

 

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

Vous pouvez utiliser les balises et attributs HTML suivants : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>