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Des tops, des tops, des tops ! 2020

 

Comme pour tout le monde, ce fut pour moi une année de cinéma particulièrement bizarre.

Il y a d’abord eu ces fermetures de cinémas à répétition, qui font que je n’ai quasiment pas posé le pied en salles – je veux dire, encore moins que d’habitude. Je crois pouvoir compter sur les doigts de deux mains mes visions de films sortis en 2020, et encore j’en ai vu certains chez moi… De cette petite sélection arbitraire, je retiens trois films, pas parfaits loin de là, mais assez stimulants ou hantés pour m’être restés chacun en tête bien après la vision.

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1917 (Sam Mendes)
La Fille au bracelet (Stéphane Demoustiers)
Les Filles du Docteur March (Greta Gerwig)

Malgré la maigreur de l’année, il reste tout de même des films que j’ai bien envie de rattraper : celui de Sophie Letourneur, les deux de Sébastien Lifshitz, et pas mal de choses du côté des indés américains (le film des frères Safdie, de Judd Apatow, ou celui de Kelly Reichardt à nouveau repoussé). Et puis, hors de ces frontières confortables, l’espoir de nouvelles perspectives prometteuses : le Monos d’Alejandro Landes, et Séjour dans les monts Fuchun de Gu Xiaogang. Je ne me fais pas confiance pour rattraper tout cela très vite, mais ils rejoignent ma liste interminable de films à voir.

La fermeture des cinémas, cela dit, n’a été pour moi cette année qu’un détail. Il faut y rajouter le premier confinement lui-même, qui m’a bizarrement paralysé sur le plan cinéphile, me limitant à quelques blockbusters, films d’animation et séries TV (Sense8, notamment, dont il faudrait d’ailleurs que je vous parle). S’ensuivit l’annulation du festival de La Rochelle, habituel réservoir à nouvelles visions… À la moitié de l’année, je n’avais toujours quasiment rien vu.

Et puis cet automne, à la faveur d’un projet de montage (un grand merci à Iris !), d’un abonnement temporaire à Mubi, des visions nécessaires à la relance de Cinexploria, et surtout à la faveur d’un nouveau confinement, j’ai retrouvé une boulimie de cinéma comme j’en avais rarement eu (un film par soir, un vrai métronome), et sur laquelle je commence seulement à mettre la pédale douce.

Une année de découvertes et de recherche ciblées donc, plus qu’une cinéphilie aux mouvements très naturels – mais celle-ci, vécue en autiste, et non plus réellement le fruit ou l’occasion d’échanges, a de toute façon pris avec les années un goût particulier. Il me restera en tout cas de 2020 de belles choses, surtout issues des années 80 et 90, notamment ma rencontre avec l’immense talent d’Agnès Varda, dont je me faisais une idée totalement faussée (j’y reviendrai). Mais aussi la découverte d’un cinéaste méconnu (Mani Kaul) et de plusieurs petits joyaux oubliés (Orlando, Balance, Le Rideau cramoisi) – et surtout une capacité à réinventer l’eau tiède en “découvrant” des classiques (ceux de Svankmajer, d’Egoyan, d’Im Kwon-taek) déjà mille fois anoblis par la cinéphilie.

 

 

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1. Sans toit ni loi
Agnès Varda / 1985

 

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2. Orlando
Sally Potter / 1992

 

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3. Balance
Christoph & Wolfgang Lauenstein / 1989

 

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4. Call me by your name
Luca Guadagnino / 2017

 

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5. Alice
Jan Švankmajer / 1988

 

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6. La Chanteuse de Pansori
Im Kwon-taek / 1993

 

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7. Exotica
Atom Egoyan / 1994

 

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8. Le Rideau cramoisi
Alexandre Astruc / 1953

 

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9. La Tanière de la bête
Shun’ya Itō / 1973

 

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10. Le cinéma de Mani Kaul
(Ashadh Ka Ek Din, Duvidha / 1971-1973)

 

Beaucoup d’autres films se bousculent aux portes de ce top, tant l’année fut pour moi marquée non pas par des œuvres m’ayant touché au cœur, mais plutôt par des tentatives intéressantes, des films inégaux mais singuliers (Show Boat en étant l’exemple le plus frappant), et des cinéastes appréciés sans trouver de film qui pour autant cristallise tout à fait leur talent (Maya Deren, Evgueny Bauer, Lois Weber, Li Han-hsiang…).

Beaucoup de blockbusters un peu foirés mais enthousiasmants, aussi, de Scott Spilgrim à Poltergeist, en passant par le mal-aimé Star Wars 9 ou l’étonnamment réussi Contagion. Quelques valeurs sûres à la réussite tranquille (J’ai pas sommeil de Claire Denis, Le Ballon blanc de Panahi…), des one-shot virtuoses (La Maison est noire), du classique un peu froid mais impeccable (Laura de Preminger), du court-métrage conceptuel et lyrique (By the Kiss de Yann Gonzalez), des propositions jusqu’au-boutistes (Moi, Pierre Rivière de René Allio), du premier long-métrage prometteur (J’ai perdu mon corps de Clapin, même le film de Beauvais malgré mes réticences), quelques souvenirs de sublimes scènes malgré la propagande (L’Arc-en-ciel de Donskoi) et puis de belles choses repérées en me remettant au cinéma muet (Nathan le sage de Manfred Noa, Mists of the past de Sandberg, Schloss Vogelöd de Murnau…) – cinéma muet que j’ai cette année trop délaissé, fatigué sans doute de ne jamais y avoir de véritable coup de foudre, et auquel je vais tâcher de ré-offrir tout le temps qu’il mérite.

Voilà pour l’année passée, en vous souhaitant une belle année 2021, et une rapide réouverture des salles bien sûr – quoique je doive avouer, pour ma part, qu’un troisième confinement pour continuer à explorer le patrimoine en paix ne me dérangerait pas plus que ça !

 

Réactions sur “Des tops, des tops, des tops ! 2020

  1. Salut et bonne année.

    Sans toit ni Loi est bien, quand-même assez à part dans la filmo de Varda, plus formaliste et “bressonien” que la moyenne de ses films, même si on retrouve la même âpreté au début de “l’une Chante, l’autre pasé”. Disons qu’il est difficile de parler d’une image de l’oeuvre entière qu’une film révélerait

  2. Hello, bonne année !
    (désolé, j’avais pas vu le message, je ne sais pas pourquoi le blog ne me l’a pas notifié…)

    Oui de toute façon pour Varda je débute et tâtonne, je n’ai vu que deux films (celui-ci et Cléo de 5 à 7) déjà assez différents malgré des points communs de surface (de structure, notamment). J’attends d’en voir davantage pour écrire dessus, même si fondamentalement j’ai pas grand chose à en dire (comme souvent quand j’aime les films, d’ailleurs).

  3. Bonne année Tom ! J’aime bien ton top 3, c’est sobre, spectaculaire, rigoureux, dix-neuviémiste (?). Je veux bien voir ces nouvelles Quatre filles. Hier soir j’ai vu, la version 1990 faite autour de Winona Ryder. Elle se défend, mais ne vaut pas Kathrin Hepburn. J’aime bien aussi June Allyson dans la version de Leroy. En fait, chuis plutôt un bon client pour cette histoire.

  4. Hello Benjamin, bonne année !

    Oui moi aussi je suis très client de la version 90 (celle par qui j’ai découvert le récit, et la seule autre adaptation que j’ai vue). J’y adore toutes les actrices, y a un côté classique et confortable très chaleureux – je trouve d’ailleurs que les deux films communiquent beaucoup.

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