Quelques spoilers.
Le film débute de manière assez affligeante. Déjà parce que l’usage lourdingue d’images d’archives horribles (Shoah, famines…) y est pour le moins dilettante : au motif de donner un “propos” au pitch fantastique du film (prétention dont on se serait franchement bien passé), divers cadavres réels sont utilisés comme de pures images de genre, en vue d’en tirer dégoût et sentiment d’horreur. Une exploitation des tragédies de l’histoire pour donner à son film des airs savants – on nage en pleine élégance.
Ensuite parce que ces images d’archive explicitent, surlignent, ce qui fut l’un des rôles secrets du cinéma de genre d’après-guerre : celui de digérer, sous une forme cathartique et consommable, les horreurs invisibilisées du siècle. En faisant explicitement le lien entre la réalité d’une part, et son propre carnaval d’horreur de l’autre, le film énonce bien haut le secret de polichinelle du cinéma bis ou d’exploitation, et lui fait par là-même perdre son innocence, et une part de sa puissance.
On peut cependant juger que ce grand ratage d’ouverture n’est qu’un détail, tant le film qui suit est impeccable. L’horreur y est économe, réfléchie, la jouissance du massacre de bambins (celui qu’ils commettent eux-mêmes, puis celui qu’ils vont subir) est tout à fait dosée et interrogée par le film, qui nous laisse rarement seul face au plaisir trouble de ces mises à mort. La meilleure idée de Serrador est de continuer, pendant un long moment, à traiter ces enfants comme tels : à la fois emplis de pulsions sadiques propres à leur âge, mais fuyant par exemple encore gênés, en rigolant, devant l’adulte qui passe (formidable scène à l’église), comme des prédateurs amoraux, inconscients de leur propre horreur – en un mot, innocents. Il traîne autour de ce tableau des airs d’utopie acide, qui regarde l’enfant de manière un peu terrifiée et dans toute sa crudité, non comme un petit machin mignon et pittoresque, mais presque comme un semi-Dieu.
Le film se dirige ensuite vers une imagerie monstrueuse plus conventionnelle (dont la nature infectieuse, et les comportements froids de groupe, évoquent tant la figure du zombie que Le Village des damnés). Il y gagne en efficacité horrifique ce qu’il y perd en trouble, l’enfant ne devenant alors qu’un assaillant comme un autre, seulement affublé du masque souriant de son âge, mais déshumanisé par sa frigidité et son altérité (il devient, en quelque sorte, un non-humain), et se fait donc bien moins troublant.
Ça n’empêche pas le film de continuer à être brillant (le climax dans la chambre, formidable idée), ne souffrant à la limite que d’une fin un peu trivialement menée. On tient incontestablement là, dans ce film patient et intelligent, et malgré ses indéniables défauts, un grand film d’horreur de la période.
¿Quién puede matar a un niño ? en VO.







