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Des tops, des tops, des tops ! 2021

 

Le 31 est passé, c’est l’heure du thermomètre annuel et du petit pavé narcissique dissertant l’état de ma cinéphilie !

Côté sorties récentes, l’heure est une nouvelle fois aux tentatives de décodage de ma sempiternelle frigidité en salle (qui a aujourd’hui 10 ans et toutes ses dents). D’autant que l’année fut marquée par des déceptions du côté de mes deux seuls chouchous contemporains (Weerasethakul et Hamaguchi), et que les propositions les plus stimulantes s’y offraient souvent dans des films problématiques (la lourdeur de La Loi de Téhéran, le côté glacé et théorique d’Annette…). Je constate surtout un habituel phénomène cannois : celui du désir patiemment construit pour toute une série de films longuement commentés par la presse depuis la croisette, dont le projet est passionnant, et dont la mayonnaise ne prend que rarement une fois que je les découvre à l’écran. Le fait de ne pas les découvrir par moi-même, qu’ils soient une somme de déceptions plutôt qu’une surprise émergeant de la production lambda, est peut-être une partie du problème.

Mettons donc de côté les propositions qui ne m’ont que modérément impliqué, même quand elles sont aussi belles qu’un First Cow… Si je trie honnêtement les séances qui ont vraiment fonctionné sur moi, j’en arrive à ces quatre titres :

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France (Bruno Dumont)
Illusions perdues (Xavier Giannoli)
Compartiment n°6 (Juho Kuosmanen)
The Father (Florian Zeller)

France, film auquel j’ai pourtant beaucoup à reprocher, a été une expérience bizarre et intense, inconfortable à sa manière aussi, assez en tout cas pour me passionner durant toute la séance. Les trois autres, plus prosaïquement, sont surtout des films carrés et efficaces : Illusions perdues est un maelstrom narratif devant lequel on a aucun mal à s’oublier ; Compartiment n°6, un programme attendu mais parfaitement accompli (et qui bénéficie beaucoup aussi, sans doute, de son filmage pellicule) ; The Father un concept génial sobrement mené à bout.

Le fait que j’en sois venu à mieux aimer ces trois derniers films de facture classique – ces films de bon artisan, narratifs et honnêtement exécutés, qui ne se distinguent pas forcément par leurs innovations ni par une singulière étincelle – évidemment m’interroge. Nul doute par ailleurs que les nombreuses œuvres que j’ai ratées cette année (Onoda, The Card Counter, À l’abordage, La Fièvre de Petrov, Encanto, The Last Duel…), et que je découvrirai chez moi sur mon petit écran, loin du foin critique d’une actualité qui les guirlande d’attentes, partiront avec plus de chances.

 

Côté découvertes (les films antérieurs à 2021), l’année a été marquée par une confrontation longtemps repoussée avec le cinéma populaire français de la deuxième moitié du siècle, et par un premier semestre de rejet cinéma total, sans presqu’aucun film vu ; j’y ai pourtant largement trouvé mon compte.

Je ne peux que constater, ici aussi, que ce top est trusté par des films (Laissez-passer, Vivre, Les Perles de la couronne…) que certains pourraient taxer d’académisme. Même si je ne les vois pas ainsi, je dois bien admettre qu’il y a aussi dans le plaisir de ces films une notion de confort narratif, de prise en charge du spectateur et d’une générosité du récit, qui témoigne d’une cinéphilie peut-être un peu moins patiente avec les années – ou encore, tout simplement, plus encline à se lover dans la matrice qui fut la sienne, celle du cinéma néoclassique des années 80 à 2000.
 

 

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1. Laissez-passer
Bertrand Tavernier / 2002

… et le cinéma de Bertrand Tavernier de manière générale (L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence, La Passion Béatrice, La Guerre sans nom, L.627, Capitaine Conan, 1974-1996)

 

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1. Laissez-passer / 2002
Et le cinéma de Bertrand Tavernier de manière plus générale (L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence, La Passion Béatrice, La Guerre sans nom, L.627, Capitaine Conan, 1974-1996)

 

1. Le cinéma de Bertrand Tavernier
(L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence, La Passion Béatrice, La Guerre sans nom, L.627, Capitaine Conan, Laissez-passer, 1974-2002)

 

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2. Goshu le violoncelliste
Isao Takahata / 1982

 

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3. Vivre !
Zhang Yimou / 1994

 

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4. An Elephant Sitting Still
Hu Bo / 2018

 

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5. Le cinéma de Charley Bowers
1926-1930

 

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6. Un éléphant ça trompe énormément
Yves Robert / 1976

 

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7. West Side Story
Jerome Robbins et Robert Wise / 1961

 

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8. Le Grand silence
Sergio Corbucci / 1968

 

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9. Finye (Le Vent)
Souleymane Cissé / 1982

 

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10. Les Perles de la couronne
Sacha Guitry et Christian-Jaque / 1937

 

Un grand merci à Alexia et Castorp pour leurs conseils avisés, vu que quatre de leurs recommandations en tout se retrouve dans ce top !

Beaucoup d’autres films voisinent les dernières places de ce classement, et y auraient légitimement leur place – des films inégaux mais passionnants (Les Chiens d’Alain Jessua, Moonrise de Frank Borzage, Les Damnés de l’océan de Josef Von Sternberg, L’homme invisible de James Whale, Manta Ray de Phuttiphong Aroonpheng…), d’autres très carrés mais néanmoins impeccables (Monsieur Klein de Joseph Losey, À l’approche de l’automne de Mikio Naruse, Elvira Madigan de Bo Widerberg), ou qui m’impressionnent tout en me laissant globalement réticent ou circonspect (Panique de Julien Duvivier, Le Bonheur d’Agnès Varda, Tampopo de Juzo Itami). Des retours sur certains de ces films manquent encore, ils attendent patiemment leur tour dans l’éternelle pile de mes brouillons.

Dur de dire à quoi ressembleront les mois qui viennent, vu le chaos cinéphile que fut pour moi 2021 (tremblez, on n’est pas à l’abri d’une autre phase de rejet intégral). Toute ma reconnaissance en tout cas aux quelques âmes qui ont encore la patience pour lire mes gribouilles, et bonne année à tous !
 

Réactions sur “Des tops, des tops, des tops ! 2021

  1. Je ne sais plus où j’avais lu les accusations d’académisme au sujet du film, mais j’imagine que le mot était alors plus utilisé dans le sens “film où toute la Comédie Française défile en costumes”. Le passif théâtral de Guitry, et ses films fondés sur le dialogues, lui collent aussi sans doute cette image à la peau.

    Mais pour le reste, oui, ne serait-ce que par le structure et le travail de montage, le film est tout sauf académique.

  2. Salut Tom. Et excellente année 2022, pleine d’une frénésie cinéphile qui n’aurait d’issue que la salle et l’expérience collective :) J’aime bien que France soit cité en bonne position, même si le film me laisse carrément bancal, puisque je cherche encore le degré de lecture du film. Content de voir aussi que figure une comédie musicale en découverte, celle de Wise vaut le détour en effet.

  3. Bonne année Benjamin !
    Oui France a un côté “je sais pas où me mettre” face à lui qui le rend assez vivifiant, malgré tous ses défauts. En tout cas, alors que je viens de rattraper The Card Counter que je pourrais rajouter sans problème au peloton de tête de films “impeccables et carrés”, le film de Dumont fait souffler un petit vent frais sur les découvertes de l’année.

    Tu as fais un top quelque part, toi ?

  4. Merci !
    Théoriquement, il est censé y avoir tôt ou tard (et souvent tard, vu combien je suis à la bourre) un texte pour chaque film vu, donc y aura au moins une notule. Après j’ai rien de plus spécial à en dire que l’évidence (ludisme délicieux, montage et structure virtuoses).

    Et du coup j’ai bien noté Kwaidan :-)

  5. Argh, quels tarés ces réals… Le pire c’est qu’à force de mettre ceux-là de côté, tous les films à voir qui sont sur mon disque dur sont de 2h30 minimum.

  6. Top à venir très bientôt chez moi. Ah oui, je voulais réagir aussi à la présence de The father dans ta sélection. Pas vu mais curieux à présent. Il y a un moment que je fuis les films avec Anthony Hopkins, j’ai toujours l’impression qu’il en fait des pataquès.

  7. Haha, bah tu vas souffrir alors, car le film est tout entier au service de sa performance ! (quoiqu’on puisse aussi voir ce rôle comme un regard sur ce genre de performance, justement, le personnage essayant de garder la face)

    Non, le grand avantage du film, c’est simplement son concept, dont tout dans la nature (ce que concept implique de lui-même – ellipses, point de vue, jeux des décors…) semble avoir été taillée, inventé pour le cinéma. C’était juste “une idée de cinéma que quelqu’un devait avoir un jour ou l’autre” quoi (ce qui peut d’autant plus surprendre vu que c’est à la base une pièce de théâtre). Le seul mérite du film, au-delà de ça, est d’appliquer rigoureusement ce programme, mais c’est vraiment pour son principe (plus que pour son exécution en particulier) que le film m’a plu.

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