Samurai Academy Rob Minkoff, Mark Koetsier & Chris Bailey / 2022

Le chien Hank tente de devenir samouraï dans une région uniquement peuplée de chats, il est entraîné par Jimbo, un ancien samouraï…

 

Cette production sino-américaine ne vient d’aucun des grands studios d’animation attendus (Dreamworks, Blue Sky…), et y ressemble pourtant comme deux gouttes d’eau : rarement un genre – le film d’animation 3D familial – aura atteint un tel degré de standardisation à tous les niveaux (d’image, de ton, de personnages, de récit). Et si ce standard académique reste présentable, le résultat ne sait faire que répéter un schéma tout tracé (que les personnages ne cessent d’ailleurs de souligner de remarques et de blagues méta), seulement utilisé comme support à gags et à bons mots (blagues ici résumées à confronter les traits canins et félins à un récit de samurai). Devant cette machine de guerre d’anonymat et d’efficacité minimum (où les artisans peuvent certes faire leur travail : une petite séquence de flash-back graphique par-ci, une petite virtuosité d’animation par là, le savoir-faire lointain d’un des coréalisateurs du Roi Lion…), on se pince d’un manque d’ambition aussi revendiqué.
 
 

Paws of Fury : The Legend of Hank en VO.

Out of Death Mike Burns / 2021

Au cours d’une randonnée, une femme assiste à un meurtre commis par quatre individus. Alors qu’elle court à travers les bois pour leur échapper, elle rencontre un garde forestier à la retraite. Elle demande à ce dernier de lui venir en aide…

 

Out of Death est l’un des films pourris que Bruce Willis avait fait pour payer sa retraite (cachetonnant alors à un rythme infernal : il allait en faire encore seize autres par la suite avant de raccrocher). On y voit l’acteur un poil plus actif qu’à son habitude alors – il marche, se déplace, a deux dialogues de suite au sein du même plan… Il paraît néanmoins passablement égaré, et se résume pour beaucoup à des plans de réactions. Le film pour le reste est un direct-to-vidéo US des plus typiques (avec actrice botoxée et tout le toutim), qui a pour seul intérêt de documenter la fin de carrière de l’acteur.

 

Hors de la mort en VF.

The Lair Neil Marshall / 2022

L’avion du lieutenant Kate Sinclair est abattu en plein territoire ennemi. Sa seule chance de repli est un bunker soviétique infesté de créatures indicibles…

 

Ayant raté les films pour lesquels Neil Marshall est célébré (The Descent, Centurion…), je ne le découvre aujourd’hui que via cet aperçu ultérieur d’une carrière en déroute : un DTV militaro-horrifique reprenant toutes les normes et modes en cours dans le genre version DTV (soldats US bravaches en terre ennemie, base secrète sordide, expériences sur humains les transformant en monstres, etc). Dur de juger des qualités du réalisateur : si ce film est plutôt tenu pour son format (tentative de micro-background historique, montage pas trop épileptique, quelques idées scénaristiques éparses – la montre, le manteau…), l’ensemble est avant tout marqué par l’anonymat total de ce genre de productions (péripéties sans surprises, personnages plus qu’archétypaux, dialogues normés qu’on peut deviner une minute à l’avance).

 

Sacrifice Nico van den Brink / 2022

Betriek, 38 ans, vit avec ses parents et sa fille au bord d’une tourbière dans le nord des Pays-Bas. Lorsqu’une nuit, la famille est attaquée par un inconnu, beaucoup de souvenirs enfouis remontent à la surface…

Quelques spoilers.
 

Sacrifice est une autre tentative de genre européenne (le fantastique, ici), venue du cinéma néerlandais, qui essaie de tirer son terreau des légendes ou folklores supposés du vieux continent. Rien de honteux ni de remarquable à signaler, sinon une actrice principale correcte.

 

Moloch en VO.

Rubikon Magdalena Lauritsch / 2022

Suite à une catastrophe sur Terre, la planète est recouverte d’un brouillard toxique. L’équipage de la station spatiale doit choisir entre revenir rechercher des survivants, ou rester en orbite en sécurité…

 

Premier long autrichien sur fond de fin du monde, Rubikon est un petit film SF en chambre (trois acteurs dans une station spatiale en orbite) qu’on fait respirer de façon à peu près crédible (images recrées de la Terre vue du ciel), tout en se reposant sur des ressorts de scénario (lutte des classes) pas inintéressants. Les acteurs ne sont pas mauvais (ce ne sont d’ailleurs pas des inconnus), et le style est sobre (découpage et montage calmes, direction artistique simple, pas d’effets). Un goût de direct-to-video persiste néanmoins, par l’absence d’une mise en scène, au sens d’un regard qu’on poserait sur ce récit : la nature du huis-clos, par exemple (enfermés à trois face au monde) n’a pas l’air de traverser l’œil de la cinéaste, qui filme cela comme n’importe quoi d’autre. Mais on a en tout cas là quelque chose qui commence à ressembler à une vraie série B (des idées, des propositions, quand bien même le regard ici n’y est pas).

 

Profanazione Eugenio Perego / 1924-1926

Pour sauver son frère prodigue de la disgrâce, Giulia se donne au meilleur ami de son mari et se retrouve enceinte…

Spoilers.
 

Ce récit d’une paternité remise en question me donne l’occasion, pour la première fois sauf erreur, de découvrir un muet italien des années 20. Et la surprise est qu’il n’y en a pas vraiment : comme dans leurs années 10, on est toujours dans des récits construits autour d’un personnage féminin central au visage contemplé ; et si la mise en scène est ici plus adaptée au montage classique, on reste de plein pieds dans le drame bourgeois qui régnait encore dix ans plus tôt, avec tout ce que cela comporte de morale douteuse : l’importance patriarcale de la vraie filiation, qui aboutit à cette conclusion faussement magnanime qui ne tient qu’à un pari (aimez les deux, comme ça vous serez sûr d’aimer la vôtre). Le film reste par contre plaisant pour la façon dont il reste fixé à ses personnages et à leurs visages, à leurs émotions, au travers des situations humainement violentes et des tourments qui en découlent (tout le passage du viol, notamment, est assez fort, celui du rejet d’une des filles également). Il y gagne une certaine épaisseur mélodramatique, qui fait oublier l’artificialité ou la maladresse de ses rebondissements et retournements.

 

Les Ailes Mauritz Stiller / 1916

Un sculpteur rencontre un jeune peintre, en fait son modèle et devient son ami. Mais leur amitié est menacée quand ils tombent tous les deux amoureux de la même femme, une comtesse manipulatrice…

 

Réputé être le tout premier film à sous-texte homosexuel (la fascination d’un peintre pour son jeune modèle, qui lui soutire son argent au profit d’une femme), Les Ailes n’est pas à la hauteur de son cinéaste. Si la manière de Stiller (précise, ferme, sans effets, concentrée) est toujours appréciable, ce film ne lui donne pas beaucoup d’occasions de briller… C’est encore partiellement le cas dans la première partie, où les rapports de séduction, d’abord asymétriques puis partagés, offrent de belles possibilités de cinéma (remarquable scène de pose par exemple, où l’écran se retrouve presque abstraitement découpé en deux, faisant dialoguer observateurs et figure observée). Mais le fait que l’homosexualité soit à peine effleurée, même suggestivement, n’aide pas à éveiller notre curiosité pour ce qui reste un argument dramatique très maigre – et on ne peut s’empêcher de penser que ces prologues et épilogues meta à propos du tournage, dont il ne reste que des photogrammes et dont on a bien du mal à saisir l’intérêt, sont d’abord là pour divertir un récit minuscule dont Stiller, au fond, n’avait pas grand-chose à dire.

 

Vingarne en VO.

Les Tziganes Karel Anton / 1921

Giacomo, gondolier vénitien, est amoureux d’Angelina. Un jour, la belle est emmenée par un riche étranger, le comte tchèque Valdemar Lomecký. Mais l’impitoyable homme se lasse d’elle et la rejette…

Quelques spoilers.
 

On a un peu du mal à voir ce que Les Tziganes a exactement à voir avec le monde tzigane (sinon pour justifier un récit de passions, peut-être ?), cette culture n’étant ici que l’arrière-plan d’une histoire de gondolier parti rechercher une femme lui ayant préféré un autre. Le film de Karel Anton se montre extrêmement instable dans sa première partie : découpage elliptique alternant images symboliques surlignées et histoire racontée par à-coups, avec moins de temps d’image que d’intertitres (intertitres aux velléités politiques par ailleurs maousses), pendant que les filtres colorés changent au sein même des scènes… S’installant plus posément dans sa deuxième partie (qui change de décor en quittant la ville), le film nous offre une histoire outrée mais justement intéressante parce qu’elle produit des images outrées, primales, plutôt bien mises en valeur (la mère devenue monstre fou dans sa grotte, le miroir entre jeunes et ancêtres, l’ogre violeur en son château qu’il faut fuir…). On finit par lâcher sur la fin, tant s’y enchaînent des rebondissements à faire pâlir une télénovela, mais ce jusqu’au-boutisme permet de produire quelques moments un peu fous (l’homme qui maudit sa femme sur le gibet). Le plan final épuré permet de clore ce bouillon instable sur une note plus calme et mystérieuse.

 

Cikáni en VO.