L’Été dernier Catherine Breillat / 2023

Anne, avocate renommée, vit en harmonie avec son mari Pierre et leurs filles de 6 et 7 ans. Un jour, Théo, 17 ans, fils de Pierre d’un précédent mariage, emménage chez eux….

Spoilers.
 

Relativement prudent (actant par exemple clairement du trauma que provoque la liaison chez l’adolescent), L’Été dernier semble surtout garder du cinéma de Catherine Breillat (de sa frontalité, de son absence de chichis moraux) un grand sens de la précision. Mené à la façon d’une équation économe, reposant sur un petit nombre d’éléments précisément gérés (la scène de réaction de Drucker à la question de son mari relève d’un travail d’horlogerie), le film laisse une impression assez froide, qui convient certes bien à ce milieu haut-bourgeois, mais qui offre peu de portes d’entrée à notre identification. Au point qu’on est un peu étonnés de voir le personnage, présenté comme une machine de guerre dédiée à sa propre survie sociale, succomber à nouveau au désir et à une passion dont on n’a jamais rien senti… Cette dernière scène fonctionne en ce que faire point final lui confère un sens symbolique (le nouvel équilibre de ce que sera désormais ce foyer tortueux de déni), mais témoigne d’un film qui tient plus de l’implacable montre suisse que d’un quelconque vertige.

 

Le Livre des solutions Michel Gondry / 2023

Marc s’enfuit avec toute son équipe dans un petit village des Cévennes pour finir son film chez sa tante Denise….

 

Le Livre des solutions, quatre ans après Douleur et Gloire d’Almodóvar, confirme que les films de cinéastes mettant en scène leur propre processus de création sont un exercice ambigu. Si Michel Gondry ne se ménage pas dans l’inventaire de ce qu’il fait subir aux autres (c’est même le principal moteur comique de son film), on ne peut que remarquer combien son personnage aura au final eu raison, combien d’idées grandioses découlent de ses manies. Au point que ce film sur l’enfer que la bipolarité fait vivre aux proches devient peu à peu une sorte de justification de la non prise de médocs… Chaque idée ingénieuse (et il y en a) devient alors suspecte d’autocélébration. Dur de savoir, cela dit, s’il est possible de réussir cet exercice autrement qu’en se lançant des fleurs d’une manière ou d’une autre (puisqu’il s’agit toujours, en bout de course, de justifier le fait de faire des films). La qualité des comédiens, tous exceptionnels, permet au moins de nuancer un peu ce tableau.

 

La Fille de son père Erwan Leduc / 2023

Etienne a vingt ans à peine lorsqu’il tombe amoureux de Valérie, et guère plus lorsque naît leur fille Rosa. Valérie les abandonne, et Etienne et Rosa se construisent une vie heureuse. Seize ans plus tard, Rosa doit partir étudier…

Légers spoilers.
 

Guirlandé d’idées poétiques, musical et prestidigitateur, La Fille de son père est la définition même du film charmant. Pas un plan qui ne soit investi d’une fantaisie étrange, la légèreté du geste ne sacrifiant jamais à l’ampleur (à commencer par celle de la photographie, solaire et majestueuse). Cette qualité du film est aussi son problème : déformant son monde pour faire des arabesques, le film peine à nous y impliquer. Le père qui traverse le pays en voiture pour aller visiter la future école de sa fille est par exemple un gag charmant, mais une caricature trop forte pour qu’on puisse réellement croire au personnage. Et amener les prétentions poétiques jusque dans les scènes de baise ou de confession donne l’impression de personnages toujours maintenus en surface… Ce film, pourtant court, paraît du coup un peu long, et parfois malaisant par le spectre incestuel qui court sous cette relation fusionnelle (le baiser, le lit partagé et vidé au matin, les deux femmes abandonnées d’un geste), dans le mouvement général visant à confondre mère et fille. Reste un sens de la mise en scène en or, qui donne envie de suivre Leduc sur ses prochains projets.

 

Le Voyage en pyjama Pascal Thomas / 2023

Victor, la quarantaine, professeur de lettres en vacances et prévisionniste amateur à Météo-France, est un feu-follet qui se laisse vivre au gré du vent…

 

De Pascal Thomas, je ne connais que les films tardifs, où une certaine singularité se mêlait déjà au réflexe pataud d’un “c’était mieux avant” (communautés soudées comme antan, vraies valeurs de la vie). En vieillissant, il semble se caricaturer encore davantage… Le Voyage en pyjama (2023), production manifestement modeste (numérique cheap, décors minimaux, mise en scène aux abonnés absents), conserve certes un goût vaguement communicatif de la ballade hédoniste et de la bifurcation, mais consiste surtout à filmer un beau gosse poivre et sel accumuler les filles dans son lit (et convertir les lesbiennes), en alignant les leçons de vie tête à claques et les piques mollement réac. D’autant que sous ses airs bohèmes, elle est bien bourgeoise la bifurcation (années sabbatiques, manoirs et belles maisons, docteurs et autres propriétaires de bateaux). Les ressorts dramatiques du film (l’originalité exaltée comme étendard, le marivaudage et les tromperies) paraissent passablement radotants – même si l’ensemble, tout irritant et non-ambitieux qu’il soit, se laisse vaguement regarder.

 

À nous les petites anglaises Michel Lang / 1975

Deux jeunes Français qui ont râté leur examen d’anglais sont envoyés en séjour linguistique en Angleterre…

Légers spoilers.
 

À nous les petites anglaises, sorte de version discount des Petites amoureuses d’Eustache, m’a d’abord fait très peur : au milieu des multiples comédies françaises feignasses des années 70, en voici une qui semblait partie pour se vautrer dans tous les clichés machistes et déplaisants du genre (moquons la grosse, trouvons quelle fille baiser, etc). Le film, sur la longueur, se révèle en fait étonnamment calme et défait. Les adolescentes s’y débrouillent très bien toutes seules (même la fille harcelée aura sa revanche), les deux jeunes coureurs de jupons comprennent bien vite qu’ils courent surtout après l’affection, et derrière quelques réflexes ayant mal vieilli, l’ensemble résonne moins des clichés grivois attendus que d’une utopie libertaire où personne n’est à personne. S’il n’y a là rien pour faire un bon film (le projet n’a pas les moyens cinématographiques de faire autre chose que décréter la mélancolie qu’il vise), le résultat n’a donc rien de déshonorant.

 

La Bête Bertrand Bonello / 2023

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s’en débarrasser, Gabrielle doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures..

Légers spoilers.
 

Avec La Bête, sur un futur proche où les humains se purgent de leurs vies antérieures, Bonello trouve un projet à la mesure de ses ambitions théoriques. Et c’est un peu la fragilité du film (comme souvent chez Bonnelo) : tout cela est très théorique. Aussi plein d’idées qu’il soit, le résultat sonne continuellement toc, chaque trouvaille se présentant à nous un peu trop ostensiblement, le pastiche se révélant toujours maladroit ou un peu à côté, le montage surlignant chaque rime visuelle ou narrative. Tout cet univers SF ressemble en somme à une note d’intention, et le sérieux de moine du récit cohabite mal avec ses enjeux de romans ados (méchantes IA contre nos émotions humaines, dystopie grossière aux détails peu crédibles)… Bref, peu de grâce Lynchéenne peut émerger de tout ce fatras. Mais les idées restent bonnes, et si Seydoux est cannibalisée par l’attirail théorique entourant son jeu d’actrice, son partenaire à l’écran est parfaitement touchant : il est ce que le film réussit de mieux, dans ce second segment incel qui parvient à impliquer et émouvoir – au point qu’on se dit que Bonnello n’avait pas forcément besoin de tout le reste.

 

La Rivière Dominique Marchais / 2023

Entre Pyrénées et Atlantique coulent des rivières puissantes qu’on appelle les gaves. Les champs de maïs les assoiffent, les barrages bloquent la circulation du saumon. L’activité humaine bouleverse le cycle de l’eau et la biodiversité de la rivière…

 

La Rivière se suit plutôt agréablement : sa pente militante barbante (personnes défendant toutes la même cause, toutes d’accord entre elles, sans point de vue opposé – ce qui n’est pas nouveau chez Dominique Marchais) se trouve transcendée par le plaisir à écouter des personnes compétentes, scientifiques ou spécialistes parler de ce qu’elles connaissent et de ce qui les passionne. On peut néanmoins être dubitatif devant la capacité de la critique française à se contenter d’un tel académisme, qu’on n’accepterait pas une seconde en fiction. Toujours ces plans muets de contexte appelant à notre attention visuelle et auditive, toujours ce sage défilé de personnes et de lieux ayant chacun leur moment bien détouré… On est dans une routine totale que même les quelques belles ambiances captées, ou le côté étonnamment positif du projet (recréant par le montage une sorte de communauté autour de la rivière), ne parviennent pas à faire oublier. Que le documentaire de création se contente éternellement de la même mise en scène, du même système narratif, comme on appuierait continuellement sur l’unique note d’un piano de 80 touches, n’est plus une situation dont je suis capable de me réjouir.

Pour le réconfort Vincent Macaigne / 2017

Pascal et Pauline reviennent sur les terres de leurs parents après des années de voyage, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer les traites du domaine. Ils se confrontent à leurs amis d’enfance qui eux, d’origine modeste, n’ont jamais quitté leur campagne…

 

Je me rends compte en parcourant mes notes que j’avais vu en salle Pour le réconfort, unique long-métrage cinéma de Vincent Macaigne en tant que réalisateur, et que j’avais oublié d’en parler ici. Je ne retrouve aucun texte à propos du film dans mes brouillons, et n’ai strictement aucun souvenir de son déroulé, si l’on excepte les scènes présentes dans la bande-annonce… Je me souviens justement être sorti de salle avec cette impression, celle de n’avoir rien vu de plus que ce que les teasers proposaient : des petits moments d’acteur à base d’improvisations gueulées hystérisant les rapports ville/campagne, une image numérique sale anoblie par la coquetterie du cadre 1.33, et pas grand-chose de plus profond ou passionnant que du vide électrisé par la constante irritation des personnages. L’impression qui m’en était restée est que Macaigne, dont on sent bien le talent et le potentiel, avait juste envie de faire jouer des potes acteurs qu’il admirait, et qu’il a bricolé un film pour.