Le Garçon et le Héron Hayao Miyazaki / 2023

Après la mort de sa mère dans un incendie, Mahito, un jeune garçon de 11 ans, doit quitter Tokyo pour partir vivre à la campagne dans le village où elle a grandi…

Quelques spoilers.
 

Dans sa première partie, qui perpétue la veine à la fois réaliste, historique et autobiographique entamée par Le Vent se lève (le précédent “dernier film” de Miyazaki), Le Garçon et le héron s’avère époustouflant. La mise en scène, au sommet mûr et tranquille de sa maîtrise, façonne des moments d’une grande justesse (la première nuit obscure et paniquée, le couple entrevu du haut de l’escalier). On oublie souvent à quel point Miyazaki, par-delà l’imaginaire déployé, est d’abord un grand animateur : précision des comportements paniqués ou hésitants, façon qu’a le corps d’habiter une pièce ou de suggérer une intention, intensité des moments sans mouvement… La patiente et immobile description de cette adolescence de deuil, dans cette maison rurale d’ennui, est admirable.

Mais la maîtrise étant actée, il faut bien aller quelque part. Et sur ce plan, la filmographie de Miyazaki ne semble plus pouvoir avancer que sur le mode de l’excroissance (en témoigne notamment la bande des mamies, ces vieilles femmes ayant chez le cinéaste poussé la caricature à un point tel qu’elles semblent à présent des cartoons, comme une espèce à part évoluant parmi les humains). D’où un prévisible emballement baroque : l’imaginaire qui se déploie au premier tiers du film, et qui ne le lâchera plus, ne s’est jamais chez Miyazaki montré aussi composite – que ce soit en termes de lieux, de personnages aussi vite rencontrés qu’évacués, ou en termes d’identité visuelle (influences picturales explicites, vieilles marottes ressassées comme ces bestioles kawaï ou ces spectres sombres). Seule une étrange phobie aviaire, doublée d’une inhabituelle brutalité (corps agonisants, peur d’être mangé) viennent donner un semblant de liant à ces visions en vrac, déroulées sur le mode aléatoire de la ballade.

On peut bien sûr apprécier cette narration “en rêve”, et ses imprévisible détours ; même l’aspect “best-of” de ce catalogue de visions déjà vues chez Miyazaki se justifie, d’une certaine manière, par la hantise de la transmission (cette éternelle malédiction du studio Ghibli) qui habite le récit et sa figure de patriarche un peu kitsch. La confusion totale de cet amas de tableaux, l’apparition et la disparition dilettante de personnages, nourrit aussi la dimension psychanalytique du film, qui gagne au bordel, au mélange, et à la confusion des figures (mère-enfant, mère et belle-mère confondues, prédateur et victime…), donnant à l’ensemble un étrange sentiment d’introspection utérine, qui culmine en cette troublante scène d’accouchement marquée du sceau du tabou.

Mais au-delà du fait qu’il en sort peu de grandes scènes, le film s’y abîme : Miyazaki en arrive à un stade où les moments de lyrisme ou d’épiphanie de son cinéma apparaissent forcés, en ce qu’ils n’ont plus assez de fil rouge, ni de personnages qu’on connaîtrait assez, pour saisir les enjeux et implications émotionnelles de ce qui se joue à l’image (c’est criant pour tout ce qui a trait à la “grande sœur” à peine entrevue, et à sa joie des retrouvailles dont même le jeune héros semble surpris).

Au crépuscule de cette immense carrière, on est donc réduits à ce constat : la manière de Miyazaki a continué à maturer, à déplier de nouvelles et d’étranges saveurs ; mais celui-ci n’a pas réussi à leur inventer un cadre convaincant (cette fin totalement petite, sans même volonté de faire clôture, dit quand même une sorte d’échec). Malgré le plaisir pris, et cette première partie éblouissante, cette filmographie n’aura manifestement rien pu faire pour colmater cette fuite éperdue vers le baroque, initiée par le délicieux surréalisme de Chihiro, puis devenue cancéreuse jusqu’au grotesque, s’infiltrant partout, inarrêtable – comme ces multiples inondations dans lesquelles les personnages sont emportés.

Restera, à défaut d’un dernier grand film, l’un des opus les plus malades – et donc les plus singuliers, les plus intéressants – de son auteur.

Kimi-tachi wa dō ikiru ka en VO.

La Sirène Sepideh Farsi / 2023

1980, dans le sud de l’Iran. Les habitants d’Abadan résistent au siège des Irakiens. Omid, 14 ans, décide de rester sur place chez son grand-père, en attendant le retour de son grand frère du front…

Spoilers.
 

En ouvrant son film sur le départ d’une mère (qui laisse à contrecœur son fils adolescent derrière elle, celui-ci refusant de partir alors que le siège d’Abadan commence), la réalisatrice fait deux choses.

D’une, vider la ville de ses femmes : les deux dernières que le film nous montrera seront retranchées dans une maison fermée, comme des légendes sacrées dépositaires d’un temps ancien (un temps où, entre autres, elles n’avaient pas à porter le voile). L’univers dans lequel évolue le garçon sera donc purement masculin, fait de guerre, de terre rouge, de sang, de motos et de combats de coqs, de promesses de martyr ou de trafics – un univers divers mais étonnamment sec, à l’image de l’amas de béton éventré que devient peu à peu la ville. Même le style graphique en aplats, étouffant et tout d’un bloc, privé de nuances et de certaines couleurs (tout est sur la même note), est au diapason de ce manque.

La deuxième chose que produit ce prologue, en laissant partir la mère, c’est de vider les lieux de son seul adulte responsable : dans Abadan abandonnée, tout le monde semble adolescent. Les gens évoluent anarchiquement, dans une sorte de chaos social heureux, bizarre, où plus rien ne semble tenu, sinon vaguement les lignes de défense de l’armée – et encore, plus pour longtemps.

Ce double-tableau fait la force de ce film animé qui, sans cela, aurait bien du mal à s’arracher aux canons sages qui sont désormais ceux du film d’animation d’auteur européen : charte graphique savante, dialogues articulés et mesurés, goût pour la gentille poésie symbolique, respect documenté et dépassionné pour les cultures décrites… Devant ce style en mélange 2D-3D qu’on reconnaît par cœur (on est pas loin à ce stade de repérer les calques de compositing à l’écran…), on a l’impression d’être arrivés à un point où plus rien ne nous surprendra (sinon quelques coquetteries à base d’éclats de sang répétés, dont on aurait pour le coup pu se passer).

La seconde moitié du film n’arrive plus à tenir cette pression académique. Si le récit se crée alors un bel horizon, une jolie parabole (réunir tous les personnages “non conformes” rencontrés au long de la route chaotique du récit, recomposer par leur intermédiaire les restes d’un temps ancien qui subsistait caché, par traces, dans la ville…), le film quitte alors le réalisme brutal qui donnait du poids à sa poésie pour une posture fabulesque plus facile. L’image d’un bateau, avec une femme libérée pour proue tenant en respect la guerre et ses soldats, partant sur la mer comme l’arche de Noé de cette population bigarrée, est certes une jolie image. Mais c’est une image : elle a perdu sa crédibilité, et donc son poids, résolvant une situation concrète et compliquée par une réponse abstraire et poétique. À moins d’imaginer que tous ces gens sont partis à la mort dans la chute de leur ville, et que leur voyage n’est ici que symbolique, le film rate là une occasion de regarder son sujet en face. Et achève de se normaliser, à petit feu, comme répondant trop sagement aux missions qu’on attend de lui.

The Siren en VO.

The First Slam Dunk Takehiko Inoue / 2022

Taciturne, bagarreur, Ryota est un ado de 17 ans qui ne brille qu’au sein de l’équipe de basket, composée de fortes têtes unies par un rêve : remporter le tournoi inter-lycées national, un titre défendu par l’équipe de Sannoh, leur adversaire final…

Quelques spoilers.
 

Au cours des années 2000, j’ai commencé à avoir l’impression traînante et régulière que le cinéma d’animation japonais (qui voyait alors arriver une nouvelle génération de cinéastes) était de plus en plus écrasé par la manière de ses séries TV, ou de ses mangas. C’est certes une hypothèse un peu bizarre à avancer, en ce que la particularité de cette industrie a toujours consisté en une très libre circulation entre médias et supports (cinéma, séries, jeu vidéo, cartes à jouer…), et en des adaptations quasi automatiques et attendues entre eux (même cet acte fondateur de l’âge d’or qu’est Nausicaä est un film tiré d’un manga). Mais la tendance est ici plus profonde : dans la mise en scène, dans les codes convoqués, dans les manières d’exprimer une émotion ou un lyrisme, ou encore dans le fétichisme d’un genre extrêmement ciblé (histoire pour garçons et fans de basket – la salle de cinéma était d’ailleurs remplie de connaisseurs fidèles), plus rien ne semble venir d’ailleurs, de l’extérieur, les films ne semblent plus se nourrir d’autre chose que d’un cercle clos d’influences endogènes1.

Le signe le plus flagrant de cet héritage fermé (au-delà de la dilation outrée d’un match dont la temporalité est plus écartelée que cent épisodes d’Olive et Tom) reste ce virilisme exacerbé, dont les codes connus et ressassés prennent le pas sur toute vision plus personnelle : des injonctions à être “capitaine de famille” ou à “rentrer ses émotions”, le tout en mode cinquante nuance de muscles, en passant par des typages éculés jusqu’à plus soif, et pourtant adoptés avec bonheur (le coach impassible, le professionnel froid, le grand dadais clownesque)… Aucune des émotions convoquées ne surprend réellement.

D’où l’impression d’un certain plafond de verre, quand bien même ce film déploie une science impressionnante, démontrant une capacité remarquable à dramatiser la mise en scène et les rebondissements d’un match sportif. Mais à quelles fins ? Le trauma et sa résolution, prudemment parsemés d’un bout à l’autre du film, semblent moins être la finalité du match que sa périphérie ou son décorum (et, en l’occurrence, le bonus destiné aux fans qui ne connaissaient pas cette part de la diégèse2). Mais le cinéaste peine à nous faire croire qu’autre chose l’intéresse que le match lui-même (le basket faisant d’ailleurs final) : le film procure un bonheur communicatif mais à spectre mince, tout occupé à déployer sa compétence et sa virtuosité, sur un mode entendu de performance (comme en atteste cette 3D savante courant sous le trait dessiné, tout en muscles mouvants, ou encore ce choix d’un graphisme très complet “tout animé”, public en gradins compris, aux dépends d’une fluidité du mouvement qui reste ici haché).

Si quelques échappées poétiques ressortent çà et là (la malédiction hurlée par le gamin dont on saisit le sens funeste dès le regard dubitatif de son frère, l’antagoniste qui comprend enfin en quoi a consisté sa prière…), ce sont des saillies bien trop éparses pour réellement changer la route et la destinée du film, machine sèche et toute tracée qui semble bien plus le produit dérivé d’une œuvre préexistante, qu’un film de cinéma à part entière. Certes, les particularités du projet l’expliquent aisément3. Mais la question, face à cette génération déjà plus toute jeune cherchant indéfiniment ses marques, et s’accommodant si aisément du kitsch ou d’une autoroute de clichés, reste malgré tout encore et toujours la même : l’exécution est virtuose, le talent est là, mais où diable sont les cinéastes ?

Za Fāsuto Suramu Danku en VO.

 
 

Notes

1 • Il n’est pas interdit de penser que si les films animés de l’âge d’or des années 80-90 ont si facilement convaincu la cinéphilie traditionnelle (jusqu’à s’ouvrir la porte de grands festivals), et impressionné par la maturité de leur mise en scène, c’est aussi du fait de la diversité de leurs influences. Le cinéma d’Hayao Miyazaki plonge ainsi tant ses racines chez Tezuka ou Yabushita que chez Paul Grimault ou Vittorio de Sica. Le cinéma d’Isao Takahata va chercher chez Norstein, chez Frédéric Back, ou même dans la nouvelle vague française. Si Mamoru Oshii hérite de l’action, du mecha et de la violence de l’animation nationale, ce legs se mêle chez lui à un style qui s’est construit en regardant Chris Marker, Jean-Pierre Melville, et la modernité européenne en général. Satoshi Kon a lui été influencé par George Roy Hill et Terry Gilliam… Le tout sans parler des influences politiques (Miyazaki, Takahata), philosophiques (Oshii) ou musicales (Kon) ayant façonné la narration de leurs films. Pas si étonnant, alors, qu’un cinéma plus singulier, rigoureux, et moins docile face aux codes de la production animée d’alors, ait pu naître d’un terreau si bigarré.

2 • Il semble en effet que le film fait un pas de côté vis-à-vis du manga, en prenant un autre héros que celui de la saga dessinée pour personnage principal. Mouvement ambigu vis-à-vis du fan-service, qui semble à la fois indépendantiser le film de son matériau d’origine, en même temps qu’en faire un cadeau final pour les fidèles.

3 • Faire de ce film un symptôme de l’état de la production cinéma est en effet partiellement malhonnête, en ce qu’il est un cas très particulier : son réalisateur est l’auteur-même du manga, et non un homme de cinéma à la base ; l’œuvre qu’il adapte est une institution nationale (voire internationale) qui ne peut que soumettre son adaptation cinématographique à ses propres codes et exigences ; et le film, c’est d’ailleurs tout son prix auprès des fans, vient surtout clore sur le tard une première adaptation TV laissée inachevée, ce qui explique en partie la continuité de certains codes narratifs typique de la production télévisuelle. Il reste qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître là, dans le résultat, des signes traversant la dernière décennie de l’animation japonaise, et des symptômes de sa dépendance aux normes dessinées ou télévisées.
 

O Black Hole ! Renee Zhan / 2020

Une femme qui ne supporte pas le passage du temps se transforme en trou noir…

 

Parmi les courts animés découverts ces dernières semaines (bien pratiques pour cocher la case “film vu” les jours de grande flemme !), il y a ce court britannique en stop-motion, dont le net parlait beaucoup. En décidant de croiser récit allégorique, comédie musicale, et cinéma d’animation (animation qui elle-même compile abstraction 2D et modèles 3D…), O Black hole ! s’offre une expressivité démultipliée au cube : chaque seconde parle de mille façons, résultant en un film riche et attrayant. Ce petit récit de dépression, qui s’exprime via la physique des trous noirs, a cependant aussi ses limites : construit autour d’un principe d’application (graphique, métaphorique) d’une idée initiale transparente, et cloisonné par une maîtrise narrative façon Broadway, l’ensemble ne laisse pas la porte ouverte à beaucoup de profondeur, de trouble, ou de mystère. Il y a quand même quelque chose d’un peu normatif à voir cette foire body-horror façon Cronenberg utilisée à des fins kawaï… Bref, le film ne remue que modérément son spectateur, mais c’est un parfait spectacle.

 

Têtard Jean-Claude Rozec / 2019

« J’étais toute petite, mais je m’en souviens encore très bien. Papa et Maman n’y ont vu que du feu, mais moi, j’ai tout de suite su. La chose qu’il y avait dans le berceau, c’était pas mon p’tit frère. Non. C’était toi… »

Spoilers.
 

Dans ce petit film sur la cruauté fraternelle, on est d’abord tentés de ne voir que le paysage connu et ressassé du court d’animation français : histoire d’enfants, travail graphique souligné tendant vers l’abstrait, hyper-réalisme des voix, poésie latente – un package attendu. Ce film se distingue néanmoins par l’étrangeté de ses ambiances (cette maison au milieu d’une sorte de no man’s land périphérique de bâtisses non construites), et par l’inattendue destination de son récit. C’est à la fois la force et la faiblesse du final, car en soi on a du mal à comprendre le sens de cette punition infligée à la petite héroïne, qui fait montre d’une cruauté somme toute très commune chez les enfants. Peut-être le film fonctionne-t-il comme un conte à l’ancienne, qui menace, de manière angoissée et sévère, de sordides conséquences aux petits spectateurs qui se conduisent mal. En l’état, le film sort en tout cas du lot en ce que le fantastique ou la poésie n’y sont pas un vecteur (un moyen et un détour temporaire de l’histoire intime), mais sa destination finale.

 

Le Royaume de Naya Oleh Malamuzh & Oleksandra Ruban / 2023

Par-delà les hautes Montagnes Noires se cache un royaume peuplé de créatures fantastiques. Depuis des siècles, elles protègent du monde des hommes une source de vie éternelle aux pouvoirs infinis…

Quelques spoilers.
 

En voyant, en 2023, sortir un dessin animé ukrainien industriel cartonnant dans les salles du pays, il est difficile de s’empêcher de passer le film au scanner politique. Mais rien ne donne vraiment prise ici aux grilles de lectures d’un pays en guerre, le scénario paraissant même assez hors-sujet avec l’actualité (réconciliation entre royaume ennemis, un message “pas tous pourris” placé au cœur du film : tout cela semble peu conciliable avec un discours de défense nationale, à moins d’y lire seulement les signes d’un pays coupé en deux). Par contre, ce qui ressort de cet objet ultra-standard du film d’animation 3D européen, c’est un repli nationaliste kitsch, aux relents bien connus à l’Est : simples et pures jeunes filles des campagnes contre méchantes urbaines trop maquillées, second couteau machiavélique efféminé (dont le diabolique projet est d’habiller les hommes avec des froufrous, scandale !), exaltation du caractère ancestral des forêts nationales, célébration d’un passé de traditions (costumes, musiques, village sorti d’une carte postale…). C’est rance, et ce serait gênant si tout cela n’était avant tout terriblement académique, comme sorti d’usine.

 

Mavka, lisova pisnya en VO.

Star Wars : Visions 2 épisodes (saison 2, 2023)

Spoilers.
 

Star Wars : Visions, série qui applique le principe des Animatrix à l’univers Star Wars, offrant aux jeunes studios d’animation de jouer avec la saga tant qu’ils n’en impactent pas les fondations. Un peu découragé d’explorer la série (les retours critiques évoquaient ce qui a justement fini par me fatiguer dans le court d’animation : science et invention graphique, banalité cinématographique), j’ai néanmoins eu l’occasion d’essayer deux épisodes chaudement recommandés de la saison 2, qui valent en effet le coup d’œil.

• Le plus réputé des deux, La Caverne des hurlements (Paul Young, épisode 2, photo), se propose de ré-atteindre la science-fiction par les détours du conte, en partageant l’ignorance qu’ont les personnages enfants de cet univers. C’est un petit film qui dans sa majorité est assez peu remuant, mais qui emporte tout par sa scène finale, épatante en tous points. Même pour qui n’a pas identifié la nature exacte de cette figure qui arrive du ciel (et qui donne toute la mesure cruelle de ce qui est en train de se jouer), le court parvient parfaitement à faire ressentir ce qui est alors en jeu à travers ce corps : le mélange de maternité et de dangerosité rouge, de noblesse civilisée et de créature carnassière, à la lumière d’un “soleil levant” issu d’une machine. On pressent que le besoin adolescent vital de fuir va se faire à un prix trop fort, comme au piège d’une plante carnivore, qu’il y a quelque chose de trouble dans cet apprentissage fondé sur une mise à mort. Rien que pour ce passage, qui à lui seul pourrait devenir une fable noire à raconter aux enfants, le film vaut le détour.
• Plus classique, L’Espionne qui dansait (Julien Chheng, épisode 6) échoue davantage à donner corps à son mélodrame (dont on ne révèlera rien), dilué dans l’exercice de style d’un récit de résistance qui s’organise derrière les tentures d’un grand cabaret (l’imagerie du nazi en visite aux music-hall français creuse ici le parallèle que George Lucas avec déjà abondamment tressé avec l’Empire). Le court vaut surtout pour la virtuosité agile de son animation dansée et combattante, notamment lors d’un final sur toit de verre qui évoque l’un des rares moments inspirés de La Légende de Korra. Sans démériter, le court en restera là.

 

Screecher’s Reach et The Spy Dancer en VO.

L’Impitoyable lune de miel Bill Plympton / 1997

Le mariage de deux jeunes époux, Grant et Kerry Boyer, est mis à mal par la chute, sur le toit de leur maison, d’un couple d’oiseaux en train de s’accoupler…

 

L’Impitoyable lune de miel est mon premier Bill Plympton. L’irrévérence et la subversion de son cinéma, principales choses mises en avant à la sortie du film, me semblent avoir pas mal vieilli : il y a une certaine vacuité (quand ce n’est pas un côté un peu gras et satisfait) dans cet alignement de coïts et de tripes. D’autres choses, par contre, convainquent davantage : les changements du coq à l’âne et les détours imprévisibles de la narration (avec un script comme joué aux dés, ou conçu via une logique de cadavre exquis), l’inventivité du dessin aussi, et enfin quelques traits d’humour tendre.

 

I Married a Strange Person ! en VO.