F for Fake Orson Welles / 1973

Habillé en prestidigitateur, Orson Welles annonce qu’il va dire toute la vérité sur Elmyr de Hory, l’un des plus célèbres faussaires au monde, dont les toiles ont trompé les meilleurs experts…

 

F for Fake, bilan d’une filmographie de narrateur-menteur, devrait s’offrir comme le salut final ludique d’une carrière pleine de maîtrise. Il s’en présente malheureusement plutôt comme la forme dégradée. Déshabillé de l’expressionnisme, le cinéma de Welles n’a ici plus que sa science du montage pour déployer sa fibre baroque : son découpage s’avère brouillon et fatiguant, ressassant trop longuement un sujet qui aurait davantage convenu à un court-métrage. Il semble, au fond, ne rester de la virtuosité de Welles que ses effets de manches, une façon de jouer et de narrer qui tourne désormais à vide, en toute facticité. L’autoportrait, celui d’un bonimenteur dont l’agitation est sa propre fin, se fait alors un peu triste… Pour la première fois, par ailleurs, le cinéma de Welles m’a semblé daté, marqué par les modes de son époque. Le segment Picasso, où Welles recommence à créer ses propres images, et où le montage se fait plus joueur et diffracté, repose un peu le film sur ses pattes, mais l’ensemble reste néanmoins décevant au vu de sa grande réputation.

 

Vérités et Mensonges en VF.

La Plus belle pour aller danser Victoria Bedos / 2023

Marie-Luce Bison, 14 ans, est élevée par son père dans une joyeuse pension de famille pour seniors dont il est le directeur. C’est bientôt la soirée déguisée de son nouveau collège : Marie-Luce, s’y incruste, habillée en homme…

Légers spoilers.
 

La Plus belle pour aller danser, sur une collégienne se mirant secrètement en garçon, fut pour moi un calvaire, en ce qu’il est tout entier construit sur un énorme mensonge (ce qui implique à la fois une gêne et la peur d’être découvert, aka ma kryptonite au cinéma). Pas que le film y soit pour grand-chose, pourtant, tant il s’avère platounet : la comédie est pleine de bonnes intentions, mais passé un synopsis à la configuration inhabituelle (le garçon dupé a lui aussi un secret), l’absence de mise en scène et l’artificialité forcée des rebondissements empêchent de construire quoi que ce soit de mémorable. Par ailleurs, l’utilisation de vieux personnages secondaires marrants et complices, décidément une marotte récente de la comédie française, commence à tourner au gimmick.

 

Complètement cramé ! Gilles Legardinier / 2023

Andrew Blake, qui a perdu sa femme, quitte Londres pour retourner en France dans la propriété où il l’avait rencontrée. Pour rester au domaine de Beauvillier, Blake se retrouve condamné à jouer les majordomes à l’essai…

Quelques spoilers.
 

Une relative anomalie parmi la corvée des comédies françaises récentes vues au boulot… Complètement cramé ! est pourtant totalement anachronique, jusque dans sa musique imitant celle des divertissements hollywoodiens chaussonniers des années 90. Le résultat semble comme en bulle – exactement comme ses personnages en fait, heureux de jouer leur partition du maître et du servant, au milieu d’un domaine isolé du monde (monde qui, hors du domaine, n’existera littéralement jamais à l’image, le prologue britannique excepté). Le film, bien que pas désagréable, est paresseux au dernier degré : Malkovich vient jouer la partition du flegme anglais qu’on attend de lui, Ardant joue le rôle de l’aristocrate suave qui lui colle à la peau depuis tant d’années, et le récit s’embarrasse à peine d’un antagoniste.

 

Jeff Panacloc, à la poursuite de Jean-Marc Pierre-François Martin-Laval / 2023

Jeff, homme calme et un peu candide, croise la route de Jean-Marc, un singe en peluche tout juste échappé d’une base militaire…

 

Cette comédie, qui n’est plus loin du pur produit d’usine, invente une origin story au duo de personnages que le ventriloque a popularisé sur scène… Pierre-François Martin-Laval, qui réalise (tout en précisant bien, dès le premier carton du générique de fin, que le film se fait avec « l’aimable participation de PEF »…) semble avoir depuis longtemps abandonné les très vagues prétentions auteuristes de son premier long, pour devenir un faiseur de comédies françaises tout ce qu’il y a de plus standard. On n’est pas dans le pire du panier, mais cela reste un produit anonyme et sans risques, caressant le public à coups de lapalissades (méchants riches très pédants, gentil peuple), et souffrant de la mollesse de son acteur principal dès qu’il ne parle plus à travers sa peluche.

 

Les Blagues de Toto 2 : classe verte Pascal Bourdiaux / 2023

Toto et ses camarades sont de retour, direction la campagne pour une classe verte…

Quelques spoilers.
 

Tout aussi pépère et scolaire (un comble, vu le sujet), Les Blagues de Toto 2 : classe verte (Pascal Bourdiaux, 2023) s’attèle donc à inventer une suite au premier opus, dont il échange le gamin relativement ingrat (désormais trop âgé) pour un petit roi crâneur de cour de récré au sourire de surfeur. Les fameuses blagues de Toto, en plus d’être plates et pas drôles, consistent grosso modo en des blagues d’humiliation (de préférence sur des personnages fragiles, jamais contre soi-même), en regardant ses camarades l’applaudir comme la star qu’il est. Les quelques réflexes qui traînent (ce fantasme du village écolo trompeur cherchant à pêcher des subventions) donnent une idée plus générale de l’idéologie du film. Il faut attendre une petite fragilité tardive du personnage pour que l’ensemble se fasse moins repoussant

 

38°5 quai des orfèvres Benjamin Lehrer / 2023

Un tueur en série, surnommé le Ver(s) Solitaire, sème des alexandrins sur des scènes de crime, causant terreur et confusion…

 

Un grand ratage. Malgré ses tentatives de gags nombreuses, cette parodie policière ne fonctionne jamais. La faute, sans doute, à son côté totalement aléatoire : les gags sont pêchés comme on essaierait n’importe quoi au marché, dans tous les sens, mollement et sans ambition. L’exemple typique est celui des flics : une blague consiste à les montrer ne rien foutre de leur journée (alors que Dieu sait que c’est loin d’être ce qui leur est reproché) ; et le commissariat est satirisé pour son compteur de likes (alors que la police n’a aucune présence sur les réseaux, ni ce type de rapport à la population)… Bref, tout est à peu près comme ça, essayant vaguement des choses au hasard, ne résonnant avec rien. Comme toute parodie qui se respecte, le film n’arrive à un résultat correct que les fois où il prend le modèle qu’il satirise au sérieux – mais le soin manque ici. On est aussi un peu triste de voir Didier Bourdon, l’un des acteurs les plus talentueux des années 90, à présent incapable de saisir l’air du temps, semblant toujours comme en différé, un peu laborieux dans son déploiement de jeu visible, plus vraiment incisif ni capable d’appuyer là où ça fait mal.

 

Sexygénaires Robin Sykes / 2023

À soixante ans passés, deux amis en proie à des difficultés financières vont tirer profit de leur image dans le milieu de la mode et de la publicité….

 

Sexygénaires vient cocher toutes les cases génériques d’une comédie française : un milieu bourgeois qui va de soi (les soucis des patrons de grand hôtel), un sujet de société “tendance” tenant lieu de pitch, un humour reposant sur un perso secondaire antipathique et énervant, et une totale absence d’ambition. On veut bien croire que le cinéaste (qui avait déjà consacré sa première comédie à la vieillesse) poursuit là une thématique qui lui est chère, mais rien d’une personnalité ne transparaît dans ce produit standardisé à en mourir. Et on est un peu triste d’y retrouver Zineb Triki, grande découverte du Bureau des légendes, dans un rôle d’un inintérêt confondant.

 

Dernière nuit à Milan Andrea Di Stefano / 2023

Franco Amore est un policier qui, en 35 ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Mais sa dernière nuit de service sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine…

Légers spoilers.
 

Comme pas mal des films populaires italiens récents, Dernière nuit à Milan a du mal à se départir d’une surcouche de vulgarité et de clichés (l’univers mafieux et son lot de magouilleurs, son flic taiseux et sa femme vénale, ses appartements riches et criards, ses plans clinquants au drone…). Le film a cependant plus dans le ventre que ces archétypes, et révèle tout son potentiel lors d’une remarquable séquence centrale, celle de la longue virée en voiture : tendue et économe, rigoureuse, elle commence comme une sorte de jeu d’échecs pour finir en chaos nocturne halluciné. La suite, sans démériter, doit se dépatouiller avec un personnage féminin déplaisant, une résolution peu crédible, et les banalités du lyrisme policier (on peine à partager l’élégie du flic honnête quand celui-ci, à la base, a accepté un poste au sein de la mafia). Bref, il y a du talent là-dedans, mais il est encore trop écrasé par les normes du polar mafieux, auxquelles le ton et la personnalité du film semblent tout inféodés.

 

L’Ultima Notte Di Amore en VO.