Les Blagues de Toto 2 : classe verte Pascal Bourdiaux / 2023

Toto et ses camarades sont de retour, direction la campagne pour une classe verte…

Quelques spoilers.
 

Tout aussi pépère et scolaire (un comble, vu le sujet), Les Blagues de Toto 2 : classe verte (Pascal Bourdiaux, 2023) s’attèle donc à inventer une suite au premier opus, dont il échange le gamin relativement ingrat (désormais trop âgé) pour un petit roi crâneur de cour de récré au sourire de surfeur. Les fameuses blagues de Toto, en plus d’être plates et pas drôles, consistent grosso modo en des blagues d’humiliation (de préférence sur des personnages fragiles, jamais contre soi-même), en regardant ses camarades l’applaudir comme la star qu’il est. Les quelques réflexes qui traînent (ce fantasme du village écolo trompeur cherchant à pêcher des subventions) donnent une idée plus générale de l’idéologie du film. Il faut attendre une petite fragilité tardive du personnage pour que l’ensemble se fasse moins repoussant

 

Jeff Panacloc, à la poursuite de Jean-Marc Pierre-François Martin-Laval / 2023

Jeff, homme calme et un peu candide, croise la route de Jean-Marc, un singe en peluche tout juste échappé d’une base militaire…

 

Cette comédie, qui n’est plus loin du pur produit d’usine, invente une origin story au duo de personnages que le ventriloque a popularisé sur scène… Pierre-François Martin-Laval, qui réalise (tout en précisant bien, dès le premier carton du générique de fin, que le film se fait avec « l’aimable participation de PEF »…) semble avoir depuis longtemps abandonné les très vagues prétentions auteuristes de son premier long, pour devenir un faiseur de comédies françaises tout ce qu’il y a de plus standard. On n’est pas dans le pire du panier, mais cela reste un produit anonyme et sans risques, caressant le public à coups de lapalissades (méchants riches très pédants, gentil peuple), et souffrant de la mollesse de son acteur principal dès qu’il ne parle plus à travers sa peluche.

 

La Plus belle pour aller danser Victoria Bedos / 2023

Marie-Luce Bison, 14 ans, est élevée par son père dans une joyeuse pension de famille pour seniors dont il est le directeur. C’est bientôt la soirée déguisée de son nouveau collège : Marie-Luce, s’y incruste, habillée en homme…

Légers spoilers.
 

La Plus belle pour aller danser, sur une collégienne se mirant secrètement en garçon, fut pour moi un calvaire, en ce qu’il est tout entier construit sur un énorme mensonge (ce qui implique à la fois une gêne et la peur d’être découvert, aka ma kryptonite au cinéma). Pas que le film y soit pour grand-chose, pourtant, tant il s’avère platounet : la comédie est pleine de bonnes intentions, mais passé un synopsis à la configuration inhabituelle (le garçon dupé a lui aussi un secret), l’absence de mise en scène et l’artificialité forcée des rebondissements empêchent de construire quoi que ce soit de mémorable. Par ailleurs, l’utilisation de vieux personnages secondaires marrants et complices, décidément une marotte récente de la comédie française, commence à tourner au gimmick.

 

Complètement cramé ! Gilles Legardinier / 2023

Andrew Blake, qui a perdu sa femme, quitte Londres pour retourner en France dans la propriété où il l’avait rencontrée. Pour rester au domaine de Beauvillier, Blake se retrouve condamné à jouer les majordomes à l’essai…

Quelques spoilers.
 

Une relative anomalie parmi la corvée des comédies françaises récentes vues au boulot… Complètement cramé ! est pourtant totalement anachronique, jusque dans sa musique imitant celle des divertissements hollywoodiens chaussonniers des années 90. Le résultat semble comme en bulle – exactement comme ses personnages en fait, heureux de jouer leur partition du maître et du servant, au milieu d’un domaine isolé du monde (monde qui, hors du domaine, n’existera littéralement jamais à l’image, le prologue britannique excepté). Le film, bien que pas désagréable, est paresseux au dernier degré : Malkovich vient jouer la partition du flegme anglais qu’on attend de lui, Ardant joue le rôle de l’aristocrate suave qui lui colle à la peau depuis tant d’années, et le récit s’embarrasse à peine d’un antagoniste.

 

Border Line Alejandro Rojas & Juan Sebastián Vásquez / 2022

Projetant de démarrer une nouvelle vie aux États-Unis, Diego et Elena quittent Barcelone pour New-York. Mais à leur arrivée à l’aéroport, la Police des Frontières les interpelle pour les soumettre à un interrogatoire…

 

Impeccable petit thriller minimaliste, dont la force d’oppression fait en soi propos politique, Border Line est un film efficace, sans défaut, petit café serré d’1h17. Et c’est un peu sa limite : on a du mal à en retirer autre chose qu’une expérience de tension au présent. À l’image de la pique ironique fermant le film, l’ensemble a des difficultés à accoucher autre chose de son dispositif qu’un simple effet d’efficacité immédiate. Dans un genre voisin, Reality était parfois plus maladroit, mais parvenait à créer un vertige dépassant le moment de la séance.

 

La llegada en VO, Upon Entry à l’international.

Il boemo Petr Václav / 2022

1764. Dans une Venise libertine, le musicien et compositeur Josef Myslivecek, surnommé « Il Boemo », parvient à percer grâce à sa liaison avec une femme de la cour. Dès lors sa renommée grandit…

Légers spoilers.
 

Il boemo, tout en suivant les étapes balisées d’un biopic d’ascension et de chute, est intéressant en ce qu’il parvient à trouver un équilibre entre l’écueil d’une vision romantique du XVIIIe siècle, et la facilité qu’on aurait à le peindre avec puritanisme, comme une époque uniquement décadente et cynique. Le film, sans se refuser les plaisirs de la reconstitution costumée, opte plutôt pour des intérieurs nus à la lumière froide, comme si on jetait sur ce passé un regard neutre et documentaire. Même sens de l’équilibre pour certains personnages, comme ce roi qui se voit redonner une chance de montrer les nuances de son caractère, après un premier portrait assez grossier… Néanmoins, on peine à trouver du sens à cet enchaînement biographique sous forme de chronique ; la mise en scène à l’épaule, si elle désacralise efficacement le passé, empêche aussi les prises de positions du découpage, n’aidant pas à réveiller notre attention. Une scène seule y parvient, c’est celle de la rencontre avec Mozart : soudain, Vaclav doit mettre en scène le mystère, c’est-à-dire le génie. Le regard réaliste du film (jusqu’à ce jeu un peu bonhomme de l’enfant) se cogne alors à une altérité qui le challenge et le stimule.

 

Les Colons Felipe Gálvez / 2023

Terre de Feu, République du Chili, 1901. Trois cavaliers sont engagés par un riche propriétaire terrien pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique…

Légers spoilers.
 

Après Jauja et Zama, Les Colons est un nouveau film abordant la colonisation de l’Amérique du Sud comme on filmerait l’arrivée sur une autre planète : grands paysages étranges, vides et colorés, au milieu desquels les militaires du vieux continent ressemblent à des aliens inadaptés. Felipe Gálvez Haberle est un cinéaste motivé, mais c’est peu de dire que son film n’est pas subtil… Dès les premières secondes, tout est volontariste et forcé, du montage fabriquant artificiellement un rythme, à cet effet de scénario (le meurtre) cherchant d’emblée le choc de manière poussive – sans parler de ces textes rouges plein cadre, ou de la musique insistante. La puissance plastique du film le sauve (quand bien même celle-ci n’est pas très fine non plus) ; du moins le projet, à force d’insistance visuelle, parvient à nous immerger dans sa vision du monde. La dernière partie, plus en décalage et inattendue, en trouvant des détours plus retors pour dire la violence coloniale, aide à terminer ce film dans la bonne direction.

 

Los colonos en VO.

Dernière nuit à Milan Andrea Di Stefano / 2023

Franco Amore est un policier qui, en 35 ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Mais sa dernière nuit de service sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine…

Légers spoilers.
 

Comme pas mal des films populaires italiens récents, Dernière nuit à Milan a du mal à se départir d’une surcouche de vulgarité et de clichés (l’univers mafieux et son lot de magouilleurs, son flic taiseux et sa femme vénale, ses appartements riches et criards, ses plans clinquants au drone…). Le film a cependant plus dans le ventre que ces archétypes, et révèle tout son potentiel lors d’une remarquable séquence centrale, celle de la longue virée en voiture : tendue et économe, rigoureuse, elle commence comme une sorte de jeu d’échecs pour finir en chaos nocturne halluciné. La suite, sans démériter, doit se dépatouiller avec un personnage féminin déplaisant, une résolution peu crédible, et les banalités du lyrisme policier (on peine à partager l’élégie du flic honnête quand celui-ci, à la base, a accepté un poste au sein de la mafia). Bref, il y a du talent là-dedans, mais il est encore trop écrasé par les normes du polar mafieux, auxquelles le ton et la personnalité du film semblent tout inféodés.

 

L’Ultima Notte Di Amore en VO.