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L’Hirondelle et la Mésange André Antoine / 1920

Pierre, patron marinier, sillonne les canaux du Nord avec sa femme et sa belle-sœur sur ses deux péniches aux noms d’oiseaux. Lorsqu’il engage Michel comme pilote, il ne se doute pas que celui-ci est en réalité un voyou…

Quelques spoilers.
 

Le carton d’ouverture à propos de sa restauration nous apprend que L’Hirondelle et la Mésange, film singulièrement réaliste pour les années 20, fut refusé par ses distributeurs qui y virent un documentaire. On croit lire dans cette anecdote l’erreur d’un milieu du cinéma encore aveugle aux innovations véristes d’un film en avance sur son temps…

Devant le film, pourtant, force est de constater que le sentiment de ces distributeurs n’était pas infondé : le réalisme est bien là (dans la description de la vie sur la péniche, du travail et de ses gestes, dans les décors naturels), mais le film trahit ses véritables aspirations par un désintérêt flagrant pour son récit (qui reste longtemps prétexte). On compte sur les doigts d’une main les gros plans des deux premiers tiers du film, tant la caméra se désintéresse des personnages, préférant filmer les décors.

Si cette dimension documentaire endort franchement quand elle consiste à simplement jouer au touriste (visite d’Anvers et de son carnaval, listing des villes traversées…), elle offre au film ce qu’il a de plus original quand elle consiste simplement à contempler le monde. C’est ainsi que le récit s’ouvre, d’ailleurs : par ces images d’un personnage de dos, immobile sur la péniche, regardant l’univers qui glisse et tourne autour de lui, avec la régularité et la lenteur d’un globe terrestre. Des vues auxquelles le mouvement continu donne un relief et une profondeur saisissantes, et qui sont étonnamment modernes dans leur manière de se suffire à elles-mêmes (quoiqu’il faille peut-être ici voir une trace du montage réalisé dans les années 80, le film ayant été récupéré à l’état de rushes).

Ces images contemplatives, parfois assez fascinantes, prennent un sens d’autant plus grave et menaçant au moment de l’épilogue – sous le calme roulis des eaux, pendant que la terre continue à tourner et le monde à défiler, bouillonne un univers de pulsions qu’on avait pas vu venir. Ce sont ces pulsions, justement, qui réveillent le film in extremis dans son dernier quart, le rendant soudain imprévisible, fielleux, tout à la fois sexuel et macabre. Ces dernières scènes (et notamment ce plan voyeur des dentelles, où le désir se mêle au spectacle de la contrebande), ainsi que quelques autres curiosité (la scène chez le photographe), valent à elles seules la vision d’un film qui, passées ces qualités, nous aura tout de même souvent assommé d’ennui.

 

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