Le Fils de la jument blanche Marcell Jankovics / 1961

Le fils d’une jument divine et se prépare à venger les injustices des 77 dragons auxquelles elle a fait face…

Légers spoilers.
 

À partir de cette fable sur la reconquête d’un royaume envahi par les enfers, Marcell Jankovics propose un film d’animation aux airs de performance : une continuelle métamorphose de formes d’une heure et demi, qui ne se contente pas d’expérimentations visuelles par pur plaisir graphique, mais qui parvient par elles à exprimer mille choses à la seconde (l’ouverture muette, à ce titre, est assez sidérante). J’ai eu peur, un premier temps, que le film se noie sous les normes et clichés du cinéma psychédélique (arythmie d’un film s’écoulant sur un unique et même son synthétique, sexualité omniprésente, accents new age…), avec rien d’autre pour lui qu’un style visuel original, et des péripéties bégayées par trois en seule guise de structure. Une autre norme plane sur le film, au risque du ridicule, celle du cinéma soviétique d’alors : masculinité puissante à muscles et à moustaches, camaraderie virile aux relents homoérotiques (épée bite et scènes de fessées), femmes maternelles-nourricières ou sexuées-vénales… Bref, le film risque sans cesse de s’engluer sous la surface d’une certaine formule, mais la transcende à chaque minute par son génie des métamorphoses, par son goût des images primales (le garçon qui boit sa mère jusqu’à la tuer), et par sa grande rigueur formelle. Une très belle découverte.

 

Fehérlófia en VO.

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