En plein feu Quentin Reynaud / 2023

Un feu géant ravage la forêt des Landes. A la suite d’une alerte évacuation, Simon et son père Joseph quittent leur domicile mais se retrouvent rapidement prisonniers de leur véhicule…

Spoilers.
 

En plein feu confirme les promesses, comme les limites, que laissaient entrevoir le premier film solo de Quentin Reynaud : soit un cinéma conceptuel et plutôt ambitieux, mais aussi bien trop théorique, peuplé de personnages ingrats ou peu aimables (ce à quoi n’aide pas Alex Lutz, dont il émane quelque chose de sec et de fermé), et se reposant plus généralement sur un matériau humain qui sonne un peu prétexte. De ses multiples tentatives, le film en réussit une, remarquablement : cette longue glissée en temps réel du départ en voiture jusqu’à l’incendie, qui avec sobriété et sans grands effets nous fait doucement passer, sans qu’on s’en aperçoive, d’une situation anodine de quotidien à un traquenard cauchemardesque. Tout le reste, par contre, échoue davantage à convaincre ou à prendre corps, et les différentes idées qui parsèment le film (les histoires du père qui radote, le trauma, la rencontre symbolique avec une femme enceinte, la radio omniprésente qui prend souvent le pas sur la narration…) donnent l’impression d’essais un peu hasardeux, à l’effet au mieux incongru, qui s’empilent au gré d’un récit composite dont la fragilité se trahit par les nombreuses invraisemblances qui parsèment le scénario : sortir sans rien pour se protéger le visage, ne pas faire plus d’un essai pour détacher la remorque, les pompiers qui croisent un civil perdu sans s’arrêter, le fils qui retrouve magiquement son père au milieu de nulle part… On a un peu du mal à croire que le cinéaste a foi en ce récit de trauma et de filiation qui, faute de s’incruster profondément dans la mise en scène et ce qui la fascine, ressemble à une note d’intention visant à donner légitimité et profondeur à un projet purement conceptuel. Peut-être faudrait-il mieux pleinement assumer celui-ci comme tel.