Spoilers.
Avec Encanto, le studio Disney confirme certaines tendances ayant marquées sa dernière décennie. D’une, on y atteint les limites de cette profusion de chansons qui ne savent plus quoi faire d’elles-mêmes, qui s’insèrent très maladroitement dans la diégèse, et qui explicitent tout sans tact. La chanson de Kristoff avec son renne dans le second volet de La Reine des neige – soit l’équivalent cinématographique d’un oiseau piégé se cognant contre les vitres –, semble être devenue le nouveau maître étalon de la firme : à chaque fois qu’une mélodie démarre, le montage devient hystérique, remplissant le vide avec 36 idées visuelles inutiles à la seconde, dans une hypertrophie fatigante qui ne sait plus comment démultiplier davantage l’hystérie initiale du modèle Broadway (même la variété de ces "chambres-univers" semble ici trahir la versatilité d’une direction artistique protéiforme qui ne sait plus trop où aller, et qui compense par la profusion). Deuxième tendance : l’influence Pixar toujours aussi manifeste – celle ici de Coco, avec qui le film partage l’arrière-plan folklorique issu d’Amérique latine, et dont il reprend la figure de matriarche coupable, l’aïeul effacé, et la palette multicolore. Enfin, Disney confirme ici le dernier lieu où survit son art : dans la peinture des moments sombres. Le style si sécurisant, si rond, si allusif du studio n’a de légitimité, de raison d’être, qu’en se confrontant à son contraire – au trauma (malheureusement ici rejoué une deuxième fois pour rien), aux angoisses infantiles, aux visions mentales, aux conflits couverts. Le personnage de Bruno, de très loin le plus beau du récit, tient entièrement de cette veine. Mais le film préfère souvent la sécurité d’un humour hystérique à de véritables mises à nu qui lui permettraient de trouver l’émotion (à ce titre, la fin illogique et peu courageuse, qui ne va pas jusqu’au bout de son idée et ne sait pas faire le deuil de la magie, reste assez révélatrice du manque d’audace qui continue de séparer Disney et Pixar).



