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Brick Rian Johnson / 2005

Brendan Frye est un lycéen solitaire, qui préfère se tenir à l’écart de ses camarades. Jusqu’au jour où son ex-petite amie, Emily, tente de reprendre contact avec lui, avant de disparaître…

Légers spoilers.
 

Ma première vision de Brick, en 2005, avait surtout été marquée par la différence entre sa bande-annonce (l’une des plus inspirées parues au sein d’une décennie pourtant riche en la matière), et la déception du résultat final : le film m’avait paru bien peu remuant, ingénieux mais froid, et pour tout dire assez petit. Ayant eu l’occasion de le revoir récemment, il faut bien admettre qu’il consiste d’abord en un “coup” de jeune réalisateur, un petit jeu cinéphile reposant sur une unique idée forte : celle de transposer le film noir et ses codes dans les décors du lycée (plus que dans ceux du teen-movie, qui semble ici assez loin).

Quelque chose, néanmoins, empêche le film d’être un simple exercice de style maniériste, et c’est justement ce qui m’y avait déçu à l’époque : sa petitesse. Brick est un film pauvre. Son tournage fut incroyablement condensé et rapide, les figurants sont absents (de fait, le lycée n’a aucune existence, c’est un lieu vide résumé à ses extérieurs), les décors sont rares et l’image est rêche. Le montage du film, brillant, semble constamment occupé à rapiécer les carences d’un tournage sur la corde : c’est un montage tout en évitements, en allusions ou renvois hors-champ, en recollages de dialogues sur d’autres moments que leurs scènes initiales, en fins ou en débuts de prises devant faire scène à eux tous seuls, dans une danse équilibriste autour d’images manquantes – tout le film semblant s’activer à détourner notre regard de ce qui fait défaut.

Je ne suis pas sûr que ce montage soit un rattrapage accidentel et catastrophe d’un film initialement plus grand : c’est une esthétique aux racines du projet, qui témoigne du frôlement avec le genre (plutôt que de l’hommage) que Johnson entend opérer. Tout dans Brick n’est qu’évocations et contournements : le club de théâtre induit par ses ombres anonymes, l’empire d’un parrain résumé à un costume daté, à une cave, et à une maman déphasée, la fatigue de son règne suggérée par une ballade iconique sur une plage au couchant… La pauvreté de l’ensemble permet à Brick de moins être un produit malin qu’une authentique série B : un film qui déploie des prodiges à partir de ses limites. Et parce que le budget de série B est sa réalité concrète, et non une pose que le film aurait adopté par choix, une vraie grâce traverse ce premier film de Johnson.

Il reste que Brick émeut peu, et c’est peut-être que dans sa frénésie à retrouver les codes du film noir, il n’a pas grand chose à en dire – pas plus qu’eux ont grand chose à dire, au fond, de ce monde lycéen. Les conventions du genre se retrouvent ici radotées dans leur version la plus plate : on retrouve, par exemple, cette panoplie de personnages féminins qui ne peuvent être qu’innocentes-à-sauver ou ingénieuses manipulatrices. La solitude du héros détective n’est jamais mise en regard de son isolement lycéen (lui qui, dit-on, “mange tout seul à midi”) : la seule faille qui nous permette un peu de pénétrer son monde est son portrait à mi-mot comme amant possessif et violent, incapable d’entendre que son ex-petite amie ne l’aime plus (fait sur lequel Johnson pose un regard trop vague, pas du tout à la hauteur tragique que cette réalisation devrait prendre chez le jeune héros). En ne faisant de tous ces personnages que des icones du film noir se parlant entre elles, sans tisser entre eux les multiples relations humaines et croisées qui font toute l’essence d’un contexte lycéen, le film empêche à l’émotion d’émerger. Ce qui ne l’empêche pas d’être plus singulier, et plus précieux, que le petit exercice de style poseur auquel on l’a si souvent réduit ces quinze dernière années.

 

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