tasteoftea

The Taste of Tea Katsuhito Ishii / 2004

Le quotidien des Haruno, qui habitent une petite ville de montagne près de Tokyo…

Quelques spoilers.
 

C’est presque miraculeusement que The Taste of Tea évite l’écueil qui lui était tout destiné : celui d’être un film pochette-surprise aux petites originalités alignées, qui enchaînerait fièrement les bizarreries et effets, sans être habité par grand-chose de plus.

De ce film redouté, il ne reste que des traces : la gêne occasionnelle de SFX poussifs ayant mal vieilli, et quelques passages inutilement outrés (l’enregistrement du clip, le final spatial kitsch). Mais la majeure partie du folklore loufoque que déplie Katsuhito Ishii est digérée et neutralisée par le coulé d’une ambiance tiède et apaisée (cadre rural, éloge du farniente, foyer familial libre et sans drame accueillant tout étranger de passage, narration agréablement ouverte et ellipsée…). Les bizarreries sont souvent reléguées à la périphérie d’une douce étrangeté plus générale, qui met un point d’honneur à d’abord être cinématographique, c’est-à-dire affaire de cadre, de montage ou de rythme (la première apparition du double géant de la petite fille advient ainsi dans une scène qui tient d’abord à ses jeux de hors-champ et de suspense, et dont l’intrusion fantastique est seulement la coda ; le récit loufoque et scatologique de l’oncle est d’abord pris dans le jeu somnolant et fatigué de l’acteur, et dans les réactions joyeuses de son neveu, leur complicité primant sur tout le reste).

The Taste of Tea avance ainsi avec une grâce et une aisance inattendues, se trouvant plutôt au final menacé par le danger inverse, celui d’être un film trop gentillet : de se révéler être, sous la surface carnavalesque, une chronique familiale apaisée de plus (premier béguin adolescent, enfant taciturne qui se ballade en silence dans le film comme un Tati junior, disparition du grand-père pour contrebalancer l’humour omniprésent de son poids d’émotion…). Ce genre de films, le cinéma asiatique en produisait des dizaines ces années-là, leur poésie facile étant accueillie à bras ouverts par un public européen qui n’avait pas encore perçu la redondance et la platitude de ces académismes.

En ce sens, la fin consensuelle de The Taste of Tea, qui réduit tout son projet à un petit montage compilatoire des personnages, le tout sur quelques notes gentillettes soldant l’émotion du récit à prix discount, peut laisser une dernière impression mitigée. Et ce serait injuste, tant ce film a frôlé de pièges et d’occasions d’être énervant, durant 2h30, sans presque jamais s’y brûler une aile.

Cha no aji en VO. [extrait]

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