Objectif 500 millions Pierre Schoendoerffer / 1966

À sa sortie de prison, un ancien parachutiste se voit proposer un coup : voler un sac postal contenant cinq cents millions et transporté par avion de Paris à Bordeaux…

Légers spoilers.
 

Ce film de Schoendoerffer, qui abandonne un temps la guerre et ses reconstitutions, permet d’expérimenter le style sec et factuel du réalisateur sur de la pure fiction, et face à un genre (le film noir) à l’imagerie visuelle plus marquée. Le pas-de-côté reste tout relatif : la guerre innerve le récit de toutes parts, qu’elle contamine de ses formes spécifiques (ici aussi on monte une opération détaillée, et ici aussi le spectateur n’en comprend pas la moitié…). Passée une scène d’ouverture maniérée et brillante (chaque percée de lumière donnant à voir une alternative possible à ce personnage qui vrille, comme autant de différentes manières de le lire), l’ensemble laisse un sentiment plus mitigé, baignant dans un virilisme pénible avec ces dialogues sentencieux qui consistent à ne jamais répondre aux questions posées par l’interlocuteur, le tout aux côtés d’un héros mi-taiseux mi-sanguin que même l’excellent Bruno Cremer n’arrive pas à rendre intelligent. Ce tableau pathétique et ce mépris qu’inspirent les personnages, est-il volontaire ? Le film fait en tout cas un portrait plus que dépité des tenants de l’Algérie française et de l’OAS, aux membres déconfits, vieillis, tous casés dans le traintrain morne de la société civile, réduits à des réunions nostalgiques un peu glauques. Le plan final, à la fois martyr et dérisoire, laisse planer le doute jusqu’au bout (on ne sait tout à fait non plus comment recevoir ces images traumatiques de la guerre du Vietnam, qui envahissent dans le film les écrans de télévision)… Je retiens pour le reste un mélange de bon (l’acte final qui transforme une paisible bourgade nocturne en rue de far west à l’heure du duel), et de plus mauvais (la figure féminine qui sort toute droit d’un James Bond 60′) : un conglomérat qui se vit davantage comme un gloubi-boulga égaré d’influences et de modes du moment, que comme un cinéma ayant un projet très clair.

 

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