Dancing Pina Florian Heinzen-Ziob / 2021

Au Semperoper en Allemagne et à l’École des Sables près de Dakar, de jeunes danseurs, guidés par d’anciens membres du Tanztheater de Pina Bausch, revisitent ses chorégraphies légendaires…

Légers spoilers.
 

Dancing Pina est un documentaire patiemment et rigoureusement mené, témoignant d’une longue et ample attention à la danse qui manquait parfois au film de Wenders (qui compensait vaguement cette carence par la profondeur vivante de la 3D). Le montage laisse certes ici souvent l’impression d’un assemblage de petits moments (bouts de témoignages, de recherches chorégraphiques) n’allant pas toujours en profondeur, zappant calmement des bribes de scènes intéressantes qui se contentent de faire surface, en survolant les différents sujets potentiels auxquels le film voudrait se cogner. Mais l’ensemble avance et narre aussi autrement, à plus long terme, par la répétition de sessions de travail sur les mêmes passages (le lever de table d’Iphigénie, par exemple), qui s’en retrouvent peu à peu gorgés de sens et d’intentions, amenant le spectateur au même processus de concentration et de conscience aiguë du geste dansé, dans la même recherche d’authenticité que celle qui anime les danseurs. Malgré le deuil et le regard en arrière (qui étouffaient déjà un peu l’essai de Wenders), l’inévitable dimension laudative et hagiographique d’un film sur Pina Bausch se trouve ici canalisée par la passation du ballet à une nouvelle génération de danseurs, venus d’autres horizons, et par la réinterprétation des enregistrements de la troupe originelle, qui instaurent la possibilité d’un dialogue. Le film est campé sur des lignes simples (l’occident bleu et d’intérieurs d’Iphigénie, la scène rouge et aérée de l’Afrique), mais efficaces. Reste que devant ce carré de plage final, cette représentation au public absent (paradoxalement moins vivante et intense que le dernier filage), on garde en bouche l’impression de ne pas savoir où tout cela va, ni ce que ce documentaire avait à dire, l’ensemble restant entravé par une sobriété et une neutralité qui le limitent.

 

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