Légers spoilers.
Il y a décidemment quelque chose de singulier dans la façon dont le cinéma de Corbucci use d’une forme torchée, presque désinvolte (qui dans ses meilleurs moments a l’énergie du trait crayonné, mais qui se montre aussi à l’occasion molle, ou brouillonne – voir le flash-back d’enfance, passablement fainéant) ; et malgré cela c’est un cinéma à la littéralité brutale et sans tremblements, avec une totale absence de chichis dans ce qu’il montre, une crudité précise du regard et du propos. Les pulsions exposées au grand air, le commerce littéral des cadavres trimballés en plein jour, la portée politique immédiate de ce grand tableau d’une Amérique capitaliste marquée par la faim, où l’on bouffe les chevaux… Tout cela donne au film une profondeur réelle, qui confère aux images les plus outrées, grossières ou naïves (cette faux qui annonce les bandits) une puissance authentique, de par le caractère frontal et l’absence d’hypocrisie qui les porte. Plus il avance cependant, plus le film perd de cette force originelle, diluant le ciselé de son regard et de sa violence politique dans des motivations plus directement liées aux personnages (c’est notamment visible chez Kinski, qui de pure force amorale du capital devient une sorte de machiavel plus convenu). Le film s’affaiblit également par la façon dont il se contente docilement d’une montagne d’archétypes (le couple si artificiel que c’en est risible, le héros muet moins comme principe à explorer que comme excuse pour pousser à fond la lapalissade du cowboy viril et mutique…). Il faut attendre le final, au ton crépusculaire et à l’issue surprenante, pour que le film retrouve toute sa singularité – notamment parce que cette fusillade, sous l’œil d’un officier blond et racé, rattache plus explicitement que jamais la violence du cinéma bis à ce besoin de digérer l’horreur de la seconde guerre mondiale.
Il grande silenzio en VO.
