Avec Decision to leave (2022), romance entre une suspecte et son enquêteur, Park Chan-wook continue le déploiement de ses talents et de sa virtuosité formelle, flottant quelque part entre les délices d’une réelle inspiration, et une tendance marquée au gadget (faires des transitions entre tout et n’importe quoi, même quand ça ne veut rien dire). Mêmes arabesques côté scénario, qui fournit un polar hautement ludique dans un monde à l’heure du smartphone, mais qui vire souvent au tour de manège fatiguant (les 36 fins et révélations qui s’enchaînent, l’humour passablement lourdingue). Le film perd parfois son spectateur dans une première partie difficile à suivre, et ne laisse souvent pas assez de temps aux personnages, comme aux images, pour respirer assez et nous émouvoir (même la fin ne semble pas savoir choisir entre ses différents plans). L’ensemble épate et divertit autant qu’il s’oublie vite, perdant la profondeur émotionnelle du pourtant problématique Mademoiselle. Reste l’exceptionnelle Tang Wei, immense actrice qui éblouit à chacun des plans où elle apparaît.
Une petite mise à jour de ce texte, quelques mois plus tard, après avoir par hasard revu le film – que j’ai complètement réévalué et qui m’a semblé très grand. Peut-être parce que, les enjeux m’étant désormais connus et tout étant plus clair, on est moins perdu, on peut profiter pleinement du film, donner toute sa concentration à ses nuances et aux jeux qu’il déploie tout du long. L’ensemble s’est révélé étonnamment riche et émouvant, ses prodiges formels presque jamais gratuits, approfondissant au contraire toujours la narration, et nourrissant l’étrange mélancolie de l’ensemble et de ses deux parties disparates. Bref, une totale redécouverte.
Heeojil gyeolsim en VO.
