Panic sur Florida Beach Joe Dante / 1993

Key West, Floride, 1962. Alors que le monde est au bord de l’aneantissement nucleaire, Lawrence Woosley presente en premiere mondiale son nouveau film d’horreur…

Légers spoilers.
 

Matinee, pour le spectateur d’aujourd’hui, est une double madeleine de Proust : d’abord pour le cinéma d’entertainment des années 80-90, et son positivisme solaire ; et ensuite pour toute une production bis typiques des années 50 (monstres en carton pâtes et multiples systèmes machin-rama – c’est ce cinéma qu’on met ici en scène, plus que celui des sixties durant lesquelles se déroule le film). Plus généralement, Matinee déborde de nostalgie pour toute une Amérique d’enfance (celle de Joe Dante, évidemment), en un hommage gorgé d’amour qui suffit à faire du film une agréable expérience, où l’imaginaire et l’état d’esprit de deux époques sœurs (50’s et 80’s) semblent se commenter et se renvoyer la balle : l’univers collégien-lycéen et sa façon de reluquer les filles, le monde militaire omniprésent, le chant des entrepreneurs et des charmantes combines commerciales à succès, jusqu’au plaisir à aller s’asseoir sur une plage en béton… Mais il manque à tout cela une espèce de sel, la touche “sale gosse” de Joe Dante manquant cruellement à l’appel. On dénombre certes quelques petites piques (cette télévision comme un tube continuellement ouvert, ce plan de fin cruel annonçant le Vietnam…), ainsi qu’un contexte nucléaire paranoïaque censé donner au film tout son relief. Mais la peur de l’apocalypse atomique est bien trop vidée de son contenu politique, réduite à une pantalonnade de comédie (d’ailleurs pas le versant le plus réussi du film : voire l’humour un peu lourd touchant au directeur de cinéma)… Au final, seule une courte scène d’exercice à l’école en effleurera la dimension angoissante. On s’interroge, enfin, sur la célébration de ce producteur-faiseur, figure à peine égratignée par un film voulant surtout incarner en lui l’amour du cinéma, et un éloge de l’artisanat. On n’ose imaginer de ce que le film aurait pu faire de cette liesse populaire flippante et de ce balcon mortel si seulement il s’y était vraiment risqué… Bref, un résultat sympathique et bien mené, mais qui donne l’impression de manquer de profondeur.

 

Matinee en VO.

Hurlements Joe Dante / 1981

Une série de meurtres effroyables terrorise la population de Los Angeles. Une jeune journaliste de télévision mène sa propre enquête…

 

Cette relecture contemporaine du film de loup-garou me laisse à peu près la même impression que Matinee : un charme de double madeleine (années 80 qui rejouent les années 50) auquel il manque un brin de piquant. L’amour pour l’horreur artisanale et les films d’épouvante passés (voire l’interminable scène de transformation, où l’héroïne se fait pure spectatrice) en reproduit aussi l’ennui latent, ainsi que les personnages féminins fades – on a le sentiment que le style est bon, mais qu’il manque le film qui va avec. C’est à se demander si la carrière de Joe Dante, cette tentative de marier le divertissement familial et le goût de la série B, n’est pas condamnée à toujours échouer en un compromis un peu plat… Hormis la fin gentiment grinçante, la seule épice de ce sage exercice d’hommage est paradoxalement sa longue ouverture, pour le coup bien éloignée des fifties, plongée dans l’urbanité louche du Nouvel Hollywood, qui oppose au mythe du loup-garou sa propre lecture des pulsions. Difficile alors, quand le film retourne se loger en forêt, dans ce décor d’imagerie traditionnelle, de ne pas avoir l’impression d’un cinéma qui part fissa retrouver ses chaussons.

 

The Howling en VO.