One way Andrew Baird / 2022

À la suite d’un braquage qui a mal tourné, Freddy s’enfuit avec un sac rempli d’argent et de cocaïne. Gravement blessé, son boss et ses sbires à ses trousses, il monte dans un bus…

Quelques spoilers.
 

Après des années à chroniquer en notules des direct-to-video dont il n’y avait rien d’autre à évaluer que le degré de ridicule, quelle surprise de tomber enfin sur une production fauchée certes limitée, et très normée sur bien des points, mais qui fonctionne néanmoins comme une vraie série B : comme un petit film qui a « quelque chose à proposer », qui file une idée forte, remportant ci-et-là quelques victoires sur le cadre limité qui est le sien. Sorti simultanément en salles et sur le net aux USA, le film garde les stigmates du direct-to-video tel qu’il existe depuis vingt ans : découpage imprécis et sur-montage, effets kitschs, détours hasardeux du scénario. Mais il propose pour le reste une belle idée de huis-clos devant se résoudre dans l’espace et le temps limité d’un trajet de car, alors que s’écoule peu à peu la conscience et les capacités du héros qui perd son sang. Même si la mise en scène est trop imprécise pour correctement l’exploiter, on sent le potentiel de ce qu’aurait pu être, formellement, le délitement progressif et hallucinogène des perceptions du personnage, Andrew Baird parvenant à esquisser une imagerie d’autoroutes sombres aux lampadaires blafards défilant à travers les vitres sales, et d’une Amérique dépressive de débrouille et d’échoués. Les inattendues touches de fragilité (les deux enfants abusés, celui qui l’a été et celle qui va l’être) créent une empathie pour les personnages à laquelle ce genre de productions ne s’essaie habituellement même pas, comme une touche de mélodrame qui vivote au milieu du film de genre cradingue. Il reste de multiples rendez-vous manqués, notamment cette promesse de trouver la bonne combinaison entre tous les passagers du car pour résoudre le récit : en l’état, chauffeur compris, le film les abandonne et ne les reverra jamais. Mais parmi tous ces défauts et maladresses, et malgré les évidentes limites de l’ensemble, il y a là un petit film motivant, comme devrait l’être n’importe quelle production qui a à la fois ce faible budget et la liberté qui va avec.