Notes sur les films vus #25

Un éléphant ça trompe énormément • Nous irons tous au paradis • Yves Robert (1976-77)
Vivre ! • Zhang Yimou (1994)

The Father • Florian Zeller (2021)
Hypocrites • Lois Weber (1916)
Titane • Julia Ducournau (2021)
Baby Face • Alfred E. Green (1933)
Benedetta • Paul Verhoeven (2021)
Bac Nord • Cédric Jimenez (2021)

Notes sur les films vus #25

Un éléphant ça trompe énormément • Nous irons tous au paradis • Yves Robert (1976-77)
Vivre ! • Zhang Yimou (1994)
The Father • Florian Zeller (2021)
Hypocrites • Lois Weber (1916)

Titane • Julia Ducournau (2021)
Baby Face • Alfred E. Green (1933)
Benedetta • Paul Verhoeven (2021)
Bac Nord • Cédric Jimenez (2021)

Notes sur les films vus #25 # 25

Un éléphant ça trompe énormément • Nous irons tous au paradis • Yves Robert (1976-77)
Vivre ! • Zhang Yimou (1994)
The Father • Florian Zeller (2021)
Hypocrites • Lois Weber (1916)
Titane • Julia Ducournau (2021)
Baby Face • Alfred E. Green (1933)

Benedetta • Paul Verhoeven (2021)
Bac Nord • Cédric Jimenez (2021)

Notes sur les films vus #25 # 25

Un éléphant ça trompe énormément • Nous irons tous au paradis • Yves Robert (1976-77)
Vivre ! • Zhang Yimou (1994)
The Father • Florian Zeller (2021)
Hypocrites • Lois Weber (1916)
Titane • Julia Ducournau (2021)
Baby Face • Alfred E. Green (1933)
Benedetta • Paul Verhoeven (2021)

Bac Nord • Cédric Jimenez (2021)

Notules # 25

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Les Chiens Alain Jessua France 1979
La Vache et le prisonnier Henri Verneuil France 1959
Diaboliquement vôtre Julien Duvivier France 1967
Le Marginal Jacques Deray France 1983
Le Solitaire Jacques Deray France 1987
Le Professionnel Georges Lautner France 1981
L’Alpagueur Philippe Labro France 1976
Monsieur Klein Joseph Losey France 1976
Vacances portugaises Pierre Kast France 1963
Une femme qui s’affiche George Cukor USA 1954
Incident de frontière Anthony Mann USA 1949
Assunta Spina Gustavo Serena Italie 1915
Fièvre Louis Delluc France 1921
Mandibules Quentin Dupieux France 2021
Cinquième Set Quentin Reynaud France 2021
Chacun chez soi Michèle Laroque France 2021
The War Below J.P. Watts Royaume-Uni 2021
Redemption Day Hicham Hajji USA 2021
The Mortuary Collection Ryan Spindell USA 2019
Monsters of Man Neal McDonough Australie 2020

Annette Leos Carax / 2021

Henry, comédien de stand-up à l’humour féroce, et Ann, cantatrice de renommée internationale, forment un couple épanoui sous le feu des projecteurs…

Quelques spoilers.
 

Devant Holy Motors, notre camarade Léo du forum FDC avait mis le doigt sur ce qui me semble être le problème fondamental du film, en un parfait résumé : « des “fulgurances”, c’est-à-dire des choses sublimes qui ne durent que quelques secondes, dans une nuit d’impuissance qui dure deux heures ». Cette impression générale d’incapacité du film à nous mener et à nous emporter, distribuant çà et là ses éclats au milieu d’un ensemble qui ne prend jamais, m’avait à l’époque (c’était mon premier Carax) laissé particulièrement dubitatif.

Devant Annette, on pourrait croire le problème réglé : véritable “blockbuster d’auteur”, il témoigne d’une débauche de moyens et d’une densité d’idées (littéralement une par plan) qui semblent un temps se proposer comme une solution à ces carences. À pure perte : on est davantage divertis, on n’est pas plus transportés. Le film au fond est à l’image de la photographie de Caroline Champetier, dégorgeant d’idées et de tentatives originales (ici toute une série de jeux sur les couleurs froides et la nuit), mais fondamentalement pingre dans sa manière même, terne et peine-à-jouir, peu flatteuse pour les acteurs au visage si peu sculpté, peu enveloppante par ces nuits fades et grisâtres, laide et plate dans ces transparences numériques à la précision stupide (encore une fois, je m’étonne de créateurs qui ne semblent pas avoir compris que leur film est tourné et projeté en numérique, et que les particularités de ce format, il faut les prendre en charge – ici, malgré tout le fric et toutes ces tentatives, tout paraît fake et toc, on sent constamment les acteurs se débattre dans le vide sans être soutenus par rien).

Évidemment, le faux est souligné, assumé, célébré. Mais l’artificialité assumée des effets (la mer en transparence, par exemple) n’est pas un pass magique pour donner à l’œuvre une âme : cela marche, au cinéma, et n’est beau, au cinéma, que quand le film est traversé d’une croyance qui transcende justement ce carton-pâte – c’est la condition pour qu’il émerge de ces imperfections une poésie qui leur soit propre. Car pour le reste, quel que soit l’habit qu’on lui confectionne, un corps vide restera un corps vide. De même, quelque soit l’énergie que déchaîne l’opéra-rock, il ne pourra rien faire contre la faiblesse des voix de ses acteurs quand ils chantent sans doublures – voix impuissantes, là encore.

Carax a ainsi beau mettre en scène le chiqué de ses archétypes, et jeter un regard méta sur la narration de son histoire dans une belle intro qui joue le chœur grec tout prêt à épater son public, la folie romanesque sur laquelle il veut poser la plus-value de son regard n’existe pas. Les personnages n’ont rien d’autre à se chanter que “We Love Each Other Very Much” (vaine ironie), lui les filme entrain de baiser comme il filmerait des insectes. Des représentations se débattent dans des plans sans pouvoir de suggestion, sans flou ou vide ambigu que notre croyance pourrait investir. Ce sont plutôt une série de performances sur-conscientes et malaisantes (à l’image de ces longs numéros de Driver sur scène), guirlandées d’idées de mises en scène à la poésie glaciale. Et quand arrive dans le film ce pantin articulé, figure véritablement flippante que les personnages se mettent à dorloter, on se dit que Carax n’est quand même pas totalement aveugle de la nature profondément mortifère de son cinéma, où personne, au fond, n’est bien plus aimé et incarné que ce pantin de bois. Encore plus effrayant sans doute est le constat qu’en grandissant, la poupée paraît plus humaine que bien des personnages alentours – justement, sans doute, parce qu’il y a chez elle, dans ses postures suggestives et son intériorité laissée mystérieuse, quelque chose à compléter, une place pour nos émotions. C’est ainsi, seulement sur le tard (et notamment dans sa scène finale), que le film parvient à nous impliquer.

Reste donc une série d’idées épatantes, inspirantes, motivantes, comme autant de claques au milieu de cette frigide clinique qu’est devenue la salle de cinéma – et la musique, aussi, bien sûr, seul flux vital traversant le film, seul sang traversant ces veines virtuoses et desséchées.

 
 

• Quelques mots sur ce blog, qui a connu plusieurs mois sans activité pour la première fois de son existence. La première cause en est une série de soucis personnels, qui m’ont ôté depuis janvier l’envie de visionner le moindre film (ça fait un moment qu’en lancer la vision relevait de toute façon chaque soir un peu plus du sacerdoce qu’autre chose), coupant brusquement le robinet à articles. Restent les films que je vois au travail, ou les quelques sorties obligatoires que je vais vérifier en salle : de quoi nourrir encore ce blog pour les mois à venir, mais bien moins intensément. La seconde raison est une série de projets dont je ne sais encore s’ils verront le jour, mais qui me motivent bien davantage que l’exercice critique, assez ingrat dans sa solitude, souvent laborieux dans le processus d’écriture et de relecture, et dont l’aigreur régulière du résultat me préoccupe (impression de radoter, une fois ici encore, la même insensibilité face à la plupart des films vus). Voilà pour quelques nouvelles, en espérant que cette situation bouge un peu dans un proche avenir ! En attendant, quelques textes devraient tout de même venir parsemer ce blog durant les prochains mois.
 

Docteur Petiot Christian de Chalonge / 1990

À Paris, durant l’occupation, le Dr. Petiot soigne le jour et tue la nuit…

Quelques spoilers.
 

C’est pour moi une complète découverte : je ne connaissais ni l’existence de ce film, ni le nom de son réalisateur. L’ouverture fait peur, laissant augurer une œuvre balourde aux idées surlignées, mais le film qui en découle est assez épatant – en tout cas l’est-il vis-à-vis du cinéma populaire français lambda, ou du projet platement wikipedien qu’on pouvait redouter.

L’histoire de Petiot est surtout pour Christian de Chalonge l’occasion de faire un portrait fantasmé du Paris sous l’occupation, peint comme un territoire de film fantastique, dont le tueur serait le joyeux vampire. Ce Paris en guerre est surtout marqué par le déraisonnable et par une sorte de débordement, comme un univers trop-plein, à l’image de l’emploi du temps saturé de Petiot (qui n’a pas une minute à lui), ou encore de l’argent sans fin qu’il amasse. C’est un univers carnavalesque et foutraque où tout s’est mélangé en une valse bouffonne, à commencer par les valeurs1 – univers qui est, d’une manière détournée, un moyen de mettre en scène la nature profonde de la collaboration, cette cohabitation étrange et en déni entre quotidien et horreur (puisque les crimes de Petiot eux-mêmes, évidemment, renvoient à l’holocauste hors-champ, parallèle que la scène finale et son dernier plan ne manquent pas de souligner).

Les idées sont nombreuses et le talent manifeste – il y a notamment là un grand sens des décors, de la manière de les suggérer et de les faire parler par le simple fait d’un angle de caméra bien choisi, et de réinventer un tout nouveau Paris de par leur agencement. Mais on peut se demander si tout cela aboutit à autre chose qu’au touillage de cette vision torve du monde, un peu complaisante, qui fut souvent celle de la qualité française (et du cinéma populaire national par extension).

Ce qui sauve Docteur Petiot de cet écueil, c’est qu’au-delà des liens forcément stimulants que cette fantaisie entretient avec l’Histoire (sur laquelle fatalement elle discourt), il y a comme deux lignes de fuite qui empêchent à ce carnaval d’étouffer. La première, c’est la manière dont ce film qu’on peut qualifier de lourdingue (dans son dégorgement d’idées, dans ses effets) fait de sa charge baroque un élément à part entière de la fièvre et de la confusion qui secoue alors Paris : voyez Serrault, dont le maquillage est outrancier (de grandes cernes qui le peignent en fou, ou en “être de la nuit”), et qui se met lui-même à maquiller grossièrement ses candidats à la mort (maquillage qui coulera ensuite dans leur agonie, façon clown tragique), comme pour un processus de contamination – comme s’il voulait les faire entrer dans la farandole bouffonne du film, dans ce délire collectif et cette implosion morale qui frappe alors le pays.

La deuxième ligne de fuite, c’est la manière dont la joie de Petiot (sa joie de la manipulation, sa jubilation à l’œilleton…), qui fonctionne déjà comme une sorte d’autocritique inquiète que fait le film de son propre plaisir à transformer l’horreur en cirque, se retourne contre les collabos à l’heure de la dénazification, jetant un regard brutal et inattendu sur le peuple français célébrant alors, un peu tard, quatre ans de résistance. Petiot, passant du collaborateur au résistant comme un charme, à l’image du pays et de sa population changeant de costume si facilement, adresse alors au public un curieux miroir, qui donne au film ce qui lui manquait de tranchant.

 
 

Notes

1 • Il y a là en fait, peut-être involontairement, une illustration de la manière dont les psychologues et historiens ont plus tard compris le cas Petiot : un tueur en puissance pour qui les litres de sang de la seconde guerre mondiale, ces morts officiels et ces tueries autorisées, ont soudain fait sauter le verrou social et civilisationnel.