Quelques spoilers.
Je suis allé voir All that Jazz comme j’irais pointer à ma corvée “Nouvel Hollywood” annuelle, retrouvant là beaucoup de talent, mais aussi tout ce que j’en redoutais. À savoir une tempête de déconstruction et de chaos (par un montage insistant qui redouble la surcharge Broadway, et qui préfigure d’ailleurs pas mal de films contemporains, Requiem for a dream le premier) ; une peinture désillusionnée de la société (musical blafard et enlaidi, réaliste, cyniquement fait de sexe et de fric), et de la signification savante partout (discours du comique surutilisé, dialogue malin avec la mort pour faire fil rouge). Néanmoins, ce film est progressivement parvenu à me cueillir, en ce qu’il fait poindre une beauté ambiguë de cet enfer, et (plus fort encore) sans qu’elle ne s’oppose à cet enfer : c’est la beauté du surmenage d’abord (qui témoigne d’une passion sincère pour ce travail, d’une exigence pour son art), mais aussi celle des danses qui en résultent, en une double chorégraphie au centre du film (la professionnelle et la familiale, la sexuelle et l’amoureuse), comme on ferait fleurir d’étranges fleurs exotiques d’un grand tas de fumier. Ce mélange est assez saisissant, et il est dommage que le film ne reste pas sur ce sentier, se repliant peu à peu sur son personnage pénible et ses tracas intimes, alors que celui-ci n’est intéressant que pour ce qu’il dit du milieu qu’il symbolise. Les numéros musicaux s’enchaînent alors plus docilement, de moins en moins pertinents vis-à-vis du reste du film (jusqu’à un dernier, “Bye Life”, qui paraît franchement plat). Tout cela ne manque pas de génie, mais comme toujours concernant le cinéma US de cette période, là n’est ni la question ni l’enjeu – là n’est pas ce qui limite les films.
Que le spectacle commence en VF.







