Spoilers.
Prisoners est le premier film américain de Villeneuve qui ne me semble pas opter pour la pseudo-personnalité de ce style frigide et glacé qui caractérise aujourd’hui sa carrière. C’est plutôt la rigueur et la solidité du cinéaste canadien qui prédominent ici, notamment celles de sa direction d’acteurs (grande surprise de découvrir Hugh Jackman livrer une prestation viriliste-angoissée passionnante, face auquel Gyllenhaal paraît presque falot). Patient, très efficace à tenir son spectateur, le film prend le temps de déployer une épaisseur humaine qui manque habituellement au cinéma de Villeneuve, permettant de pardonner tous les sauts de foi que demande ce scénario bourré d’invraisemblances (et qu’excusent en partie la très courte durée de l’enquête, tout comme le ludisme du jeu de pistes). Au final, Villeneuve signe tout simplement ici son meilleur film, sublimé par la discrète et toujours géniale photo de Roger Deakins – la course de voiture pour la survie de l’enfant à travers la nuit, comme si tout le film se réveillait halluciné, soudain démuni et paniqué face à l’espoir qui renaît, s’impose comme le sommet de sa filmographie.
