Patrick Dewaere, mon héros Alexandre Moix / 2022

L’actrice Lola Dewaere raconte l’itinéraire personnel et intime de son père Patrick Dewaere, depuis ses origines avant même sa naissance, jusqu’à son suicide, le 16 juillet 1982…

 

Ce documentaire, d’essence clairement télévisuelle (c’est presque un reportage), se présente comme une promenade douloureuse dans la vie d’un acteur transpirant la souffrance. Le film ne prend malheureusement aucune pincette, que ce soit dans ses effets (utilisation de la musique à des fins d’ultra-efficacité dramatique), ou encore dans son éthique très relative (charger les femmes ayant commis l’affront de quitter Dewaere, ainsi que leurs amants, d’être plus ou moins responsables de sa mort, noircir la réputation de certaines personnes sans offrir de contradiction…). L’impudeur de l’ensemble (le film est une plainte directe de la fille de Dewaere, abandonnée trop tôt) fait à la fois la force du doc et son côté limite.

 

Free Guy Shawn Levy / 2021

Un employé de banque, découvrant un jour qu’il n’est en fait qu’un personnage d’arrière-plan dans un jeu vidéo en ligne, décide de devenir le héros de sa propre histoire, quitte à la réécrire…

Légers spoilers.
 

Déception pour ce film qui avait pourtant bénéficié d’un relatif bon accueil à sa sortie. Free Guy a pour lui l’exploration correcte d’un concept amusant (à quoi ressemble un jeu vidéo du point de vue de ses PNJ), mais rate à peu près tout le reste. Sa peinture satirique du monde niais et sans tâche de son personnage virtuel n’a que peu d’intérêt, tant le monde réel qui lui est opposé (très méchant patron et gentils geeks) semble lui aussi sortir d’un cartoon. Toutes les implications tierces (la violence dans les jeux vidéo, les échanges émotionnels possibles entre I.A. et humains, la révolte d’un monde contre son Dieu en parallèle de celle d’une boîte contre son patron) sont laissées totalement en friche. Et les pauvres quelques références méta (sabre laser et cie.) sont très visiblement intéressées… Reste un film pas trop mal foutu avec quelques gags bien trouvés, mais qui échoue à explorer les potentialités de son script, aboutissant à un produit aussi lisse que le monde qu’il voulait satiriser.

 

355 Simon Kinberg / 2022

Une arme technologique capable de prendre le contrôle de réseaux informatiques tombe entre de mauvaises mains…

 

355, histoire d’espionnes internationales devant collaborer, est un film d’action ne manquant ni de configurations intéressantes, ni d’images ludiques (Chastain en robe à fleurs primesautière dans le métro cradingue avec flingue à la main), mais celles-ci sont malheureusement souvent gâchées par une mise en scène de l’action trop épileptique. Le principal argument du film, c’est évidemment son pitch féminin, qui détonne dans le genre du film d’espionnage ; mais ce postulat est tellement alourdi de déclarations “féministes” ; à la subtilité pachyderme qu’il ne reste de ce pitch, et de ses femmes, que le versant ludique et imagier, ce qui n’étant sans doute pas le but recherché…

 

The 355 en VO.

Tendre Bonheur Bruce Beresford / 1983

Un ancien chanteur country devenu alcoolique se lie d’amitié pour une femme et son fils…

Légers spoilers.
 

C’est un film modeste et sobre, qui cueille son spectateur comme une fleur. D’un sujet peu ragoûtant, et éculé par tant de biopics (la rédemption d’un artiste après son auto-sabotage, via la violence de couple et diverses addictions), Beresford et Duvall tirent une fiction assez inhabituelle, uniquement consacrée à l’après et la dernière phase, c’est-à-dire à la reconstruction sur les ruines. Là où le film est gagnant, c’est qu’il ne fait preuve d’aucune fascination refoulée pour cette "vie d’avant", qu’on pourrait craindre voir s’inviter dans le film, comme l’ancien pote malfrat perturbateur le fait dans les films noirs. Le récit consiste plutôt en la reconstruction patiente et tâtonnante d’une vie de famille stable, le spectateur attendant constamment un revers ou un retour de bâton qui ne vient pas – et quand il arrive finalement, le personnage s’est assez reconstruit pour pouvoir le gérer, dans la mesure du possible. La tranquillité du film, tout à son rythme country et à son ton d’americana, se fait au prix d’un certain nombre d’ambiguïtés (la religion par exemple, sur laquelle il manque un point de vue très net…), mais l’ensemble en vaut la chandelle.

 

Tender Mercies en VO.

A Man called Adam Leo Penn / 1966

Un trompettiste de jazz tourmenté tente d’effectuer son comeback, tandis qu’autour de lui s’amoncellent les nuages d’un passé tragique et des violences qui accompagnent la lutte pour les droits civiques…

 

Cette histoire de trompettiste tourmenté n’avait rien pour me plaire : un film américain vaguement moderne des années 60 + un scénario construit autour d’un connard autodestructeur + du jazz et la célébration de son univers : sortez la kryptonite. Mes réticences personnelles ont fait que j’ai pris plus de temps à me battre contre le film qu’à le regarder pour ce qu’il a à proposer… Au-delà du très bon jeu de Sammy Davies Jr., j’imagine que ce qui fait ici le prix du film, son originalité, c’est que le mal-être du héros ne semble non pas tant venir d’un problème personnel (cet accident de voiture qu’on nous rabâche), mais plutôt du malaise social lié à la situation ségrégationnelle des USA d’alors (le héros est noir). Face à Louis Amstrong qui figure une sorte de lien apaisé à l’Amérique, le jeune héros semble inconsciemment sentir que non, tout ne va pas bien, que la situation est toujours intolérable, et c’est d’abord cela que son alcoolisme, et ses crises de colères ou de panique, semblent signaler.

 

Ténor Claude Zidi Jr. / 2022

Antoine, jeune banlieusard parisien, suit des études de comptabilité sans grande conviction, partageant son temps entre les battles de rap et son job de livreur de sushis. Lors d’une course à l’Opéra Garnier, sa route croise celle de Mme Loyseau, professeur de chant qui détecte chez lui un talent brut…

 

Avec Hanouna à la production et un dénommé "Claude Zidi junior" à la réalisation, Ténor donnait de légitimes raisons d’avoir peur. Le film est à la fois atrocement générique (pas un rebondissement ou personnage qui ne soit pas prévisible), et en même temps curieusement bien troussé pour une comédie française standard, avec même quelques pics (un plan séquence plutôt ingénieux et utile, en milieu de film, un raccourci visuel ingénieux sur la partition finale…), et des acteurs sympathiques. À travers cette vision des rapports entre Paris et sa banlieue, vision déshystérisée mais du coup aussi un peu bisounours, on peut malgré tout s’interroger sur le fait que le cinéma français adore faire dialoguer son ultra-bourgeoisie (celle qui produit ces comédies) et le prolétariat racisé des banlieues, comme ignorant tout le pays qui existe au milieu.

 

Champagne ! Nicolas Vanier / 2022

Une bande de cinquantenaires se retrouve en Champagne pour l’enterrement de vie de garçon du dernier célibataire de la bande. Mais la future épouse, arrivée à l’improviste, ne semble pas faire l’unanimité…

 

Un énième avatar de ces comédies françaises bourgeoises-qui-s’ignorent, où des quadra et quinquagénaires friqués se retrouvent ensemble dans une grande maison de vacances, se déchirent sur des histoires d’amitiés et de tromperies, avant de se réconcilier autour de valeurs vagues. Un véritable sous-genre de la comédie nationale (que même le passif singulier de Nicolas Vanier, pourtant habitué aux films d’animaux, ne renouvelle pas ici d’un gramme). Comme d’hab, un parterre de célébrités viennent pointer, entre les désormais habitués du genre (Demaison, De Groot…), et les comédiens autrefois promesse de leur génération (Testud, Elmosnino…) qui ont enterré leur carrière dans ce genre de productions anonymes.

 

Les Folies fermières Jean-Pierre Améris / 2021

David, jeune paysan du Cantal, veut monter un cabaret dans sa ferme pour sauver son exploitation de la faillite…

Quelques spoilers.
 

Les folies fermières est un film modeste (y compris dans ses moyens et dans sa mise en scène parfois à la limite de la captation, ou jusque que dans son final précipité au spectacle peu convaincant). L’ensemble se révèle peu enclin à voir grand ou à bousculer la moindre convention, mais reste correctement incarné, humble et pas détestable, ce qui n’est déjà pas si mal. Alban Ivanov, qui ne se contente pas de capitaliser sur son savoir-faire comique, est une bonne surprise.