Légers spoilers.
Pour moi qui ai beaucoup de mal avec la période, et avec la comédie italienne en particulier, c’est une vraie surprise – tant le genre semble ici à son crépuscule, adouci d’une compassion fatiguée, pare progressivement son humour de discrets accents tragiques. Le film qui en résulte est un portrait tendre et féroce de la déliquescence de la gauche face à la modernité, à travers ses trois destins-types (trahir, subir, ou se réfugier dans la position confortable de l’intellectuel). La manière sauvage et “crayonnée” typique du cinéma italien populaire d’alors peut pourtant donner, en surface, l’impression d’un film faisant simplement des tentatives comiques tous azimuts (à la manière d’un feu d’artifice faisant feu de tout bois). Mais cette explosion dissimule une science humoristique dense et rigoureuse, profondément cinématographique, d’ailleurs souvent visuelle (malgré ce que le flot de dialogues pourrait laisser penser). C’est plus généralement une virtuosité narrative qui caractérise le film, par ces échanges constants entre les évènements et leur propre narration (souvent au sein du même plan), dans une fluidité presque musicale, faite de passages de relais, d’ellipses et de coupes brusques, de jeux de rimes ou d’échos – comme du jazz. Slalomant entre les registres, passant en une scène de l’humour réaliste (un personnage se perdant dans ses palabres) à un humour cartoon (l’oxygène à l’hôpital, le défilé des voitures), alternant le tableau politique sérieux à l’onirique pur et simple, le film est épatant. Tout juste l’ensemble a un peu vieilli dans sa peinture du personnages féminin (ses hilarités en gros plans post-synchronisés qui en font un simple perso à faire rire), rare trace de la vulgarité attestant des quelques travers du cinéma populaire de l’époque.
C’eravamo tanto amati en VO.
