Les amoureux a beau être d’une maîtrise impressionnante pour un premier long, et déborder d’idées en tous sens, j’ai eu bien du mal à y accrocher. Mon peu de goût pour les cérébrales années 60, dont ce film semble être l’exemple type, n’aide sans doute pas des masses (Bergman est d’ailleurs ici partout, par ses comédiens et comédiennes, par le style froid aussi, ou encore par l’influence visible de Sourires d’une nuit d’été). Mais il y a des raisons plus concrètes à ma déception. La première en est la confusion : l’ambition de Mai Zetterling la perd, rajoutant à la multiplicité des personnages celle des temporalités, ce qui n’aide pas toujours à bien saisir les enjeux de cette histoire (l’idée de parler de la condition féminine via le prisme de trois classes sociales traverse le film sans vraiment y opérer en profondeur). Par ailleurs, si quelques scènes parviennent à saisir les enjeux féministes avec brio (celle de l’enfant sous la table, notamment), ceux-ci sont souvent le fait de dialogues explicites surlignant le propos sans grande richesse, en simplifiant la plupart des personnages masculins à des types ou des fonctions pour asseoir la démonstration, ce qui retire du panache aux envies de révoltes des femmes qui leur font face. Certes, dans le cadre des années 60, la frontalité politique de ce tableau, teinté de colère, se parait d’une valeur autrement plus saillante, au diapason d’affichages particulièrement crus (sexualité, enfantement) : le film n’entend pas prendre des pincettes ou de fausses pudeurs avec son spectateur, et cette froideur implacable lui confère une certaine singularité. Mais cette force a aujourd’hui un peu fané, et le film ne laisse plus voir que ses côtés plus normés. Je retiens au final surtout le personnage de la bonne, à l’optimisme étrangement subversif.
Älskande par en VO.
