La Femme du boulanger Marcel Pagnol / 1938

Quand le boulanger du village refuse de faire du pain parce que sa femme volage est partie avec un beau berger…

Légers spoilers.
 

La Femme du boulanger est mon premier contact (tardif, mais ravi) avec le cinéma de Marcel Pagnol. Ce film tragi-comique aux dialogues omniprésents se révèle d’une étonnante puissance, avec sa symphonie d’intérêts croisés (le ventre qui parle et qui mobilise tout un village), sa mort qui rôde au sous-sol, et ses appétits sexuels dont on rit. La parole est reine, mais sa mise en scène est solide : ce village très Troisième République (l’aristocrate, le curé, l’instituteur, comme des personnages d’Olympe régissant tout) semble faire monde en lui-même, à la façon d’une scène de théâtre antique, jusqu’à ce berger de mythologie qui disparaît du film en nageant au loin. La misogynie contrariée du film (femme “mauvaise” dont l’intériorité restera un mystère, et qui devient la possession de tout un village) crée une guirlande de ressentis ambigus qui explosent dans la tendre violence de la scène finale, habitant le récit d’une tension qui lui donne toute sa vitalité. Bref, passées quelques longueurs dans les passages où la parole prend trop ses aises (notamment durant la longue cuite de Raimu), c’est absolument remarquable.

 

Réactions sur “La Femme du boulanger Marcel Pagnol / 1938

  1. Salut Tom,

    La femme du boulanger fut un de mes films préférés, il y a vingt ans, mais la dernière fois que je l’ai vu, je n’y ai pas vu grand-chose de plus qu’un fatigant numéro de Raimu prétexté par une dramaturgie d’un désolant simplisme (oui, de toute évidence, c’est un film “misogyne”).
    Pourtant, la substance mythologique que tu décèles est bien partie intégrante du cinéma de ce prof de lettres nourri de classicisme méditerranéen. Elle est éclatante dans son chef d’oeuvre absolu, qu’il te faut désormais voir: le diptyque Manon des sources/Ugolin.

    En revanche, je continue de mettre très haut La fille du puisatier où l’impact du sexe sur la bonne marche sociale est montré avec une frontalité et une acuité qui renvoient le cinéma de Fassbinder à son inutilité foncière.

  2. Hello !

    Je me suis pas mal demandé, avec le recul, si “La Femme du boulanger” ne m’était pas resté aussi haut en estime à cause de sa tirade finale, dont la violence m’a totalement surpris. Mais je crois bien avoir été enthousiasmé tout du long, donc bon… Cela dit, je te concède que ça fait partie des films que j’ai un peu peur de revoir dans le détail, et pour lesquels je préfère rester sur le souvenir enthousiaste de la séance.

    Je note pour “Manon des Sources” / “Ugolin”. Moi on m’avait vivement conseillé “Regain”, tu confirmes ? Je traîne un peu les pieds du fait de mon allergie à Fernandel…

  3. Oui, Regain est magnifique, et Angèle encore plus. Jofroi, aussi. Tout ça, d’après Giono, est très “mythologique”.
    Fernandel n’a jamais été aussi bon que chez Pagnol.
    Dans une toute autre veine, il y a Merlusse. Et Marius, quoique non réalisé par lui, est à voir évidemment, c’est un des classiques français qui ont le moins vieilli, qui passait régulièrement en première partie de soirée à la télé pas plus tard que quand j’étais jeune.

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