Kompromat Jérôme Salle / 2022

Russie, 2017. Mathieu Roussel est arrêté et incarcéré. Expatrié français, il est victime d’un “kompromat”, de faux documents compromettants utilisés par les services secrets russes pour nuire à un ennemi de l’Etat…

Quelques spoilers.
 

Kompromat est un film embarrassant. Ce n’est pas tant par son exécution, somme toutes passable (même Lellouche, en dehors de ses traditionnels coups de gueules sanguins, livre ici une partition plutôt sobre et mesurée), mais pour son principe même. Nul doute que tout ce qui est décrit ici (faux dossiers, corruption généralisée, justice fantoche, prisons atroces…) existe à des degrés divers en Russie. Mais il est impossible de regarder ce film sans se demander quel sens cela a eu, pour des français, d’aller faire un film sur combien “la Russie c’est horrible” : l’enfer là-bas, ça ne peut être, rhétoriquement, qu’une manière de chanter combien c’est mieux ici (il suffit de voir le ciel littéralement s’éclaircir à la frontière européenne). Comment le projet, alors, peut-il sonner autrement que comme une entreprise de propagande, fut-elle involontaire ? Il suffit d’un exemple : le calvaire dont souffre le héros en prison dès que ses collègues de cellule apprennent qu’il est incarcéré pour pédophilie. Comme si cela, cette chasse vomitive aux “pointeurs”, n’était pas une spécialité toute aussi réelle des prisons françaises, dans lesquelles on promet au héros une détention plus confortable… Bref, le film se place constamment dans ce genre de position intenable, même si Jérôme Salle essaie de donner le change, en sauvant un maximum de personnages russes du tableau noir qu’il dresse du pays (eux aussi subissent, semble nous dire le film), ou encore en peignant une diplomatie française à la froide logique reptilienne (Louis-Do de Lencquesaing n’est pas casté pour rien). Mais ce n’est pas assez pour gommer l’absurdité du projet : quelle logique à un film tout entier conçu pour condamner un pays qui n’est pas le nôtre ? Les cinéastes russes, avec courage, s’occupent déjà de peindre l’oppression de leur régime inqualifiable, et pour d’autres raisons que de divertir le grand public français.

 

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