Knit’s Island Ekiem Barbier, Guilhem Causse, Quentin L’helgoualc’h / 2023

Quelque part sur internet existe un espace de 250 km² dans lequel des individus se regroupent en communauté pour simuler une fiction survivaliste. Sous les traits d’avatars, une équipe de tournage pénètre ce lieu et entre en contact avec des joueurs…

Quelques spoilers.
 

Knit’s Island, superbe projet sur le papier (l’exploration d’un univers en ligne, à la rencontre de ses joueurs au sein même du jeu), se révèle un film assez inégal. Ses réalisateurs ne savent pas toujours comment remplir le vide, notamment dans la première moitié cumulant les entretiens mal gérés, un peu gênés, qui ont du mal à tirer quoi que ce soit des interactions. Le film est par contre très fort là où on ne l’attend pas : dans la mise en scène et dans le travail de cadrage, qui possèdent assez de puissance contemplative et immersive pour constamment laisser le spectateur dans une sorte d’entre-deux, à la fois immergé dans l’univers post-apo au premier degré, et regardant ce monde de synthèse comme un objet à interroger. Le meilleur du Knit’s Island se tient sur cette crête, dans ces moments où l’on ne sait pas si les déclarations ou actions des personnes relèvent ce qu’elles sont dans la vraie vie (sadiques, fanatiques), si l’on est en train d’écouter l’histoire d’un personnage ou d’un joueur, ou un curieux mélange des deux. Le film sait parfaitement tenir cette ambiguïté, qui resplendit lors d’une magnifique scène d’expédition aux confins du monde, qui relève autant d’une véritable quête (avec ses morts) que d’un flirt avec les limites du jeu – avec ses frontières techniques comme avec sa raison d’être. Il émane alors du film, pour quelques minutes, un vertige existentiel assez saisissant. Plus généralement, c’est la douceur du documentaire qui finit par faire son identité, dans ce monde post-apo de meurtres et de raids : la timidité douce de ces voix maniant l’anglais à coups de divers accents, les confidences au coin de l’oreiller, l’errance flirtant avec une sorte de relaxation aux parfums d’insomnie.

 

Knit’s Island, L’Île sans fin pour le titre complet.