Spoilers.
On sait que les combats justes (ici le féminisme) ont toujours été le prétexte pour vendre comme de l’art des œuvres relevant du téléfilm, ou d’un académisme terminal. Mais on atteint désormais une étape supérieure : la célébration béate, presque religieuse, de la sororité comme supplantant toute autre forme d’inégalités, en arrive à filmer des horreurs. À savoir, ici, la beauté lyrique de la mondialisation, où toutes ces femmes, main dans la main, vont pouvoir s’entraider par-delà les frontières : une chaîne globalisée où une plus pauvre que pauvre, en Inde, va pouvoir sacrifier ses cheveux et ceux de sa gamine pour pouvoir offrir une perruque de luxe à une richissime avocate Canadienne… Le tout chanté comme un miracle égalitaire sur du Ludovico Einaudi, plans de bateaux containers inclus, comme dans le pire film d’entreprise – sans se rendre bien compte, semble-t-il, de ce qu’implique ce qu’on est en train de montrer. L’indécence a des limites : non, la domination sociale subie par une intouchable en Inde n’est pas celle d’une haute-bourgeoise affrontant sa chimio ; non, les femmes ne sont pas que des vagins se tenant par la main, réduites à leur courage féminin. Le film n’est pas mal joué (et se suit sans efforts, le saut d’un pays à l’autre permettant de maintenir l’attention), même si sa mise en scène absente ouvre la voie à un redoutable didactisme, ou à des conventions ridicules (le Sikh italien, qui ressemble à un fantasme niais sorti d’un roman Harlequin). Mais le projet ne peut se relever de sa vulgarité profonde, et de son tropisme « we are the world » semblant ignorer les inégalités sociales et géopolitiques outrées de la sororité qu’il met en scène.
