Tampopo Jūzō Itami / 1985

Tampopo, restauratrice japonaise, tente de trouver la recette de la soupe de nouilles ultime, aidée par un mystérieux routier…

Légers spoilers.
 

C’est une période charnière, et décidemment passionnante, que le cinéma japonais des années 80 : il s’y mêle les derniers restes crus du ciné d’exploitation à l’heure de l’écroulement des studios, les premières manifestations d’un cinéma d’auteur “raffiné” encore en gestation… Enfant OVNI typique de cette période, Tampopo a le caractère très divertissant d’un film à tiroirs (milles histoires et genres en un film, sorties de routes constantes explorant toutes les déclinaisons – joueuses, maniaques, sociales, érotiques – de la bouffe) ; mais cette curiosité fureteuse fait qu’il se retrouve souvent titillé d’extrêmes (macabres, névrotiques, sexués : des saillies crues, quoiqu’il arrive) qui mettent mal à l’aise le projet de joyeux film familial et bon enfant sur la cuisine nationale. Il y a un côté grossier et indigeste dans cette absence d’identité stable qui fait à la fois toute l’originalité du film, et qui en même temps trahit régulièrement le manque d’un ton, d’une vision, d’un regard qui unifierait et préciserait un peu le film et son concept (en l’état, il est ouvert à tous les vents de la culture d’alors – en témoigne par exemple la place plus que discutable des femmes dans ce film, où la docile Tampopo a besoin de cinq super-héros pour s’accoucher cuisinière). Bref, le plat est plus bizarre et généreux qu’il n’a un goût exquis, mais il se présente sans conteste, par son côté bigarré et son défilé de sensations inédites (quoique pas toujours ragoutantes), comme l’un des films les plus passionnants de la période.

 

Tanpopo en VO.