Feu Follet João Pedro Rodrigues / 2022

Sur son lit de mort, Alfredo, roi sans couronne, est ramené à de lointains souvenirs de jeunesse et à l’époque où il rêvait de devenir pompier…

Quelques spoilers.
 

Le mot “fantaisie”, quand il vient s’apposer au cinéma d’auteur, équivaut à un trigger warning. On sait d’emblée qu’il est autant un programme qu’une sorte d’excuse – un film est “fantaisiste” faute d’être réellement drôle, “fantaisiste” faute d’être réellement consistant ou rigoureux, “fantaisiste” faute d’être réellement fort. Et vous le sentez déjà venir, le film d’auteur porno-arty qui se résume à un concept ou un collage (ici : pompiers, fantasmes gay et comédie musicale), aux chorégraphies mollement mises en scène et aux musiques un peu moches, le tout mâtiné de petites diatribes “politiques” supposément audacieuses (montrer la famille royale dire des trucs racistes et anti-républicains – youhou…). Le tableau que j’en fais ici semble dessiner les contours d’un film extrêmement irritant, mais il n’est pas déplaisant en soi : il a le bon goût d’être court (presque trop en fait – le séjour en caserne et son histoire d’amour, censés être le cœur du drame, se résument à quelques scènes à peine…), ce qui le protège d’un autre écueil, celui de diluer ses inventions dans un océan de vide et d’ennui. Feu follet au contraire est plutôt dense, et on s’amuse donc vaguement des trouvailles, on prend la friandise Wes Anderson érotique pour l’objet raisonnablement divertissant qu’il est, tout en imaginant tout ce que le film aurait pu faire s’il avait un peu plus honnêtement investi cette histoire d’amour et sa tension post-coloniale (assez effleurée passée une scène de dialogue en camion), ce qui lui aurait par là-même peut-être évité d’en reproduire les réflexes (on ne pourra s’empêcher de remarquer que l’acteur noir, maté comme une gravure de magazine, est le seul des deux comédiens principaux à finir totalement à poil). Ce petit exercice de style distant et ironique, pas déplaisant mais limité, aura donc surtout réussi à tromper l’ennui des festivaliers cannois entre deux drames gris – raison, sans doute, du délire de la presse.

 

Fogo-fátuo en VO.