Une journée bien remplie Jean-Louis Trintignant / 1973

Un boulanger part tuer neuf personnes en compagnie de sa mère…

 

Une journée bien remplie, premier des deux films qu’a réalisés Jean-Louis Trintignant, est un objet un peu trop satisfait de son originalité. Si ce Kill Bill du terroir avant l’heure (le tueur est même boulanger !) est raisonnablement ludique, il ne parvient jamais à totalement opérer la greffe entre ses deux modèles – à savoir le cinéma de genre jouisseur, réduit à l’os de son concept (héritage dont Trintignant n’a pas la sauvagerie, ni la force du propos), et les traces plus ostensibles d’un cinéma d’auteur aux formes appuyées (scènes silencieuses, bifurcations méta, musique classique, montage en allers-retours), dont il n’a pas la rigueur. Il faut voir par exemple cette ballade à moto qui dure toute une scène, le temps de mener la musique au bout, et qui n’a déjà plus rien à dire au bout de trois plans… Reste, si on veut prendre le film sous l’angle de la comédie populaire (ce qu’il aspire aussi à être), un projet au moins un peu ambitieux. Mais la méchanceté de la comédie italienne qu’il singe ici est bien loin : réduite à une pure abstraction, la vengeance est vide.