Légers spoilers.
Qu’est-ce qui fait que ce second long-métrage de Mandico est bien mieux passé, pour moi, que son premier film pourtant davantage célébré ? Peut-être est-ce simplement que j’y ressens moins de prétentions subversives : sans rien perdre du foisonnement visuel de son cinéma, Conann m’a semblé plus romantique et cohérent, laissant une plus grande place à la mise en scène (et donc à l’énonciation, à la narration), le découpage dialoguant à égalité avec le baroque interne aux plans. Le film se suit avec grand plaisir, de par la générosité et la cohérence de son imaginaire ; difficile néanmoins de ne pas ressentir sur le long une certaine impression de creux, quand bien même un propos sur l’Histoire du XXe siècle vient sur le tard étendre la portée du film (venant jeter, à rebours, l’image d’une préhistoire du capitalisme sur les temps barbares précédemment mis en scène). Si les images parlent fort, les dialogues aussi, et souvent trop explicitement (l’image de diamants trouvés à même le cannibalisme corrupteur a ainsi besoin de quarante répliques nous expliquant ce qu’on doit y voir). C’est que chez Mandico, tout fait référent et prétexte au bricolage, les moments d’émotion ou de lyrisme sont eux-mêmes synthétisés, ingrédients comme d’autres du grand patchwork audiovisuel qui constitue la finalité du geste. Difficile alors de réellement se soucier de Conann et de son histoire (seul le personnage du Démon qui lui fait face, excellemment campé par Elina Löwensohn, nous permet de nous raccrocher au récit) : le film marque bien plus par ses quelques images fortes que par une quelconque aventure émotionnelle – l’incapacité du projet à se trouver une fin (le générique arrive sans prévenir) en étant un signe assez flagrant.

