Notes sur les films vus #21

Le Lac aux oies sauvages • Diao Yinan (2019)
Contagion • Steven Soderbergh (2011)
À propos d’Elly • Asghar Farhadi (2009)
Donnybrook • Tim Sutton (2020)

Point Break • Kathryn Bigelow (1991)
Glass • M. Night Shyamalan (2019)
La Coquille et le Clergyman • Germaine Dulac (1928)
La Reine des neiges II • Jennifer Lee & Chris Buck (Studios Disney) (2019)

Notes sur les films vus #21

Le Lac aux oies sauvages • Diao Yinan (2019)
Contagion • Steven Soderbergh (2011)
À propos d’Elly • Asghar Farhadi (2009)
Donnybrook • Tim Sutton (2020)
Point Break • Kathryn Bigelow (1991)
Glass • M. Night Shyamalan (2019)
La Coquille et le Clergyman • Germaine Dulac (1928)

La Reine des neiges II • Jennifer Lee & Chris Buck (Studios Disney) (2019)

Notes sur les films vus #20

Mirch Masala • Ketan Mehta (1987)
Scott Pilgrim • Edgar Wright (2010)

Toy Story 4 • Josh Cooley (Studios Pixar) (2019)
Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant • Peter Greenaway (1989)
Bacurau • Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles (2019)
Ma vie avec John F. Donovan • Xavier Dolan (2018)
Guilty of romance • Sion Sono (2011)
X-Men : Dark Phoenix • Simon Kinberg (2019)

Notes sur les films vus #20

Mirch Masala • Ketan Mehta (1987)
Scott Pilgrim • Edgar Wright (2010)
Toy Story 4 • Josh Cooley (Studios Pixar) (2019)
Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant • Peter Greenaway (1989)
Bacurau • Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles (2019)
Ma vie avec John F. Donovan • Xavier Dolan (2018)
Guilty of romance • Sion Sono (2011)

X-Men : Dark Phoenix • Simon Kinberg (2019)

Les Filles du docteur March Greta Gerwig / 2020

Dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860, un père part pour la Guerre de Sécession, laissant ses quatre filles et sa femme derrière lui. Elles vont faire la connaissance du jeune Laurie…

Quelques spoilers.
 

En seulement deux films, Gerwig a atteint un niveau d’aisance et de maîtrise remarquable. Et il y a quelque chose de très touchant à voir la cinéaste, loin du parcours indé tout tracé qui semblait devoir être le sien, prendre le relais d’un film de noël populaire des années 90, d’ailleurs déjà réalisé par une femme (Gillian Amstrong), et qui réunissait lui aussi toute une nouvelle génération d’actrices (Claire Danes, Winona Ryder, Kirsten Dunst, sous le patronage de Susan Sarandon).

Accompagnée ici des nouvelles pousses de la dernière décennie (Emma Watson, Saoirse Ronan, Florence Pugh, cette fois sous le regard bienveillant de Laura Dern), Greta Gerwig reprend le roman dans l’idée de le déconstruire narrativement. On pourrait croire à un pas de côté maniériste, qui se sentirait obligé de détraquer le matériau d’origine pour se sentir légitime à l’adapter une fois de plus. Il n’en est rien : rien n’est au contraire plus prégnant ici que l’envie communicative de recréer le cocon familial, le jeu des flashbacks (et les contrastes qui en résultent) soulignant le souvenir chéri d’un foyer d’enfance débordant de chaleur, qui attire irrésistiblement le jeune voisin cloîtré dans sa demeure trop froide.

C’est donc une véritable capsule temporelle directement issue du néoclassicisme 90’ (filmage pellicule compris) que Gerwig nous offre en bouche, simplement rehaussée de cette douceur lunaire, tranquille et modeste, qui faisait déjà la patte de son premier long. Quant aux allers-retours temporels, s’ils diminuent certes la portée de certains passages iconiques qui demanderaient plus de temps (les pages brûlées, les cheveux coupés), ils créent de nouvelles rencontres et confrontations, substituant au ressenti mélancolique du temps qui passe un désir énergique et vivant de retour au foyer, une persistance intacte des désirs amoureux, ou l’impression d’une sororité seulement temporairement fragmentée, qui n’attend qu’un déclic pour se réunir à nouveau et au plus vite.

Le film n’est pas “génial”, et on peut dénombrer plusieurs facilités : le charme fou et déjà institutionnalisé de Chalamet, exploité ici tel quel, sans être un tant soi peu réinterprété ; les scènes d’enfance aux dialogues ininterrompus à quatre, cherchant un peu trop visiblement et artificiellement des effets de vivacité et de familiarité ; la relecture féministe du roman aussi, qui prend dans le dialogue la forme d’incises intéressantes mais trop visibles, trop peu subtiles ; ou encore cette musique paresseuse et terriblement académique de Desplat, qui livre ici l’un de ses plus mauvais scores. On pourra surtout regretter le petit pas de recul gêné du final (le refus du romantisme, l’esquive par la mise en abyme), comme inapte à totalement assumer le film de noël (ou à franchement oser, à l’inverse, le pas de côté), nous rendant difficile l’adhésion à une conclusion trop sucrée.

Mais tout cela n’est pas assez pour tempérer le charme du film. Il ne manque vraiment plus grand chose à Gerwig pour devenir une grande cinéaste – seulement un peu d’ampleur, encore un brin d’ambition et de risque surtout : la capacité, en fait, à ne plus se fondre avec cet évident plaisir dans un moule déjà existant (le produit typique Sundance pour son premier long, le film familial hollywoodien pour celui-ci), et à inventer ses propres formes. À moins que cette docilité joueuse face aux modèles, ce respect solaire pour un type de film qu’on a profondément aimé, et dont on souhaite retrouver la substance, ne constitue la marque secrète et innatendue de son cinéma en construction.

Little Women en VO.

Joker Todd Phillips / 2019

Gotham City, 1981. Arthur Fleck travaille dans une agence de clowns. Méprisé et incompris par ceux qui lui font face, il mène une morne vie en marge de la société, avec sa mère Penny. Un soir, il se fait agresser dans le métro par trois traders de Wayne Enterprise…

Légers spoilers.
 

Du film de Todd Phillips, je retiens d’abord l’impressionnante facture : ce monde seventies au réalisme déprimé croqué à coup de 6K et d’angles démesurés, ainsi que cette forme moins stylisée qu’a l’accoutumée, qui respire, et nous parle autrement que par surcharge iconique. C’est d’abord cette manière décalée de revisiter l’univers de Batman, cette manière de regarder la mythologie et ses codes de biais (personnage approché sous l’angle de l’intime et du social, nouvelles figuration de certains lieux emblématiques comme Arkham, famille Wayne vue depuis le côté de ceux qu’elle exploite, ou encore le jeune Bruce devenu personnage secondaire), qui rendent le film enthousiasmant.

Joker est un indéniable digesteur de son temps (incels et violence économique, désastre social et révolte qui gronde), et peut en cela se targuer d’être un film qui attaque de front les enjeux qui secouent le présent de son public. Néanmoins, le tableau assez saisissant qu’il fait de notre monde-Gotham, ou la façon dont le Joker y semble être le produit naturel et mystérieux de cette violence sociale, perdent progressivement de leur pouvoir de fascination au fur et à mesure que le personnage s’explique (par des raisons d’ailleurs plus psychologiques que sociales). Pour le dire autrement, le Joker passe du statut de phénomène inquiétant, comme l’expression de l’impensé (ou du refoulé) de la société qui l’abrite, à un personnage démontré, tant pour lui-même que pour les luttes qu’il cristallise : bien que se déclarant apolitique, le personnage clôt finalement son film par un discours certes idéologiquement confus, mais bourré d’intentions (à l’image du film lui-même, davantage occupé à collecter et étaler les signes politiques de l’époque, comme autant de preuves de sa sagacité à radiographier le présent, qu’à les articuler d’une manière politiquement intelligible).

Cette origin story dessine progressivement un personnage de moins en moins opaque, et un chaos de plus en plus rationnalisé. Joker, à l’exception de quelques scènes plus inspirées (celle, par exemple, de ce parterre de riches admirant un pauvre sur son écran de cinéma), se montre du coup bien moins dérangeant et saisissant que son évident modèle (The Dark Knight, qui lui lègue ses angoisses de déstabilisation sociale) – film dont il reste néanmoins, surtout au vu de la piètre qualité de la production hollywoodienne récente, un continuateur plus qu’honorable.

 
 

• Deux très bons textes pour compléter mon ressenti sur le film : celui d’Il a osé, qui s’interroge bien plus précisément que moi sur les implications politiques du film ; et celui de Matthieu Santelli, particulièrement bien vu sur ce qui sépare ce film de celui de Nolan, ou sur ce qui fait son aspect programmatique.
 

Notes sur les films vus #19

Went the Day Well? • Alberto Cavalcanti (1942)
Le Ballon blanc • Jafar Panahi (1995)
Vif-Argent • Stéphane Batut (2019)
La Déesse agenouillée • Mains criminelles • Roberto Gavaldón (1946-1951)

Chicken and Duck Talk • Clifton Ko (1988)
Be with me • Eric Khoo (2005)
De quelques évènements sans signification • Mostafa Derkaoui (1974)
Un nouveau jour sur Terre • Peter Webber, Lixin Fan, Richard Dale (2017)