Basketteuse n°5 Xie Jin / 1957

Tian Zhenhua, ancien champion de basket-ball, devient l’entraîneur de l’équipe féminine de Shanghai…

Quelques spoilers.
 

Basketteuse n°5 me confirme le talent de Xie Jin, dont ce n’est pourtant ici que le premier film. Son geste est déjà là, entier : à savoir partir de postulats simplissimes, voire bêtas (devoir de propagande oblige – il faut voir chaque antagoniste automatiquement affublé d’un cigare ou d’un vêtement de gangster yankee…), pour les formuler avec toute la sophistication du monde. Jouant des couleurs comme un Douglas Sirk (rouges latents qui crient sous le chromo, intensité sensible sous une infinie douceur), il aime comme son collègue américain amener à ébullition des émotions élémentaires, les distiller à leur expression la plus intense, la plus stridente, cherchant à exprimer toutes les nuances d’une grande simplicité dramatique (le cadre n’est jamais débordant de signes, les plans sont sans affèterie, tout est limpide et essentiel).

Malgré l’optimisme claironnant d’une Chine tournée vers l’avenir (ici le projet d’être une grande nation de sport, contre les humiliations historiques passées), c’est bien le mélodrame qui tient les leviers du film. Au point que le récit, pourtant entièrement centré sur une équipe de basket, réussit l’exploit incongru de ne presque jamais faire des matchs et de leur issue (gagner, perdre) le centre des enjeux, ou de l’intérêt du cinéaste. La tension passe plutôt par les tourments muets des personnages, leur passé douloureux ou leurs conflits internes, sans avoir besoin de réel antagoniste (la seule affaire de jalousie sportive sera finalement pardonnée) : la bande de basketteuses au contraire ressemble à une constante nuée rieuse, à la joie unie et implacable (pour ne pas dire flippante), que rien ne saurait inquiéter.

Bien sûr, on voit bien de quoi tout cela est au service, et le didactisme du propos (priorité de l’équipe sur l’individu, honneur de la représentation nationale) reste un indéniable plafond de verre artistique. La thématique sportive, néanmoins (et peut-être aussi le contexte plus permissif de la campagne des Cent fleurs, contemporaine du tournage) préserve le film d’être un pur programme de propagande – un danger dont les drames suivants de Xie Jin, au sujet plus directement politique, ne sauront pas aussi bien se relever. Contrairement à tant de films de la troisième génération qui avaient besoin d’aller explorer l’horrible passé capitaliste pour pouvoir dramatiser leurs récits (car quel conflit pourrait bien perdurer aux temps du bonheur communiste ?), Xie Jin a à peine besoin d’y reposer les pieds (l’affaire tout au plus de deux flashbacks). Il parvient à incarner les enjeux de son film dans le présent, dans des concepts aussi ineptes que la discipline d’équipe, le choix d’une formation universitaire ou dans la question du mépris pour le sport – autant de sujets qui parlent parce qu’ils font résonner les non-dits et humiliations passées des personnages, qui tout en restant à la périphérie du film (les retrouvailles des deux anciens amants n’auront par exemple que deux scènes) mettent constamment le drame présent en perspective.

Bref, avec ce film remarquable, Xie Jin confirme qu’il aura été l’un des seuls (sinon le seul ?) cinéaste à avoir su tirer un vrai cinéma des conditions artistiques impossibles de l’industrie sous Mao.

 

Nǚlán Wǔ Hào en VO.

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