Quelques spoilers.
On a beaucoup lu qu’Olivier Marchal, venant de la police, savait la décrire de manière authentique ; mais il semble, devant ce film, qu’il nous décrit surtout (et sans bien s’en rendre compte) la manière dont la police se voit elle-même. Dans ce film de camaraderie ultra-viriliste, où l’on ne peut compter ni sur la justice ni sur l’administration, et où tout se règle uniquement entre et pour les flics, Marchal montre avant tout un milieu soucieux de prendre la pose : dès les premières minutes mises en musique comme si c’était un final (le morceau en question, joué en boucle, ne quittera d’ailleurs plus le film), le cinéaste court après une sorte de gravitas sentencieuse sur l’univers maudit des flics solitaires, qui ne dialoguent qu’à coup de phrases choc dans un bain de lyrisme préfabriqué (il faut voir le sort réservé aux épouses, entre autres, ou encore la scène d’enterrement). 36 quai des orfèvres apparaît donc artificiel ; et pourtant il fonctionne à peu près, du fait d’un scénario pas inintéressant (rapports de manipulation et fatalité tragique au sein de la police), et d’un casting cinq étoiles (au point qu’Anne Consigny et Rochdy Zem en viennent à faire de la figuration), tous ces comédiens parvenant à redonner de l’épaisseur à des personnages archétypaux, et de la crédibilité à des dialogues improbables. Le tout se regarde, donc, mais un peu comme une catastrophe industrielle latente, techniquement assurée mais pas loin des prétentions du cinéma amateur, dont le parfum menace à chaque plan – un mélange assez rare qu’on peut, après tout, trouver rafraîchissant. À noter, sur ce dernier point, que j’ai été surpris de découvrir Marchal en interview se dire effondré de tous les effets du film (les ralentis notamment), imposés selon lui par un monteur (celui de Lelouch) que lui avait imposé la production.
