Notules # 13

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Herbes flottantes Yasujirō Ozu Japon 1959
Les Cents Cavaliers Vittorio Cottafavi Italie 1964
Le Jour où la terre s’arrêta Robert Wise USA 1951
L.A. Confidential Curtis Hanson USA 1997
Equus Sidney Lumet Royaume-Uni 1977
Vanity Fair (TV) Andrew Davies & Marc Munden Royaume-Uni 1998
Gouttes d’eau sur pierre brûlantes François Ozon France 2000
Bleeder Nicolas Winding Refn Danemark 1999
Le Grand méchant renard Benjamin Renner & Patrick Imbert France / Belgique 2017
Une vie violente Thierry de Peretti France 2017
Nothingwood Sonia Kronlund France 2017
À voix haute Stéphane De Freitas & Ladj Ly France 2017
Ce qui noue lie Cédric Klapisch France 2017
La Colle Alexandre Castagnetti France 2017
Nos patriotes Gabriel Le Bomin France 2017
Comment j’ai rencontré mon père Maxime Motte France 2017
Message from the King Fabrice Du Welz France / USA 2017
Overdrive Antonio Negret France / USA 2017
Baby Driver Edgar Wright Royaume-Uni / USA 2017
Captain Underpants David Soren (Dreamworks) USA 2017
Departure Andrew Steggall Royaume-Uni 2017
Rara Pepa San Martín Chili 2017
Berlin Syndrome Cate Shortland Australie 2017
The Hero Brett Haley USA 2017

Notes sur les films vus # 11

Your Name • Makoto Shinkai (2016)
Lettre de Sibérie • Chris Marker (1957)
Ram-Leela • Sanjay Leela Bhansali (2013)
La Dame de pique • Yakov Protazanov (1916)
La Dernière maison sur la gauche • Wes Craven (1972)
Close-Up • Abbas Kiarostami (1990)
La Reine des neiges • Chris Buck, Jennifer Lee (2013)

Notes sur les films vus # 11

Your Name • Makoto Shinkai (2016)
Lettre de Sibérie • Chris Marker (1957)

Ram-Leela • Sanjay Leela Bhansali (2013)
La Dame de pique • Yakov Protazanov (1916)
La Dernière maison sur la gauche • Wes Craven (1972)
Close-Up • Abbas Kiarostami (1990)
La Reine des neiges • Chris Buck, Jennifer Lee (2013)

Notules # 11

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Manchester by the sea Kenneth Lonergan USA 2016
Personal Shopper Olivier Assayas France 2016
Paterson Jim Jarmush USA 2016
Sully Clint Eastwood USA 2016
Juste la fin du monde Xavier Dolan Canada 2016
Kill your friends Owen Harris Royaume-Uni 2015
Kids in Love Chris Foggin Royaume-Uni 2016
Fata Morgana Werner Herzog Allemagne 1971
Southland Tales Richard Kelly USA 2006
Deux sœurs Kim Jee-Woon Corée du Sud 2003
Les Jours et les Nuits Henry Barakat Égypte 1955

Notules # 10

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Abbatoir 5 George Roy Hill USA 1972
La Porte du diable Antohny Mann USA 1950
Conan le barbare John Milius USA 1982
Histoire d’une femme Eugenio Perego Italie 1920
Deux étoiles dans la voie lactée Shi Dongshan Chine 1931
L’Histoire officielle Luis Puenzo Argentine 1985
D’une pierre deux coups Fejria Deliba France 2016
Frantz François Ozon France 2016
Clash Mohamed Diab Égypte 2016
Aquarius Kleber Mendonça Filho Brésil 2016
Instinct de survie Jaume Collet-Serra USA 2016
Miss Peregrine et les enfants particuliers Tim Burton USA 2016
Where to Invade Next Michael Moore USA 2016
L’Âge de glace 4 : La Dérive des continents Steve Martino et Mike Thurmeier (Blue Sky) USA 2012
Bastille Day James Watkins USA 2016
Mother’s day Gary Marshall USA 2016

Mademoiselle Park Chan-wook / 2016

Corée, années 30, pendant la colonisation japonaise. La jeune Sookee est engagée comme servante d’une riche japonaise, qui vit recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique.

Quelques spoilers.

Lorsque Park Chan-wook arrive dans la grande demeure aristocrate, il ne sait pas par quoi commencer : un vrai gosse dans un magasin de jouets, un ogre devant un buffet. L’imagerie érotico-victorienne qu’investit le film se traverse, de fait, comme un parc d’attractions : tout comme la servante, à peine arrivée, ouvre frénétiquement les tiroirs pour en dérouler les trésors, la caméra plonge dans les situations offertes sans la moindre patience (il faut voir la première scène au bain). Point de subtilité ici, malgré la virtuosité des revirements scénaristiques : c’est un film au plaisir sans pudeur, aussi gras qu’un loukoum.

Au milieu de cette orgie, un détail interroge : ce sont les scènes charnelles. Une contradiction bizarre se noue en effet parmi les draps, entre le récit affirmé d’une émancipation féminine (deux héroïnes se soustraient à l’étau des fantasmes masculins), et une camera qui profite de leurs ébats pour se rincer l’œil… L’érotisme n’est pas tant le problème ici que le regard, qui relève moins de l’identification que du spectacle.

Prenons la première scène de sexe : elle reprend, comme une imagerie de plus, un cliché supra-tarte de film érotique (l’éducation comme excuse aux ingénues pour passer à l’acte : « mais comment fait-on pour embrasser ? »). Le film semble alors jouir, en toute conscience, de la candeur débile du postulat, tout en y confrontant des images crues (gros plan toute langue dehors) qui viennent en pourrir l’innocence sucrée : notre gêne alors est de ne pas savoir s’il faut investir émotionnellement la scène (nous laisser aller à la candeur de la situation malgré tout), ou si l’on doit au contraire observer tout cela avec recul, scrutant les mésaventures formelles, à l’écran, d’un stéréotype phare du cinéma rose.

Le second passage au lit désigne immédiatement, par son scénario-même, l’artificialité de cette imagerie de jeunes ingénues. Mais au prétexte de rejouer la première nuit pour mieux la comprendre, la scène dure bien longtemps, elle s’étire, offrant ses ébats au bon loisir du spectateur masculin – le mettant exactement dans la même position que ces messieurs propres sur eux qui, dans le film, viennent écouter les histoires de fesses pour leur supposé amour des beaux livres : excuse hypocrite, deuxième malaise.

Le final, enfin, par le truchement rêveur d’un doux effet sonore, montre ses héroïnes subvertir les instruments du patriarcat pour leur propre jouissance. Mais cette scène les réduit aussi à deux figures bien inoffensives, stéréotypes désincarnés de jeunes filles lisses aux petits rires débiles, comme le porno en compte tant : leur étreinte observée de loin, en une jolie symétrie, résume leur libération à une belle estampe – les héroïnes n’ont fui et détruit les images de la bibliothèque que pour en devenir une elles-mêmes.

Ces circonvolutions du regard sont assez symptomatiques de l’aventure qu’est devenu, pour le cinéphile, le cinéma de Park Chan Wook : une filmo qu’on a d’abord crue bête et méchante, fière de ses effets grotesques, et qui dévoile peu à peu une semi-conscience de son petit manège, une lucidité rieuse de ses limites, continuant à aller joyeusement au front, nous emportant parfois à la force de son lyrisme. Cette métamorphose est bancale et passionnante : elle produit certes des accidents (ces trois scènes et quelques autres), mais elle se vit aussi comme un mélange de tons supplémentaire, redoublant l’étrange potion du style (drôle et oppressant, bouffon et délicat, sincère et ironique), comme on poserait un plat de plus au buffet d’un film décidément bien généreux. 

Ah-ga-ssi en VO.

Une page folle Teinosuke Kinugasa / 1926

Un vieux marin s’est fait engager dans un hôpital psychiatrique afin de faire évader sa femme, internée pour avoir noyé leur enfant.

 

Votre serviteur avait ses raisons de ne pas attendre grand-chose d’Une page folle, qu’on présente partout comme la filiale japonaise de l’expressionnisme allemand : voir les élites de chaque pays adopter la dernière mode des courants d’avant-garde (on vit le résultat pour les symphonies urbaines…) n’est pas une perspective follement enthousiasmante.

C’est finalement l’impression inverse qui frappe, celle d’un film qui aurait déjà tout vécu de l’aventure expressionniste : les tâtonnements revendicatifs du courant théorisé, son flirt avec le montage russe, son influence plus diffuse sur le genre classique, son devenir expérimental, sa discrète infusion du cinéma contemporain… Par les pièges qu’il évite, ce film semble avoir retenu toutes les leçons du siècle à venir.

Pour exemple l’asile, qui dans Le Cabinet du Dr. Caligari faisait fonction : il servait de justification au déchaînement plastique, de métaphore à l’Allemagne en déroute… C’est ici au contraire un lieu émotionnellement concerné, investi dès l’ouverture sur un mode très pur d’angoisses nocturnes (ombres, éclairs, désœuvrement) qui lui donne toute sa cohérence : la folie, tapie entre les murs contre la pluie dehors, se vit d’emblée comme un refuge. Cette logique d’évocation, dopée par un montage très libre, empêche que ce récit d’enfermement collectif adopte la froideur facile d’un vertige kafkaïen. Tout dialogue au contraire, sans se complaire dans le chaos : lorsqu’une jeune folle danse telle une furie derrière ses barreaux, la femme de la cellule à côté se tient allongée au sol, immobile et apathique. La démente, par ses gestes, image alors les tempêtes qui tonnent sous le visage de la patiente abattue ; et celle-ci, respirant à peine, dit le vide qui couve sous l’hystérie de sa collègue.

On s’étonne de cette aisance narrative, qui touche jusqu’aux nombreux passages plus réalistes (l’expressionnisme de Kinugasa reste somme toute assez parcimonieux). Une page folle est un film sans cartons, mais on n’y ressent pas l’épure grandiose, l’arrondissement du récit au strict essentiel, ou cette odeur de fable qui accompagnaient de pareilles tentatives en occident : passé son pitch limpide, le film est plutôt baladeur et flottant. Peut-être à cause de l’absence du benshi, ou de plusieurs scènes aujourd’hui définitivement perdues, mais pas seulement : si le découpage relève d’un impressionnant savoir-faire classique (aucune difficulté à saisir les échanges, les émotions, les implications de chacun), le film aime à se lover dans une constante ambiguïté d’ensemble (présent ou flash-back ? réalité ou rêve ? sanité ou démence ?), qui n’est d’ailleurs pas sans gêner, parfois, l’implication du spectateur.

Notre seul fil rouge, à travers ces réalités mouvantes, reste donc la folie, le film ne faisant pas de différence entre la patiente en camisole, et la lubie de celui qui veut la faire évader : la maladie n’est ici qu’une subjectivité de plus. Lors d’un passage calme dans les jardins, l’héroïne internée regarde les nuages, que son œil déforme d’étranges effets optiques. Soudain, un patient fou furieux (et avec lui, le monde phobique de l’hôpital) passe par là, la bouscule, semble faire événement ; mais il la dérange à peine, et en reprenant avec elle nos jeux visuels, le film ré-adopte le rythme de sa contemplation, du simple plaisir à voir le monde d’une autre manière. Car derrière le tableau général d’une aliénation, Kinugasa célèbre aussi une vision du monde – celle des avant-gardes, bien sûr : quand la patiente trépigne devant le spectacle de la danseuse enfermée, sans que son infirmière ne comprenne pourquoi, c’est l’enthousiasme des artistes d’alors qu’on image ; ceux capables, comme elle, d’oublier les figures et l’ordre des choses, pour ne plus voir qu’un ravissement de formes et de mouvements. Ambiguë revendication d’un film qui achève son délire sous les masques du théâtre Nô, comme pour ramener l’art et sa subversion à la place qu’on leur a si souvent assignée : celle du fou.

A Page of Madness à l’international,
Kurutta ippêji en VO.

 

• À noter que s’il circule (enfin !) sur internet une bonne copie de ce film, issue d’une diffusion TCM, la vitesse de défilement originelle (16-18 img/s) n’y est pas respectée : il faut la ralentir. La durée réelle du film est proche d’1h18, et non de 59 mn.