Détective Pikachu Rob Letterman / 2019

Dans un monde où humains et Pokémon coexistent, un détective fait équipe avec le fils de son partenaire introuvable pour élucider le mystère de sa disparition…

Légers spoilers.
 

Détective Pikachu, fidèle à son étonnante réputation, s’avère être un film incroyablement soigné pour l’horizon pourtant très limité qui est le sien (celui du film pour enfants, avec méchants aux motivations de cartoon et péripéties simplifiées). La qualité du jeu d’acteur premier degré, le soin proprement amoureux mis dans la création animée de ce pikachu parlant, la qualité d’une mise en scène (pour une fois) lisible dans le maelstrom du Hollywood contemporain, l’enrobage pellicule inattendu et quelques beaux jeux de lumière… On en vient à se demander pourquoi les blockbusters plus généralistes, et a priori plus ambitieux, ne pourraient bénéficier d’un tel cœur à l’ouvrage. On peut pour le reste regretter le twist final, qui se doit de justifier et de rétrocéder sur le choix (plutôt bon) d’avoir compensé la niaiserie du personnage kro-mignon par une personnalité adulte et caféinée.

 

Pokémon : Détective Pikachu pour le titre VF complet.

Le Calendrier Patrick Ridremont / 2020

Eva est paraplégique depuis trois ans. Pour son anniversaire, elle reçoit en cadeau un étrange calendrier de l’Avent…

Quelques spoilers.
 

En voyant l’histoire du Calendrier, soit l’histoire d’un calendrier de l’avent qui tue, on se dit que le cinéma d’horreur en est vraiment à faire les fonds de poubelles pour trouver les dernières possibilités de pitch disponibles en stock. Mais pourquoi pas, le principe reste ludique : allant chercher un archaïsme (la sévère Allemagne chrétienne) moyennement exotique, le film se propose comme un voyage plus fantastique qu’horrifique (jouant le miracle et le bâton tour à tour, déviant finalement pas mal du principe à la Saw qu’il avait initialement esquissé). Néanmoins, l’ensemble gêne un peu en ce que le dilemme de son héroïne assez antipathique ne semble pas tenir au risque de sa propre mort (angoisse qu’on pourrait alors partager), mais à la simple envie de pouvoir à nouveau marcher. On a alors bien du mal à la suivre, notamment devant la décontraction ou même la jouissance qu’elle prend face aux nécessaires mises à mort, attitude que le film semble regarder comme allant de soi plutôt que d’en faire le sujet profond et préoccupant de son récit. Le résultat n’est pas honteux mais assez plat, et pas très convaincant dans ses moments horrifiques, tout comme dans son tableau du quotidien (notamment via tous ses personnages secondaires caricaturaux : le patron, la belle-mère…).

Les Perles de la couronne Sacha Guitry et Christian-Jaque / 1937

Écrivain et historien, Jean Martin raconte à son épouse l’histoire des fameuses perles offertes par le Pape Clément VII à la reine Marie Stuart…

Légers spoilers.
 

Un film délicieux comme un dessert. Plus encore qu’un réservoir aux bons mots de Guitry, cette comédie savante est un ogre d’histoires, course effrénée et d’un appétit débordant pour les récits qui se déduisent en cascade, qui se croisent au rythme d’un montage virevoltant au grand éclat cinématographique (l’influence Christian Jaque ?), et au son d’un trilinguisme qui réécrit une joyeuse histoire de l’Europe. Le film, ultime générosité, repart pour un tour dans une seconde partie inattendue quand on pensait le récit arrivé au bout de ses réserves, comme si les acteurs ne pouvaient se rassasier des multiples personnages qu’ils incarnent. Le film est pourtant fondamentalement assez vain (comme en témoigne sa fin anecdotique), il ne semble pas à avoir grand-chose à dire, mais jamais il n’ennuie ni ne lasse – la narration métamorphe (petits segments, récits plus développés) témoigne elle-même de cette liberté, passant en rimes soudain quand ça lui chante, chantant un certain art de vivre. Le Roman d’un tricheur m’avait beaucoup diverti, et j’en avais tout oublié : espérons que la très belle surprise qu’est cet autre film ne soit pas la même sorte de soufflé, mais il résiste pour l’instant très bien au temps.

 

Cinema Paradiso Giuseppe Tornatore / 1988

Alfredo vient de mourir. Pour Salvatore, cinéaste en vogue, c’est tout un pan de son passé qui s’écroule…

Légers spoilers.
 

Dans la série “les films que tout le monde avait vu à part moi”… On craint d’abord de rentrer dans une version italienne des Choristes (l’ouverture convoque d’ailleurs Jacques Perrin dans le même genre de rôle) : idéalisation du passé et du bon vieux temps, de la vie d’avant où tout était plus chaleureux et sépia, etc. Evidemment, Cinema Paradiso est plus que ça : Tornatore a du talent (dans la narration envolée de sa première partie, dans les jeux de rimes, dans la direction de Noiret et de l’enfant tous deux très bons, dans l’amertume pas si rose du passé à abandonner). Le film, néanmoins, est étouffant de nostalgie, ankylosé de cette espèce de peinture satirique-mais-attendrie d’une communauté où tout le monde est bien à sa place (les ados se branlent devant l’écran, les vieux rouspètent, la foule rigole…). Tornatore, en filmant l’enterrement du cinéma italien (sorti en 1988, le film est plus qu’à l’heure), filme surtout la destruction d’un tissu social qu’il n’est pas interdit de trouver oppressant, en ce que chacun ne s’y découvre que comme héritier de traditions éternelles (premier amour, départ obligatoire, etc.). Bref, le film est plutôt ample (quoiqu’assez fade à l’étape adolescente), mais trop renfermé pour ne pas être déplaisant.

 

Nuovo Cinema Paradiso en VO.

À l’approche de l’automne Mikio Naruse / 1960

Shigeko, veuve depuis peu, quitte Nagano pour Tôkyô où elle confie son fils Hideo à un oncle. Le jeune et timide garçon se sent perdu dans cette grande ville…

Quelques spoilers.
 

J’ai peu à dire, comme souvent, sur ce film de Mikio Naruse, qui procède toujours du même type de sortilège : celui d’une chronique modeste, presque anecdotique, de ce qu’est la vie quotidienne dans un contexte historique et social chamboulé, et qui se gonfle progressivement d’une profonde amertume. C’est d’autant plus le cas ici en se focalisant sur les enfants : les enjeux plus graves auxquels ils restent longtemps aveugles parcourent le film comme en sourdine, telle une lame de fond remontant progressivement à la surface. Le film sait assez brillamment garder l’équilibre entre le bonheur (disparu) et le pathos (rarement atteint), contrebalançant chaque espoir d’un rappel à l’ordre des réalités grises (l’image romantique d’une mer à aller voir qui tombe sur les récifs industriels et les chantiers ; le cousin complice en possible frère de substitution, mais qui veut vivre sa vie de jeune homme…), et en colorant chaque moment de désespoir de petites surprises du quotidien (le scarabée trouvé dans les pommes). Modeste mais convaincant.

 

Aki tachinu en VO.

Dellamorte Dellamore Michele Soavi / 1994

Dellamorte Dellamore, mélancolique gardien de cimetière, a depuis quelque temps du pain sur la planche : de nuit en nuit, les morts enterrés reviennent à la vie…

 

Nouvelle ressortie de la collection DVD de Jean-Baptiste Thoret, cette comédie horrifique apparaît d’abord comme un film joyeusement inventif, singulier dans ses logiques scénaristiques mystérieuses et ses circonvolutions inattendues (et ce jusqu’à sa phrase de fin), ludique surtout par ses multiples virtuosités formelles, et par l’univers absurde qu’il met en scène. Il épuise, aussi : on sent là, dans ce film qui envoie tous azimuts des signes de son retard sur l’époque (la post-synchro grossière, par exemple, semble déjà dépassée pour les années 90), une sorte de stade terminal du maniérisme des années précédentes, que vient redoubler le récit nécrophile, et qui en atteint les extrémités kitsch (dans ce qu’il rencontre de l’érotisme softcore des années 90 et de ses acteurs top-models, ou par sa passion un peu vulgaire pour les effets voyants de caméras). On ne boudera pas son plaisir, certes, mais à un moment, au-delà de tout ce qu’il a de poussivement daté (le second rôle obèse façon clown qui mange évidemment comme un porc, la femme ravie de s’être faite violer…), le film fatigue à ne trouver son intérêt que dans un défilé d’originalités un peu stériles.

 

Death Valley Matthew Ninaber / 2021

Des mercenaires sont engagés pour sauver un bio-ingénieur emprisonné dans un bunker de la Guerre froide…

 

Ce film de monstre dans une base militaire est un DTV de plus à lorgner vers le film de zombie (décidemment la grande figure de l’époque), et un de plus à tout faire reposer sur son twist final – twist qui n’est pas forcément une mauvaise idée, d’ailleurs, mais qui est pris dans un scénario bien trop invraisemblable pour fonctionner. Le reste relève de l’emballage standard du tout venant ce genre de productions (filmage aléatoire, lumières épileptiques, montage au hachoir).

 

Minor Premise Eric Schultz / 2020

Un jeune neuroscientifique solitaire et en mal de reconnaissance tente de surpasser l’héritage de son père, chercheur reconnu, en approfondissant ses travaux sur le cerveau…

 

Cette histoire d’un scientifique égotique qui éclate son identité en plusieurs personnalités, qui vont s’alterner par tranches de dix minutes, est un DTV qui a comme toujours les défauts associés au format (mise en scène anodine et sans impact profond, kitsch intermittent), mais qui a néanmoins pour lui un postulat ludique raisonnablement bien exploité (passés les facilités qui s’enchaînent en fanfare), et repose sur un duo d’acteur correct.