Matilda Matthew Warchus / 2022

Une fillette à l’intelligence extraordinaire, et grande lectrice, décide de changer le cours de son destin…

Légers spoilers.
 

Le film de Danny DeVito me reste en mémoire comme une adaptation sage et peu inspirée (quoique pas honteuse) du très beau roman de Roald Dahl. Cette nouvelle version Netflix se démarque surtout par les innovations scénaristiques du musical qu’il adapte à l’écran (musical dont les chansons, par ailleurs, ont ce cachet Broadway un peu interchangeable qui les rend très oubliables). Le film lui-même, à la forme fadasse, gentillette, et sécurisée de tous les côtés (un vrai film de plateforme, en ce sens), a du mal à y apporter quoique ce soit d’autre, sinon le talent d’un bon trio d’actrices. Devant le Theme Park rose bonbon final, on a quand même du mal à voir ce qui reste ici du génie de l’enfance ou du plaisir de la lecture.

 

Matilda, la comédie musicale pour le tirte complet VF, Roald Dahl’s Matilda the Musical pour le titre complet VO.

Samurai Academy Rob Minkoff, Mark Koetsier & Chris Bailey / 2022

Le chien Hank tente de devenir samouraï dans une région uniquement peuplée de chats, il est entraîné par Jimbo, un ancien samouraï…

 

Cette production sino-américaine ne vient d’aucun des grands studios d’animation attendus (Dreamworks, Blue Sky…), et y ressemble pourtant comme deux gouttes d’eau : rarement un genre – le film d’animation 3D familial – aura atteint un tel degré de standardisation à tous les niveaux (d’image, de ton, de personnages, de récit). Et si ce standard académique reste présentable, le résultat ne sait faire que répéter un schéma tout tracé (que les personnages ne cessent d’ailleurs de souligner de remarques et de blagues méta), seulement utilisé comme support à gags et à bons mots (blagues ici résumées à confronter les traits canins et félins à un récit de samurai). Devant cette machine de guerre d’anonymat et d’efficacité minimum (où les artisans peuvent certes faire leur travail : une petite séquence de flash-back graphique par-ci, une petite virtuosité d’animation par là, le savoir-faire lointain d’un des coréalisateurs du Roi Lion…), on se pince d’un manque d’ambition aussi revendiqué.
 
 

Paws of Fury : The Legend of Hank en VO.

Un après-midi de chien Sidney Lumet / 1975

Par un chaud après-midi d’août 1972, trois hommes se lancent à l’assaut de la First Savings Bank, à Brooklyn…

Spoilers.
 

Cette histoire de braquage de banque raté offre la possibilité d’expérimenter toutes les marottes du Nouvel Hollywood (son style vériste, sa dépression sociale, ses marginaux, son goût du chaos, sa défiance pour l’ordre, son portrait d’institutions traitres ou incompétentes…) sous l’angle de la comédie. Ou tout du moins sous la forme d’une comédie réaliste, qui naît du constat absurde de l’état dégradé de la société, et des quelques poches d’utopies lunaires qui peuvent pourtant y naître (la communauté et la trêve vacancière se formant au sein la banque) avant de se retrouver finalement déçues (cette communion qui se brise dès l’arrestation, sans un regard en arrière). Moins tendu par l’angoisse que d’autres films de la période, ce film de Lumet (qui comme tous ceux du cinéaste est très agréable à suivre) n’est pas sans laisser une légère impression de surface ou d’ennui. Il permet néanmoins d’offrir à Al Pacino un rôle sensible et émouvant, à l’opposé des personnages plus virils qu’il a pu incarner, ce qui fait que l’acteur m’a pour la première fois touché à l’écran.

 

Dog Day Afternoon en VO.

Les Camarades Mario Monicelli / 1963

À la fin du XIXème siècle, dans une fabrique textile de Turin, les ouvriers, soumis à un rythme de travail infernal, voient se multiplier les accidents…

Légers spoilers.
 

Devant ce grand portrait d’usine on se dit qu’on a en fait rarement vu ça, au cinéma : le travail ouvrier de masse regardé avec attention, vu depuis la pratique des travailleurs sous le poids de l’imposante machinerie, sans pourtant en passer par le filtre idéalisé d’une utopie mécaniste soviétique. Le film de Monicelli est assez saisissant pour ça, et plus généralement pour ses portraits d’ensemble du corps ouvrier, pour sa manière de montrer comment une grève se rate d’abord, se réajuste, se transforme – ses meilleures séquences (celle du train, celle de la charge finale) sont celles mettant en scène le groupe. En bon film populaire italien des 60’s-70’s, Les Camarades vient fouiller la merde là où ça fait mal, ne se penchant pas tant sur l’opposition ouvriers/patron que sur celle, plus pernicieuse, entre intellectuels et ouvriers au sein de la même cause. Il en ressort un portrait néoréaliste humainement ingrat, qui n’est définitivement pas came, mais dont je ne peux que reconnaître la qualité.

 

I compagni en VO.

Le Fils de la jument blanche Marcell Jankovics / 1961

Le fils d’une jument divine et se prépare à venger les injustices des 77 dragons auxquelles elle a fait face…

Légers spoilers.
 

À partir de cette fable sur la reconquête d’un royaume envahi par les enfers, Marcell Jankovics propose un film d’animation aux airs de performance : une continuelle métamorphose de formes d’une heure et demi, qui ne se contente pas d’expérimentations visuelles par pur plaisir graphique, mais qui parvient par elles à exprimer mille choses à la seconde (l’ouverture muette, à ce titre, est assez sidérante). J’ai eu peur, un premier temps, que le film se noie sous les normes et clichés du cinéma psychédélique (arythmie d’un film s’écoulant sur un unique et même son synthétique, sexualité omniprésente, accents new age…), avec rien d’autre pour lui qu’un style visuel original, et des péripéties bégayées par trois en seule guise de structure. Une autre norme plane sur le film, au risque du ridicule, celle du cinéma soviétique d’alors : masculinité puissante à muscles et à moustaches, camaraderie virile aux relents homoérotiques (épée bite et scènes de fessées), femmes maternelles-nourricières ou sexuées-vénales… Bref, le film risque sans cesse de s’engluer sous la surface d’une certaine formule, mais la transcende à chaque minute par son génie des métamorphoses, par son goût des images primales (le garçon qui boit sa mère jusqu’à la tuer), et par sa grande rigueur formelle. Une très belle découverte.

 

Fehérlófia en VO.

Uski Roti Mani Kaul / 1969

Chauffeur de car, Sucha Singh sillonne les routes poussiéreuses de la campagne du Pendjab, tandis que Balo, sa femme, passe de longues heures à l’attendre à l’arrêt de car avec son déjeuner…

 

J’aurais bien du mal à juger honnêtement d’Uski Roti : la tête plein de soucis n’ayant rien avoir avec le film, j’ai été totalement incapable d’y rentrer (je ne saurais même pas dire, après l’avoir vu, ce qu’il raconte exactement, ou s’il y avait deux ou plusieurs personnages). J’ai juste compris que cela parlait de la condition des femmes, en prenant l’alimentation pour fil rouge… Mon décrochage, cela dit, tient aussi sans doute aux défauts d’un premier film bien moins convaincant que les deux autres longs que j’ai vus de de Mani Kaul : si la rigueur du découpage est déjà là, ce film ne semble pas avoir beaucoup plus à offrir que l’influence manifeste d’une aridité Bressonienne qui écrase tout, aboutissant à la caricature d’un cinéma d’auteur muet et statique ou des statues inexpressives débitent des dialogues abstraits. Il n’y a rien ici qui puisse se faire sans une participation excessive du spectateur, n’offrant en retour que quelques rares beaux moments (un repêchage de corps vu par ceux qui l’observent, une tempête de sable…)

 

Parfois traduit Notre pain quotidien en VF.

Paradis blanc Karel Lamač / 1924

Nina est exploitée par un aubergiste mauvais et avare. Un jour, celui-ci apprend qu’Ivan Holar, contre qui il avait témoigné devant le juge, s’est évadé de prison ; il craint sa vengeance…

 

Un des films de la rétrospective tchèque qui a eu lieu cet automne à la fondation Pathé Seydoux. Situé dans une plaine enneigée offrant une forte imagerie à ses petites péripéties de conte, Le Paradis blanc séduit par sa forme ample et généreuse, par son entrain, ou encore par son tact lors de certaines scènes (la fin, tout en pudeur). Cette histoire d’un homme évadé de prison pour aller soigner sa mère se retrouve cela dit gênée par plusieurs vulgarités : des personnages sans ambiguïté, une orgie de cartons inutiles, un rythme trop accéléré, et un jeu d’acteur inégal (l’actrice bourrée de simagrées comiques, le réalisateur se filmant amoureusement lui-même). Ces maladresses font écho à un scénario de feuilleton pour journal populaire, qui accumule les facilités et rebondissement maousses (le médicament !) comme excuse pour croiser tous ses personnages, ce qui fait qu’il est un peu difficile de prendre tout cela au sérieux (le film l’assume d’ailleurs partiellement, gardant jusqu’au bout un caractère comique). L’ensemble aurait surtout gagné à se construire autour de l’unité de temps et de lieu de la nuit de noël, car beaucoup de ses efforts semblent uniquement dédiés à faire comprendre ses trop nombreuses péripéties, au détriment de l’expressivité.

 

Bílý Ráj en VO.

Les Tziganes Karel Anton / 1921

Giacomo, gondolier vénitien, est amoureux d’Angelina. Un jour, la belle est emmenée par un riche étranger, le comte tchèque Valdemar Lomecký. Mais l’impitoyable homme se lasse d’elle et la rejette…

Quelques spoilers.
 

On a un peu du mal à voir ce que Les Tziganes a exactement à voir avec le monde tzigane (sinon pour justifier un récit de passions, peut-être ?), cette culture n’étant ici que l’arrière-plan d’une histoire de gondolier parti rechercher une femme lui ayant préféré un autre. Le film de Karel Anton se montre extrêmement instable dans sa première partie : découpage elliptique alternant images symboliques surlignées et histoire racontée par à-coups, avec moins de temps d’image que d’intertitres (intertitres aux velléités politiques par ailleurs maousses), pendant que les filtres colorés changent au sein même des scènes… S’installant plus posément dans sa deuxième partie (qui change de décor en quittant la ville), le film nous offre une histoire outrée mais justement intéressante parce qu’elle produit des images outrées, primales, plutôt bien mises en valeur (la mère devenue monstre fou dans sa grotte, le miroir entre jeunes et ancêtres, l’ogre violeur en son château qu’il faut fuir…). On finit par lâcher sur la fin, tant s’y enchaînent des rebondissements à faire pâlir une télénovela, mais ce jusqu’au-boutisme permet de produire quelques moments un peu fous (l’homme qui maudit sa femme sur le gibet). Le plan final épuré permet de clore ce bouillon instable sur une note plus calme et mystérieuse.

 

Cikáni en VO.